La clinique Médispa dispose entre autres de deux vastes salles d’opération construites il y a quelques mois.
La clinique Médispa dispose entre autres de deux vastes salles d’opération construites il y a quelques mois.

Relance des chirurgies: une clinique de Bromont prête à emboîter le pas

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Depuis le début de la pandémie, près de 1200 chirurgies électives ont été reportées en Estrie, faisant du coup allonger les listes d’attente déjà bien garnies. Consciente de ce problème majeur, le CIUSSS de l’Estrie cherche des solutions pour assurer une relance efficace et durable. Une des pistes consiste à recourir à des blocs opératoires privés. Le lancement d’un appel d’offres en ce sens est imminent.

La chirurgienne Stéphanie Olivier, propriétaire de la clinique Médispa à Bromont, est prête à partager ses installations à la fine pointe avec le réseau public.

«Le gouvernement doit trouver le moyen de sortir les chirurgies non urgentes des hôpitaux pour laisser les blocs opératoires pour les cas lourds. Les infrastructures existent au privé, alors pourquoi ne pas les utiliser? Je suis prête à contribuer à ce que le système de santé soit plus efficace rapidement pendant la pandémie et après. Tout ça à moindre coût que de construire de nouvelles infrastructures», a mentionné la spécialiste.

À LIRE AUSSI: Vers un retour à la normale progressif au CIUSSS de l'Estrie

Des précédents existent. Depuis 2016, le gouvernement du Québec a transféré des milliers de chirurgies dans trois établissements privés de la région de Montréal, a indiqué La Presse. Il s’agit des cliniques Rockland, Opmédic et DIX30.

Québec doit se positionner sous peu à propos du renouvellement de l’entente avec ces trois organisations, a rapporté le quotidien.

La chirurgienne Stéphanie Olivier est prête à partager ses installations avec des spécialistes qui pratiquent dans le réseau public, notamment des ophtalmologistes.

Pourparlers

La clinique Médispa dispose de deux vastes blocs opératoires et de neuf espaces de récupération post-chirurgicaux tout neufs, répartis sur 8000 pieds carrés, construits au coût de 3 millions $. Dre Olivier a commencé à y pratiquer en janvier dernier. Or, la crise sanitaire a obligé la plasticienne à stopper ses opérations, dont une partie est réalisée en partenariat avec le CIUSSS de l’Estrie.

La spécialiste est en pourparlers avec des ophtalmologistes qui souhaitent utiliser ses installations durant la crise sanitaire et lorsqu’elle sera chose du passé. «En ce moment, tout mon bloc opératoire est à leur disposition. Les ophtalmologistes sont prêts à laisser leur place dans les hôpitaux. Reste à avoir l’accord du gouvernement et du CIUSSS.»

Une fois la relance de l’ensemble des chirurgies électives, Dre Olivier pourrait céder deux plages horaires (sur 10) aux ophtalmologistes. Sur le qui-vive en attendant le dénouement du dossier, la chirurgienne bromontoise a amorcé des démarches pour recruter du personnel infirmier, notamment par le biais d’agences.

«D’ici un mois, des chirurgiens de différentes spécialités pourraient recommencer à opérer des patients dans ma clinique», a-t-elle spécifié.

Dre Colette Bellavance, directrice des services professionnels au CIUSSS de l’Estrie.

Prudence

Appelé par La Voix de l’Est à préciser a teneur d’un éventuel partenariat avec le privé pour la relance des chirurgies non urgentes en Estrie, le CIUSSS a refusé de s’avancer, prétextant qu’un appel d’offres sera «lancé sous peu». Il n’a donc pas été possible d’avoir la confirmation des spécialités qui pourraient faire partie d’une telle entente.

Selon nos informations, des ophtalmologistes, gynécologues, urologues, oto-rhino-laryngologistes (ORL) et orthopédistes sont notamment ciblés pour pratiquer des interventions dans des installations au privé.

S’agirait-il de mesures temporaires durant la crise sanitaire ou à long terme? Encore une fois, le CIUSSS a refusé de commenter.

L’urgence d’agir est toutefois bien réelle. «Depuis le début de la pandémie, il y a précisément 1183 chirurgies qui ont dû être reportées par rapport à ce qu’on aurait fait en temps normal si on avait été à pleine capacité», a indiqué mardi en point de presse Dre Colette Bellavance, directrice des services professionnels au CIUSSS, en réponse à une question de La Voix de l’Est.

Les chirurgies réalisées «hors délais» ont également bondi dans l’ensemble du territoire. «On était à [un peu plus] de 100 patients hors délais de plus d’un an avant la pandémie, a affirmé Dre Bellavance. On est retournés à la pire situation qu’on avait vue il y a un peu plus d’un an avec 300 patients.»