Un échantillon de 1259 Québécois représentatif de la population en termes de genre, d’âge et de scolarité ont participé à l’enquête dirigée par la professeure Caroline Biron. 
Un échantillon de 1259 Québécois représentatif de la population en termes de genre, d’âge et de scolarité ont participé à l’enquête dirigée par la professeure Caroline Biron. 

Près de 50% des travailleurs québécois en grande détresse psychologique

Près de 50% des travailleurs québécois souffrent d’un niveau élevé de détresse psychologique, tous types d’emplois confondus, qu’ils soient en télétravail ou pas, révèle un sondage web mené entre le 30 avril et le 7 mai par une équipe de chercheurs de la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.

Un échantillon de 1259 Québécois représentatif de la population en termes de genre, d’âge et de scolarité ont participé à l’enquête dirigée par la professeure Caroline Biron. 

«On a des gens de différents secteurs qui ont répondu au sondage, des travailleurs qui proviennent par exemple du municipal, du provincial, du fédéral, du privé, des soins de santé, des services ouverts au public comme les épiceries...» énumère en entrevue Mme Biron, qui est aussi directrice du Centre d’expertise en gestion de la santé et de la sécurité au travail de la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.

Selon Mme Biron, les répondants en télétravail ne sont pas plus ou moins en détresse que les autres travailleurs sondés. «Il n’y a aucune différence significative entre les deux. Les facteurs qui expliquent la détresse, ils sont les mêmes qu’on soit sur les lieux du travail ou en télétravail», note la chercheure. 

Parmi ces facteurs: le soutien social des collègues ou du supérieur, la charge de travail et la reconnaissance. 

«Quand le soutien est faible, on a 58% de gens en détresse élevée, contre 42% quand le soutien est élevé. […] Si je regarde le facteur de la charge de travail, les gens en surcharge de travail sont en détresse élevée dans une proportion de 60%, contre 40% quand la charge est plus équilibrée. La reconnaissance, c’est ce qu’il y a de plus frappant: on a 62% de gens en détresse élevée quand ils ne se sentent pas reconnus au travail, contre 38% quand ils se sentent reconnus», détaille Caroline Biron.

Autre constat de l’étude qui ne surprendra personne: la santé mentale des travailleurs du secteur de la santé et des services sociaux est particulièrement affectée, alors que 60% des répondants de ce secteur ont rapporté un niveau élevé de détresse psychologique. À titre de comparaison, les répondants issus de compagnies privées ont fait état d’un niveau élevé de stress psychologique dans une proportion de 41%, mentionne la chercheure.

Les cadres ou gestionnaires de première ligne font partie des répondants qui vivent le plus de détresse psychologique, comparativement aux cadres «de haut niveau», qui semblent plus protégés, constate par ailleurs Caroline Biron. 

Le sondage révèle également que les femmes souffrent de détresse psychologique dans une proportion plus grande que les hommes (56% contre 41%). Il s’agit d’une importante augmentation par rapport aux données pré-pandémie colligées en 2015 par l’Institut de la statistique du Québec dans l’Enquête québécoise sur la santé de la population, dans laquelle près de 33 % des femmes et 24 % des hommes rapportaient un niveau élevé de détresse, souligne-t-on dans le communiqué de l’Université Laval résumant l’étude de la professeure Biron.

Parmi les autres faits saillants du sondage: 75% des répondants ont rapporté avoir des problèmes de sommeil, et 37 % ont déclaré avoir fait du présentéisme (travailler malade) au cours des sept derniers jours, tant parmi ceux qui font du télétravail que chez ceux qui se déplacent vers leur lieu d’emploi.

La performance au travail semble aussi affectée par la situation actuelle, alors que près du tiers des répondants (30 %) évaluent leur performance comme étant égale ou inférieure à 70% de leur rendement maximal. 

«Quand les organisations des répondants accordent une aussi grande importance à la santé psychologique du personnel qu’à la productivité, elles ont 24% moins de gens en détresse élevée et 12% plus de travailleurs hautement performants» que le reste de l’échantillon, note encore Caroline Biron.

Pour la chercheure, ce que le sondage montre, c’est l’importance pour les organisations de «prendre soin de leurs gens», de «soigner le travail». 

«La santé psychologique au travail c’est souvent l’enfant pauvre en santé et sécurité au travail. […] Il faut faire plus que de donner quelques séances de plus au programme d’aide, il faut soigner l’organisation du travail, offrir des emplois de qualité», dit Mme Biron. 

Si une organisation est capable de faire, par exemple, des changements technologiques une priorité pour améliorer sa performance, elle est aussi capable de faire de la santé mentale une priorité «parce qu’en agissant sur la détresse, on agit aussi sur la performance», rappelle la professeure.