Le ministre à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire a indiqué que le gouvernement n'hésitera pas à lancer une application de traçage «si la situation évoluait de façon négative et si une deuxième vague se concrétisait».
Le ministre à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire a indiqué que le gouvernement n'hésitera pas à lancer une application de traçage «si la situation évoluait de façon négative et si une deuxième vague se concrétisait».

Québec met sur la glace l'application de notification de la COVID-19

Stéphane Blais
La Presse Canadienne
Le gouvernement Legault met sur la glace l’idée d’utiliser une application de notification de la COVID-19 au Québec.

C’est ce qu’ont annoncé mardi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, et le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire.

Toutefois, le ministre Caire a indiqué que le gouvernement n’hésitera pas à lancer une application de traçage «si la situation évoluait de façon négative et si une deuxième vague se concrétisait».

«J’aimerais mieux qu’on n’ait pas besoin» de déployer une telle technologie, a ajouté Christian Dubé, mais «le premier ministre a demandé d’être prêt au cas où».

Le ministre de la Santé et des Services sociaux a précisé qu’il y avait «un certain support de la population pour ce type de technologie».

Selon une consultation publique effectuée en ligne au début du mois d’août, 77 % des Québécois croient en l’efficacité d’une telle application, a indiqué le ministre Caire.

Cette application serait gratuite, optionnelle et fonctionnerait sans stockage des données ni géolocalisation. On inviterait la personne infectée à entrer un code unique dans son appareil mobile afin d’alerter les autres abonnés qui ont pu être en contact avec elle.

«Nous avons la responsabilité d’être prêts et de mettre à la disposition des Québécoises et des Québécois le maximum d’outils pour freiner la propagation du virus, sans faire de compromis sur la sécurité des renseignements personnels des citoyens. Advenant son déploiement, il m’apparaît important de rappeler que son utilisation serait volontaire et son fonctionnement, soumis au consentement actif de l’individu», a souligné le ministre Caire.

Des risques qui surpassent les bénéfices

Toutefois, selon une majorité d’experts qui ont récemment témoigné en commission parlementaire à l’Assemblée nationale, les risques liés à cette technologie surpassent les bénéfices.

Les trois partis d’opposition avaient également émis d’importantes réserves.

Le spécialiste en cybersécurité Claude A. Sarazin, qui avait témoigné à l’Assemblée nationale, avait signalé toutes les vulnérabilités de la technologie Bluetooth qui serait utilisée dans une éventuelle application québécoise.

Selon l’expert, la concentration d’une grande quantité de données - aussi insignifiantes puissent-elles paraître - est sûre d’attirer les cybercriminels.

L’usage de la technologie Bluetooth à longueur de journée constitue une porte d’entrée pour des attaques sur les systèmes informatiques des gens et des entreprises pour lesquelles ils travaillent, avait-il déclaré.

Déception à Ottawa

En juillet, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau lançait l’application «Alerte-COVID», qui est pour l’instant seulement utilisée en Ontario.

Les autorités fédérales de santé publique cachaient mal leur déception de voir Québec bouder, pour l’instant, l’application de traçage mise de l’avant par Ottawa.

En Ontario, 2,2 millions de personnes ont téléchargé l’application sur leurs téléphones intelligents.

Le Dr Howard Njoo, de l’Agence de la santé publique du Canada, aimerait que tous les Canadiens utilisent la même application.

«Parce qu’on sait que les Canadiens peuvent se déplacer d’une province à l’autre et une application qui permet d’identifier les gens exposés, c’est toujours mieux», a indiqué Howard Njoo mardi après-midi.

Préférence pour une compagnie québécoise

Le ministre Caire a fait savoir que le gouvernement du Québec aimerait faire affaire avec une compagnie québécoise pour développer l’application si elle est nécessaire, sans toutefois fermer la porte à la technologie d’Ottawa.

«L’idéal serait un produit qui serait déjà développé et nécessiterait seulement d’être testé, mais pour l’instant on n’a pas arrêté notre choix sur une ou l’autre des applications, on est en recherche», a précisé Éric Caire.

Doug Ford demande au Québec d’utiliser l’application

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ne comprend pas pourquoi le Québec n’utilise pas l’application mise de l’avant par Ottawa.

«Je vais recevoir M. Legault pour un repas dans une semaine à peu près. Je vais lui demander quel est le raisonnement derrière la folie. Nous devons la télécharger, mais il a peut-être une bonne explication. Alors je ne peux pas parler pour le premier ministre Legault, mais je vais lui demander», a indiqué le premier ministre Ford mardi après-midi.

Doug Ford s’est dit préoccupé par les Canadiens qui voyagent dans d’autres provinces et il a indiqué que ses inquiétudes diminueraient si les Québécois utilisaient la même application que les Ontariens.

«Je suis toujours préoccupé alors qu’on ouvre (les frontières interprovinciales) pour le voyagement et que les gens viennent du Québec et vice-versa. Je crois que c’est important. Juste... faites-le. Ça protège tout le monde et ça aide tout le monde.»

Lors d’un point de presse à Saint-Hyacinthe mardi après-midi, le premier ministre François Legault s’est fait questionner sur la réaction de son homologue ontarien.

François Legault a fait valoir que les quatre partis à l’Assemblée nationale «sont contre» l’application de type «tracing» proposée par Ottawa.

«Il y a des inquiétudes de la part de la population et de certains groupes qui sont venus en comité, fondées ou non fondées, donc on veut prendre plus de temps. Les Québécois sont très jaloux, avec raison, de leurs données personnelles, ils ne veulent pas qu’elles soient communiquées, donc pour l’instant on est unanime à l’Assemblée nationale pour dire que ce n’est pas le temps de mettre en place une telle application.»

Le premier ministre Legault a ajouté qu’une part importante de la population doit utiliser l’application pour qu’elle soit efficace et qu’actuellement «une grande partie de la population craint cette application».