La ministre Danielle McCann, le premier ministre François Legault et le Dr Horacio Arruda se sont présentés en conférence de presse portant un masque, à Québec, mardi.
La ministre Danielle McCann, le premier ministre François Legault et le Dr Horacio Arruda se sont présentés en conférence de presse portant un masque, à Québec, mardi.

«Quand vous sortez, mettez un masque»; plus de 2000 morts à Montréal [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
L’image frappe fort. Au 62e jour de la crise de la COVID-19 au Québec, François Legault, Horacio Arruda et Danielle McCann se sont présentés au point de presse de mardi avec un masque. «Je demande à tous les Québécois, à Montréal puis dans le reste du Québec, quand vous sortez de chez vous, mettez-vous un masque», recommande «fortement» le premier ministre.

Le sujet du masque artisanal est revenu à plusieurs reprises lors des conférences de presse du trio, depuis deux mois. Il n’est pas question ici du masque médical devenu si précieux dans les lieux de soins, mais d’un couvre-visage fabriqué à la maison ou par votre couturière préférée. La pièce de tissu recouvre la bouche et le nez et limite l’éjection de vos postillons.

Le trio n’avait jamais été très chaud là-dessus. Le DArruda évoquait toujours «un choix personnel». Mais l’idée a fait son chemin. Voilà que sans le rendre obligatoire, du moins pas encore, les autorités québécoises l’ajoutent comme troisième consigne de base à la distanciation de deux mètres et au lavage régulier des mains.

«Quand on prend l’autobus ou le métro ou qu’on est dans une situation où on n’est pas nécessairement capables de s’assurer d’avoir le deux mètres — par exemple, on rentre dans un magasin puis il y a beaucoup de monde dans le magasin —, c’est mieux d’avoir un masque», a dit M. Legault, après avoir retiré son masque reçu en cadeau d’une Mme Bergeron.

«Au début, ça fait bizarre de voir les gens avec les masques. [...] Mais on va s’habituer. Et c’est une bonne habitude, qui va nous permettre plus rapidement de revenir à une vie un peu plus normale.[...] Quand on met un masque, c’est pour protéger les autres. Évidemment, si tout le monde le fait, tout le monde se protège et on se retrouve dans une situation qui est idéale.»

Pas de police des masques

Mais pas de police des masques. On hésite à restreindre davantage les libertés individuelles pour une mesure dont l’efficacité n’est pas prouvée. Obligation rimerait aussi avec accessibilité pour tous, donc distribution généralisée.

Mais «indépendamment des lois, je préfère être accusé d’avoir été plus prudent que pas assez. S’il faut le rendre obligatoire, je vais le rendre obligatoire», assure du même souffle le DArruda.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, et la directrice régionale de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, avaient tenu toute une conférence de presse masquées pour promouvoir le port du masque dans les transports en commun, il y a quelques jours. Les deux peinaient à garder leur couvre-visage en place tout en parlant.

On avait aussi vu le Dr Arruda porter le sien, rayé bleu et blanc, lors de sa visite à Montréal-Nord, vendredi.

Ému, Arruda s’excuse

Le populaire directeur national de santé publique aurait eu besoin d’un autre genre de tissu, mardi, pour essuyer ses yeux remplis de larmes. Sur la sellette depuis lundi à cause d’une vidéo de danse diffusée sur les réseaux sociaux, il s’en est excusé en toute fin de point de presse, devenant même trop ému quelques secondes pour parler.

Lui qui reçoit des tonnes de messages, il croyait répondre à un seul individu et dit ne pas avoir été au courant de l’aspect public et charitable du projet.

«Si la performance que j’ai faite a fait de la peine ou insulté les familles qui sont endeuillées, je vous présente mes plus sincères excuses», a-t-il affirmé, ébranlé. «Chaque nuit, à 2 heures du matin, je regarde les décès et j’ai le cœur qui me tourne. Ça n’a jamais été mon intention de blesser qui que ce soit. Et j’ai compris que plus jamais je n’utiliserai les médias sociaux dans ce contexte-là.»

Plus de 2000 décès à Montréal

La nuit précédente, 118 nouveaux décès s’étaient ajoutés à la liste. Pour un total de 3131. Parmi les Québécois victimes de la COVID-19, 1969 habitaient un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). La barre des 2000 sera sans doute dépassée mercredi.

Le drapeau hissé sur la tour centrale de l’hôtel du Parlement de Québec sera mis en berne mercredi, de l’aube au crépuscule, en mémoire des victimes de la pandémie. Mercredi marquera aussi le retour des parlementaires en chambre à Québec. Les partis d’opposition questionneront le gouvernement sur place, au Salon bleu de l’Assemblée nationale, pour la première fois depuis la suspension des travaux dans l’avant-midi du 17 mars.


« Si la performance que j’ai faite a fait de la peine ou insulté les familles qui sont endeuillées, je vous présente mes plus sincères excuses. Chaque nuit, à 2 heures du matin, je regarde les décès et j’ai le cœur qui me tourne. Ça n’a jamais été mon intention de blesser qui que ce soit. Et j’ai compris que plus jamais je n’utiliserai les médias sociaux dans ce contexte-là »
Le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda

Jeudi et vendredi, le premier ministre Legault se rendra à Montréal. Où la situation est plus grave que dans le reste du Québec, avec maintenant plus de 2000 morts reliées à la maladie à coronavirus (2003) et 19 878 des 39 225 cas dépistés à travers la province.

La stratégie de dépistage massif met du temps à décoller, alors que les 14 000 tests promis par jour tournent entre 10 000 et 11 000. Plus qu’un manque de matériel ou de personnel, M. Legault évoque le manque de patients!

«À beaucoup d’endroits, il nous manque de monde qui veut avoir un test. Je fais un appel aux gens qui sont dans les zones chaudes, Montréal, Laval : allez vous faire tester! [...] On a une capacité de tester qui est à 16 000, 17 000. On voudrait se rendre jusque là, mais il faut avoir des clients. On va le faire dans les régions, mais c’est encore plus important quartier par quartier à Montréal, parce que c’est là que la situation continue d’être difficile», a-t-il souligné.

3 G $ de plus en santé, jusqu’ici

Outre la réouverture imminente des parcs de la SÉPAQ à l’extérieur de la grande région de Montréal, le premier ministre s’est aussi penché sur la situation économique difficile au Québec.

Le Québec s’avère la province la plus frappée par le chômage durant cette crise, avec un taux de 17 % en avril et même de 18,2 % à Montréal.

«Les chiffres de l’emploi montrent que le Québec en a fait plus pour confiner et interdire à des citoyens de travailler. En Ontario, ils sont à 11 % de chômage. Pourtant, avant la crise, on avait un taux de chômage à peu près égal, même inférieur, à l’Ontario [février : 4,5 % au Québec et 5,5 % en Ontario]. Ça veut dire qu’on a fermé plus. Prenons l’exemple de la construction, le manufacturier : nous, on a fermé, l’Ontario n’a pas fermé», a expliqué M. Legault.

Il s’est ensuite attardé aux finances publiques. «On a, jusqu’à présent, à peu près 3 milliards $ de dépenses en santé additionnelles. On a à peu près 2 milliards$ de dépenses additionnelles en économie. Ça veut dire un 5 milliards $ de dépenses qui n’étaient pas prévues dans le budget. Et il y a un manque à gagner dans les revenus qui fait que, pour l’année en cours, on prévoit un déficit entre 12 et 15 milliards $», a confirmé le premier ministre, ajoutant qu’avec 15 milliards $ de report d’encaisses, l’ensemble des mesures du Québec coûtent 20 milliards $.

Bonnes nouvelles quand même, le nombre d’hospitalisations reste presque stable par rapport à la veille, à 1841 (+ 3), tandis que le nombre de patients traités aux soins intensifs pour la COVID-19 diminue pour une cinquième journée de suite, à 186 (- 7).