Dans une dizaine de jours, après avoir vu leur année scolaire être mise sur pause abruptement à la mi-mars, près de 35 000 enfants de l’Outaouais pourront de nouveau enfiler leur sac à dos.
Dans une dizaine de jours, après avoir vu leur année scolaire être mise sur pause abruptement à la mi-mars, près de 35 000 enfants de l’Outaouais pourront de nouveau enfiler leur sac à dos.

Retour à l'école primaire: le dilemme de l'heure pour les parents [PHOTOS]

Alors que s’achève la septième semaine de confinement, le dilemme est de taille pour de nombreux parents québécois alors que les écoles primaires rouvriront leurs portes le 11 mai, sauf dans la grande région de Montréal. Envoyer ou non ses enfants en classe alors que la crise de la COVID-19 est encore loin d’être résorbée? C’est la question de l’heure sur toutes les lèvres dans les chaumières.

Dans une dizaine de jours, après avoir vu leur année scolaire être mise sur pause abruptement à la mi-mars, près de 35 000 enfants de l’Outaouais pourront de nouveau enfiler leur sac à dos. Un retour qui est cependant sur une base purement volontaire, insiste le gouvernement Legault. Plusieurs parents sont indécis, tandis que d’autres ont pris leur décision, dans certains cas même depuis plusieurs jours. Certains sont craintifs, d’autres donnent la chance au coureur et souhaitent que leur enfant socialise de nouveau, malgré toutes les mesures sanitaires qui seront en place. Le Droit vous présente un tour d’horizon de l’opinion de quelques-uns d’entre eux.

INDÉCIS

Les Simard (maternelle et 1re année)

Dans la maisonnée des Simard, la décision n’est pas encore tout à fait coulée dans le béton.

Andrée-Anne Boisvert et Daniel Simard avec leurs enfants, Maya, Ève et Charles.

«C’est déchirant un peu comme parent, mais en même temps je suis d’avis que ça ne changera pas grand-chose qu’on les envoie présentement ou qu’on attende en septembre. Les chiffres pour l’Outaouais ne m’alarment pas tant que ça, la seule condition qui me stresse un peu, c’est ma santé, mais elle est sous contrôle. J’essaie de suivre l’ensemble de la population, j’ai fait le tour des gens que je connais et c’est partagé. On dirait que ça penche plus sur le oui que sur le non, mais je suis quand même d’avis qu’on devrait donner le droit aux familles proches de se regrouper avant d’ouvrir les écoles. Ça ferait du bien à tout le monde de faire des mini regroupements, ce serait une première étape avant de rouvrir les écoles en septembre. Mes parents, je sais qu’ils ne sont pas sortis pendant deux mois, alors que pour tous les élèves, c’est impossible de le savoir», dit le papa Daniel.

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OUI

Les Fortin (5e année)

Pour Karine Fortin, qui est monoparentale, il était clair et net que sa fille retournait en classe.

«Notre ménage, c’est elle et moi. C’est une enfant fantastique, mais elle a un trouble du déficit de l’attention et est très impulsive. Dans la situation actuelle, elle n’a aucun des mécanismes de soutien qui lui permettent de moduler son impulsivité, de se concentrer. Rien de son système de soutien n’est disponible, ni pour elle ni pour moi. Il n’y a pas d’horaire et de routine, elle ne voit pas ses amis. On ne peut pas aller voir les grands-parents pour réfléchir à la question ou encore consulter un psychologue, donc les dernières semaines ont été difficiles. Pour son équilibre, le retour à l’école est important. C’était impossible de faire du travail scolaire à la maison et moi je suis très occupée au travail, alors c’était conflictuel. Pour le retour en classe, j’ai les mêmes inquiétudes de santé que tous les parents du monde, mais je fais confiance aux autorités de la santé publique, qui disent que le risque est raisonnable. Chacun a une tolérance différente. Pour moi, c’est un niveau de risque que je suis prête à prendre. Je me dis que c’est un peu comme un tiens vaut mieux que deux tu l’auras», soutient-elle.

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OUI

Les Boutot (4e année)

Chez les Boutot, la maman Geneviève a d’abord et avant tout demandé à sa fille. Verdict: celle-ci désirait retourner à l’école le plus rapidement possible.

Geneviève Boutot et Benoit Vallée Cardinal avec leur fille, Daphné

«On est du même avis. Je trouve que c’est important pour le développement des enfants, qu’ils puissent continuer à socialiser, car la socialisation à travers les médias sociaux, ce n’est pas l’idéal. Et non seulement on dit que les enfants sont apparemment les moins touchés par la COVID-19, mais je pense aussi qu’avec les statistiques à Gatineau, nous sommes en bonne position. Il y a une centaine de cas encore actifs et on parle d’une ville de 300 000 habitants. Si l’on continue à être prudents, si les fonctionnaires continuent à faire du télétravail et à ne pas traverser le pont, ça va bien se passer. Je crois qu’il est temps qu’on revienne à une vie plus normale», dit-elle.

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NON

Les Lacroix (maternelle et 2e année)

Monoparentale avec trois enfants dont deux enfants d’âge scolaire, Vanessa Lacroix a choisi d’attendre à la fin de l’été avant que ces derniers réintègrent leurs classes. D’abord, son fils aîné est asthmatique, un fait qui a un peu d’incidence sur sa décision même si le tout est bien contrôlé. «Sauf qu’après avoir écouté les deux points de presse [lundi dernier], j’ai réfléchi et je me suis dit que je n’avais pas de bons arguments pour les envoyer à l’école. Je ne travaille plus en ce moment, mes enfants n’ont aucune difficulté d’apprentissage, ils réussissaient bien leur année scolaire, ils socialisent bien ensemble et ma santé mentale se porte bien. Je suis moi-même enseignante (éducation aux adultes) et de leur faire l’école à la maison, ce n’est pas un gros défi pour moi. Et avec la situation actuelle, si j’étais à la place des profs du primaire, j’en voudrais moins [des enfants] dans ma classe. De plus, on ne se sent pas abandonné, on croule sous le matériel scolaire, pédagogique», lance-t-elle.

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INDÉCIS

Les Girouard (2e et 5e année)

Aucune décision finale n’a encore été prise dans le clan Girouard, mais ça ne saurait tarder.

Jean François Girouard et France Gravelle et leurs enfants Marisol et Emma-Rose

«La plus grande raison, c’est que je suis asthmatique, mais je suis aussi indécise quant à savoir ce que ça va leur apporter [un retour]. Les enfants ont souvent besoin de se voir, de se toucher, de se donner des câlins, c’est ce qui les réconforterait, mais il y a de la distanciation sociale à respecter. J’ai l’impression qu’ils vont arriver à l’école et la vraie réalité va les frapper. C’est quelque chose dont ils n’ont pas été témoins ou presque et je pense qu’il va y avoir plus de déception qu’autre chose. La moitié des amis ne seront pas là et il y aura de la tension. On aurait pu finir l’année à la maison et trouver des solutions alternatives. La théorie sur la socialisation ne tient plus la route, car ce ne sera plus du tout la même dynamique. On aurait aussi pu rouvrir les parcs avant les écoles, je pense. Les deux enfants ont des opinions inverses, alors c’est un peu déchirant comme parent. Comment peut-on justifier d’en envoyer un et pas l’autre? On va décider à la dernière minute et faire participer les filles au processus de décision», affirme la mère, France Gravelle.

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OUI

Les Labelle (4e et 6e année)

De son côté, Catherine Labelle affirme que ses deux garçons retourneront sur les bancs d’école. «Pour moi, c’était clair que oui, surtout parce que j’ai de la difficulté à faire les travaux avec eux à la maison, en particulier avec mon plus jeune. Il a une légère dyslexie, il n’est pas en échec, sauf qu’il ne collabore pas du tout avec moi pour faire ses apprentissages. Il collabore davantage avec l’enseignant et l’orthopédagogue. Mes enfants ont besoin de reprendre leur routine, c’est aussi une question de santé mentale. Pour le reste, je fais confiance à l’école et aux procédures qui vont être mises de l’avant, car ce sont des professionnels, je pense qu’ils vont bien suivre les recommandations du gouvernement. Ma seule inquiétude, c’est de savoir s’ils vont être relocalisés et se retrouver à deux endroits différents s’il y a trop de monde, mais c’est un moindre mal. Le but, c’est qu’ils soient avec leurs amis», dit-elle.

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NON

Les Leclair (1re année)

Chez les Leclair, le verdict est tombé dès le début: pas de retour à l’école pour les six semaines restantes au calendrier.

Janie Bertrand et Hughes Leclair avec leur fils, Logan

«Avant même que le plan soit annoncé et de quelle façon ça allait se faire, nous étions pas mal certains, en nous basant uniquement sur la santé [fragile] de mon conjoint. Ça se passe bien à la maison, on la chance tous les deux de faire du télétravail. Mon fils n’est pas en situation d’échec et n’a pas de difficulté d’apprentissage, on s’organise bien à la maison et on est capable de concilier travail et famille. On participe aussi à la classe de Marie-Ève sur YouTube, en plus de suivre le contenu à Télé-Québec. Les journées passent vite et on essaie de maintenir une petite routine comme à l’école, ne pas rester en pyjama toute la journée, même si je n’ai rien contre ça. Notre garçon disait aussi qu’il ne voulait pas que son papa soit malade. Il est sensible à ça. Ce ne sera peut-être pas mieux en septembre, mais à mon avis on aura un meilleur portrait global, on pourra prendre des décisions plus éclairées, même si on n’attendra pas qu’il y ait un vaccin», dit la maman, Janie Bertrand.

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OUI

Les Duguay (3e et 6e année)

À la maison des Duguay, on reprendra le chemin de l’école le 11 mai. Entre autres, mais surtout, parce que les deux parents sont enseignants au secondaire et qu’ils seront possiblement appelés à retourner au travail.

Marc-André Duguay avec ses enfants, Victor et Simone

«C’est un oui, parce qu’à un moment donné il doit se passer quelque chose, on se dirige vers le néant. Mais c’est aussi un oui avec beaucoup de réserves et de bémols. On espère que les enseignants vont pouvoir porter des masques. C’est un coup de dé que ce le gouvernement fait, alors on va essayer de suivre le tout pour voir ce qui va se passer. On se réserve le droit de les retirer si on trouve que la situation n’est pas sécuritaire», note le papa, Marc-André. Sa fille Simone, 8 ans, affirme avoir si hâte de revoir ses amis, surtout qu’elle devait avoir droit à un «privilège» en classe tout juste avant que la pandémie n’éclate. Son frère Victor, 12 ans, tient le même discours, mais avoue avoir «un peu de craintes», entre autres au niveau de la distanciation en voyant la taille de sa cour d’école.