Le gouvernement Legault a décrété le port du masque obligatoire à compter du 18 juillet pour toutes les personnes de 12 ans et plus dans les lieux publics clos, comme les commerces, les restaurants, les épiceries et les bibliothèques.
Le gouvernement Legault a décrété le port du masque obligatoire à compter du 18 juillet pour toutes les personnes de 12 ans et plus dans les lieux publics clos, comme les commerces, les restaurants, les épiceries et les bibliothèques.

Port du masque obligatoire: les opposants s’activent

Une pétition qui circulait depuis lundi pour s’opposer au port du masque obligatoire au Québec, affirmant que cette mesure «brime nos droits et libertés», a été subitement effacée mercredi.

Cette initiative avait connu un vif succès et recueilli plus de 50 000 signatures en deux jours, ce qui reflète l’existence au Québec d’un courant de méfiance envers les autorités sanitaires. Le gouvernement Legault a en effet décrété le port du masque obligatoire à compter du 18 juillet pour toutes les personnes de 12 ans et plus dans les lieux publics clos, comme les commerces, les restaurants, les épiceries et les bibliothèques.

Cette pétition était hébergée par une plateforme en faveur de la liberté d’expression, change.org. En général, quand un tel site retire une pétition, c’est parce que les commentaires accompagnant les signatures comportent des propos inacceptables. Le site change.org énumère une longue liste de comportements définis comme non acceptables.

Pour en savoir plus 

«Bonjour tout le monde, on a un problème présentement, les plates-formes auxquelles nous faisons confiance nous censurent. La pétition a été supprimée par change.org. Elle s’élevait à quelque 53 000 signatures. Facebook menace également de fermer le groupe pour violation des standards de communauté», a écrit Émilie Pion, une des signataires, sur Facebook.

Cela pourrait s’expliquer par le caractère hétérogène de ce mouvement anti-masque qui regroupe des commerçants, des citoyens qui ne sont pas convaincus par les arguments de la Santé publique, mais aussi des adeptes des théories du complot ou encore des défenseurs à tout crin des droits individuels.

«Préparez-vous! Dès que la loi sera instaurée, je n’achèterai plus dans aucun endroit qui va me l’empêcher. J’achèterai ma bouffe en Ontario (et oui je vais le faire)», écrit Maxim Raymond sur la page Facebook «Contre le port obligatoire du masque au Québec», qui compte plus de 3500 membres. Il ajoute en majuscules : «C’EST IMPORTANT DE NE PLUS RIEN ACHETER AUX COMMERÇANTS S’ILS NE VOUS LAISSENT PAS ENTRER SANS MASQUE!»

Mercredi, un article de La Presse publié le 18 mars et coiffé du titre «Québec demande aux citoyens de ne pas porter de masque» a été partagé sur cette page Facebook. Il s’est retrouvé dans la liste des articles les plus lus du jour, quatre mois après sa publication, mercredi, sur LaPresse.ca. Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, était alors opposé au port généralisé du masque. «Si vous voulez prévenir les infections, ce n’est pas en portant un masque autour de vous, en touchant à des objets, en jouant avec le masque, en le portant à vos yeux et à votre nez que vous allez vous protéger, disait-il. Dans les faits, si vous voulez vous protéger, ce n’est pas le masque qui est important. Lavez-vous les mains.»

«Vous voyez bien cette machination de manipulation», commente un membre du groupe sur Facebook.

«Ça devrait être un choix»

Par contre, des entrevues réalisées mercredi par La Presse avec des anti-masque a permis de découvrir que beaucoup de ces opposants sont très bien informés et n’adhèrent pas aux théories du complot.

«Je ne suis pas contre le port du masque, mais je pense que ça devrait être un choix», explique Patrick Bureau, de Gatineau, qui déplore qu’un «seul point de vue», celui des pro-masque, soit véhiculé dans les médias. «Ce qu’on voit, c’est que la majorité du monde porte le masque tout croche et que ce n’est pas efficace pour bloquer les particules fines du virus.»

«Il n’y a pas de logique dans ce qui est expliqué», ajoute Luc Blanchet, gérant d'un gym de Rivière-du-Loup. «Plus de 90 % du monde ne sait pas porter le masque correctement. Les gens le sortent d’une poche ou le mettent sur le tableau de bord de l’auto. Le risque de contamination est plus grand que si on ne porte pas de masque. En plus, on est l’été et il faut chaud. Pour bien faire les choses, on devrait tous porter des masques N95.»

Kevin Durand, préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD de Port-Cartier, à 835 km de Montréal, porte un masque huit heures par jour au travail. «Je ne suis pas contre le port du masque dans les établissements de santé et les CHSLD où il y a des personnes âgées et vulnérables, dit-il. Mais ici, à Port-Cartier, il n’y a même pas de cas. C’est ça que je trouve déplorable. Je me demande à quoi ces mesures servent dans les régions éloignées. Je comprends la distanciation physique et le lavage des mains. Le masque, je ne le comprends pas.»

Jason Beaulieu, chauffeur de taxi à Val-d’Or, en Abitibi, estime quant à lui que l’imposition du masque brime ses droits. «Au début de la pandémie, on nous a confinés, puis on nous a dit de garder le deux mètres et de nous laver les mains. À Val-d’Or, il n’y a eu que trois cas de COVID. On nous remercie comment? En nous obligeant à mettre le masque et en nous menaçant de nous donner des amendes!»

Selon lui, le lavage fréquent des mains et la distanciation sont des mesures efficaces pour freiner la propagation du coronavirus. «Le port du masque, c’est plus dangereux qu’autre chose. Même Arruda l’a dit : il y a des risques de contamination. Et on sait que 90 % du monde ne le porte pas comme du monde de toute façon.»

Les limites du droit à la liberté

Pour ce qui est du droit à la liberté, le professeur Louis-Philippe Lampron, de la faculté de droit de l’Université Laval, voit mal, dans le contexte de la pandémie, comment on pourrait faire la preuve de la violation d'un droit fondamental en obligeant le port du masque.


« Pour tous les autres droits fondamentaux en cause, je ne vois pas en quoi l’imposition d’un masque pourrait porter atteinte à un droit ou à une liberté fondamentale »
Louis-Philippe Lampron, professeur de la Faculté de droit de l’Université Laval

L’avocat montréalais bien connu Julius Grey croit, de son côté, que l’imposition du masque viole la Charte, mais que «cette violation est justifiée par l’urgence de la situation».

«Je partage les craintes des gens qui sont concernés par la liberté, mais il y a d’autres valeurs aussi, telles que la vie et la sécurité de la personne. Malheureusement, dans ce cas-ci, je pense que le droit de ne pas porter de masque ne peut pas prévaloir sur les preuves médicales selon lesquelles le masque ralentit substantiellement la propagation du virus», dit-il.

D’autres pétitions continuent néanmoins de recueillir des signatures de gens opposés au port obligatoire du couvre-visage. Une pétition, également publiée sur change.org, a plus de 42 000 signataires. Ces derniers brandissent aussi leurs droits, mais estiment qu’il en va aussi de «la survie de nos commerces». Ils invoquent aussi «le respect des travailleurs et des gens incommodés physiquement par le masque».