Une équipe de l’Université de Hong Kong a annoncé lundi avoir «découvert» le tout premier cas prouvé de réinfection à la COVID-19.
Une équipe de l’Université de Hong Kong a annoncé lundi avoir «découvert» le tout premier cas prouvé de réinfection à la COVID-19.

Premier cas prouvé de réinfection à la COVID-19

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
On l’attendait depuis longtemps, on a cru (sans doute à tort) le trouver à de multiples reprises, mais cette fois-ci semble bien être la bonne : une équipe de l’Université de Hong Kong a annoncé lundi avoir «découvert» le tout premier cas prouvé de réinfection à la COVID-19, soit un jeune homme qui a contracté la maladie à la fin de mars, puis de nouveau à la mi-août. Il a toutefois fait une forme beaucoup plus bénigne de la maladie la seconde fois, ce qui suggère qu’il aurait conservé une certaine immunité.

Son cas est décrit en détails dans un article qui paraîtra prochainement dans la revue médicale Clinical Infection Diseases. Il s’agit d’un résident de Hong Kong de 33 ans que la COVID-19 avait mené à l’hôpital le 29 mars dernier. Il avait reçu son congé de l’hôpital le 14 avril, après que deux tests administrés à 24 heures d’intervalle eurent montré qu’il n’était plus porteur du virus.

Il y a deux semaines, cependant, le jeune homme a dû passer un autre test de COVID-19 à l’aéroport de Hong Kong parce qu’il revenait d’un séjour en Espagne. Or ce test s’est avéré positif, preuve que l’immunité que l’on acquiert en combattant ce virus n’est pas permanente, et que l’on peut bel et bien l’attraper plus d’une fois.

«Je pense qu’on peut dire que c’est vraiment le premier cas confirmé de réinfection à la COVID, dit l’infectiologue de l’Université Laval DGuy Boivin, qui n’a pas participé à cette étude. Il y avait eu des rapports de cas semblables auparavant, mais on n’avait pas pu séquencer les virus des deux épisodes. Alors qu’ici, on a les deux virus qui ont infecté le patient à 4 ou 5 mois d’intervalle, et ils sont clairement différents. Ça suggère, et même ça confirme que ce sont deux infections différentes» — et non un patient qui aurait simplement fait une «rechute» parce qu’il ne s’était jamais débarrassés complètement du virus.

Fait à noter, si le jeune homme a dû être hospitalisé lors de son premier combat contre la COVID-19, sa seconde infection fut complètement asymptomatique — elle n’a été détectée qu’à la suite d’un test de routine à l’aéroport de Hong Kong, pas parce qu’il se sentait mal. «Il a été hospitalisé de nouveau mais est demeuré sans symptôme, lit-on dans l’article, dont le premier auteur est le chercheur Kelvin Kai-Wai To, de l’Université de Hong Kong. Il ne faisait pas de fièvre, ayant une température de 36,5 °C. (…) Les radiographies de ses poumons n’ont rien montré d’anormal. Aucun traitement antiviral ne lui a été administré.»

Il est possible que cela indique qu’il avait gardé un certain degré d’immunité — pas assez pour prévenir l’infection, mais suffisamment pour empêcher la maladie de provoquer des symptômes. «Après une infection, il y a production d’anticorps qui immunisent contre la maladie, mais ça peut s’abaisser rapidement, commente DBoivin. Il y a eu d’autres études qui ont montré que 1 ou 2 mois après une infection à la COVID-19, il reste très peu d’anticorps chez certains patients. Par contre, il y a une immunité cellulaire [ndlr : une «mémoire» du virus qui est conservée dans certaines cellules immunitaires] qui peut persister et rendre les réinfections ultérieures moins graves.»

C’est peut-être ce qui est arrivé à ce patient, mais il est impossible de tirer des conclusions fermes sur le comportement de ce virus à partir d’un cas individuel, avertit Dr Boivin. Et on n’a pas encore le recul nécessaire pour bien évaluer la durée de l’immunité contre la COVID-19 — l’épidémie ne date que de quelques mois alors que l’immunité peut durer de 1 à 2 ans pour d’autres coronavirus qui causent le rhume.

Vaccin

Mais tout de même, ajoute-t-il, «ce cas-là vient compliquer un peu les choses pour le développement des vaccins, parce que cela nous dit que l’immunité du vaccin ne sera probablement pas très, très longue. Cela nous dit aussi que l’immunité de masse ne neutraliserait sans doute pas complètement la transmission du virus, comme c’est d’ailleurs le cas pour les autres coronavirus».

Et cela soulève des questions difficiles pour les travailleurs de la santé. «Le fameux passeport immunitaire, ça vient de tomber à l’eau pas mal», dit DBoivin. Car si l’on peut se réinfecter (et donc redevenir infectieux) après seulement 4 ou 5 mois, il faudra en tenir compte pour le retour au travail du personnel soignant qui a fait la COVID-19 ainsi que pour leurs affectations.

«C’est un gros point à régler», avertit le chercheur.