Le porte-parole de Québec solidaire en matière de finances et député de Rosemont, Vincent Marissal
Le porte-parole de Québec solidaire en matière de finances et député de Rosemont, Vincent Marissal

Québec solidaire veut un «impôt de pandémie» pour les entreprises profitables

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Québec solidaire souhaite «un effort de guerre» des entreprises qui continuent à faire de l’argent durant la crise de la COVID-19 et propose de lever un nouvel «impôt de pandémie».

«On ne demande pas aux entreprises qui en arrachent de faire plus», a précisé d’entrée de jeu le porte-parole de Québec solidaire (QS) en matière de finances et député de Rosemont, Vincent Marissal.

Jeudi matin, M. Marissal et sa cheffe Manon Massé ont fait une courte présentation devant une poignée de journalistes installés à distance les uns des autres dans le vaste Salon rouge du parlement de Québec.

«On propose d’aller chercher l’argent où il est, là où il y a des profits. Plusieurs magasins de grande surface ont vu leur chiffre d’affaires augmenter au premier trimestre. Les géants du numérique en ont profité aussi. Les institutions financières n’ont fait aucun cadeau. Les agences de sécurité, par exemple. Il y en a des entreprises qui font de l’argent avec la pandémie», constate M. Marissal.

De là l’idée pour l’État d’aller récupérer une partie de ces profits pour éponger les dépenses supplémentaires exorbitantes provoquées par la COVID-19. En imposant cet impôt spécial pendant un an, soit jusqu’au cours de 2021, QS estime que le gouvernement pourrait récupérer 6 milliards $.

Le déficit anticipé pour 2020-2021 se situera entre 12 et 15 milliards $, a récemment dévoilé le ministre des Finances, Eric Girard.

«Dans le passé, les gouvernements n’ont pas hésité à lever des impôts pour soutenir les efforts de guerre, par exemple. [...] Une société ne doit pas hésiter à sortir les sommes nécessaires pour aider ceux et celles qui sont frappés de plein fouet ou qui y travaillent au péril de leur vie. Mais il faut aussi se donner les moyens de le faire», affirme Mme Massé, qui craint sinon le retour de l’austérité budgétaire dans un éventuel deuxième mandat de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Comme en 2007

«On parle beaucoup de solidarité du peuple québécois. C’est vrai qu’on est solidaires, c’est vrai qu’on est résilients, qu’on se serre les coudes. Mais l’impôt, c’est précisément ça. Et en temps de crise, un impôt de pandémie, c’est précisément ce à quoi ça sert», poursuit M. Marissal, qui va jusqu’à parler d’«un devoir» de la part de ces entreprises.

Le taux d’imposition de base pour les grandes entreprises passerait de 11,6 % à 17,4 %, selon la proposition de QS. Pour les petites et les moyennes entreprises, les premiers 100 000 $ de profit seraient exemptés, mais le taux passerait ensuite de 4 % à 6 %.

«On était [dans ces chiffres-]là en 2007, avant que les gouvernements libéraux successifs ne fassent une obsession sur les impôts des entreprises et les baissent systématiquement. On revient où on était en 2007», souligne le solidaire Marissal.

Et «ce n’est pas parce qu’on fait moins d’argent qu’on n’en fait plus. Il y a effectivement des entreprises, dont les banques, ça se peut, qui feront peut-être un peu moins de profits. Alors, ce sera des profits plantureux plutôt qu’astronomiques. Mais il y aura quand même des profits. Alors, les profits, ça se taxe».

Pas plus de troisième lien

Quant à ralentir ou même reporter les grands projets d’infrastructure afin d’économiser l’argent public, QS loge plutôt du côté de la CAQ sur ce sujet et y voit un «générateur d’économie».

«Il ne faudrait pas non plus que les grands projets de transport collectif passent à la trappe parce que soudainement, on n’a plus d’argent. La crise climatique n’a pas disparu. La COVID fait beaucoup de ravages, mais elle n’a pas fait disparaître la crise climatique. Alors, on a des projets qui sont déjà lancés. [...] Et on attend d’autres projets. Évidemment, vous comprendrez qu’on n’a pas changé d’idée, le troisième lien [Québec-Lévis] ne fait pas partie de cette liste», tranche M. Marissal.

«Dans la mesure où [les projets] répondent à un certain nombre de critères, dont ceux de la lutte aux gaz à effet de serre, ajoute Mme Massé. Donc, le projet du troisième lien, à notre sens, depuis longtemps, devrait être abandonné. Bien là, qu’il ne l’accélère pas, celui-là.

«Il y a beaucoup d’argent au niveau de l’entretien des bâtiments, de nos écoles, de nos infrastructures collectives, transport en commun et, oui, on pense que c’est le temps de mettre une vitesse grand V là-dessus. Pour, bien sûr, relancer l’économie du Québec, mais aussi répondre aux impératifs de la lutte aux changements climatiques», conclut-elle.