Le premier ministre François Legault et la ministre des Aînés Marguerite Blais en conférence de presse à Québec, mardi
Le premier ministre François Legault et la ministre des Aînés Marguerite Blais en conférence de presse à Québec, mardi

Plus de 1500 morts dans les CHSLD, la ministre Blais aurait «voulu aller plus vite» [VIDÉO]

Pour mettre fin au sort «inhumain» des personnes âgées confinées en résidences, le gouvernement assouplit ses règles de sortie. Mais cela ne s’applique pas aux CHSLD, où l’on compte plus de 1500 morts de la COVID-19. Drame pour lequel Marguerite Blais prend une part du blâme.

«Je vais prendre ma part de responsabilité. Je suis ministre responsable des Aînés, le premier ministre s’est excusé au nom du gouvernement, je suis membre du gouvernement et je prends ma part de responsabilité», a-t-elle répondu, mardi, lors du point de presse en compagnie du premier ministre, François Legault, et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

Point de presse qui, pour cette annonce d’assouplissements, n’a pas fait relâche comme il était d’abord prévu.

Lors de récentes entrevues, la ministre Blais rejetait toute responsabilité quant à la situation chaotique qui prévaut pendant cette pandémie dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) du Québec.

Mardi, le cap des 1500 résidents de CHSLD ayant succombé au nouveau coronavirus a été surpassé, avec 1519 des 2398 décès déclarés (63 %).

Mme Blais en est à son troisième mandat comme ministre québécoise responsable des Aînés, siège qu’elle a occupé durant 7 des 13 dernières années. Elle a été réélue en octobre 2018 avec la Coalition avenir Québec, après un passage de cinq ans et demi à ce poste sous la bannière du Parti libéral du Québec, de 2007 à 2012.

«Dans un précédent gouvernement, j’avais pas mal les pieds et les mains liés par rapport à tout ce qui touche les milieux d’hébergement, parce que c’était la responsabilité du ministre de la Santé. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas allée dans ces milieux-là, que je n’ai pas constaté, que je n’ai pas parlé. Mais ça prend une volonté gouvernementale, ça prend beaucoup plus qu’une personne qui parle des milieux. [...] Les CHSLD ont toujours été les enfants pauvres du ministère de la Santé et des Services sociaux. C’est le temps que ça change», a-t-elle affirmé.

«Quand je suis arrivée avec M. Legault, on avait un plan, poursuit la ministre Blais. Et j’aurais voulu aller plus vite. J’aurais voulu qu’on soit en mesure d’implanter ce plan-là. [...] C’est un moment très important pour être en mesure d’aller encore plus vite, prendre une vitesse grand V pour repenser tous ces milieux-là.»

Sortir seul et à 2 m

Les nouvelles règles de sortie s’adressent aux résidences pour personnes autonomes ou semi-autonomes. En gros, ces personnes pourront à nouveau sortir sans supervision et enfin retrouver leurs proches, mais dehors et à 2 m de distance.

«On a vu que dans certaines résidences, les consignes parfois sont interprétées de façons différentes, alors la supervision se faisait dans le garage. Les personnes âgées marchaient dans le garage!» a illustré la ministre Blais, outrée.


« Les CHSLD ont toujours été les enfants pauvres du ministère de la Santé et des Services sociaux. C’est le temps que ça change »
Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

Ces sorties deviennent permises sous conditions de lavage de mains et de tenue d’un registre à la sortie et à l’entrée des résidents, qu’on encourage aussi à porter un masque artisanal dans les lieux publics. La résidence ne doit bien sûr pas avoir de cas actif de COVID-19.

Mme Blais est aussi ministre responsable des Proches aidants. À compter du 11 mai, tous les proches aidants auront droit de visite, à moins que la direction de l’établissement justifie une interdiction. Les jeunes handicapés qui résident dans ces endroits sont aussi visés par la mesure.

«Marguerite et moi, on trouve ça pas humain que, pendant deux mois, une personne n’ait pas pu voir ses enfants. Ça n’a comme pas de bon sens. Je comprends la raison pourquoi on fait ça, on veut éviter la propagation du virus, donc on veut protéger la santé physique. Mais il ne faut pas protéger la santé physique au détriment de la santé mentale», a souligné le premier ministre Legault, pour justifier la décision.

Aussi lundi prochain, les personnes de 70 ans et plus pourront recommencer à fréquenter les commerces essentiels comme épicerie, pharmacie et autres, selon des plages horaires réservées.

L’interdiction de visite aux soins palliatifs est aussi levée. Sans doute un écho aux propos tenus dimanche à Tout le monde en parle par la Dre Joanne Liu, qui disait que lors de l’épidémie d’Ebola, en Afrique, «la chose que l’on ne nous a pas pardonnée est d’avoir laissé les gens mourir tout seuls».

Ça va v’nir, ça va v’nir

La barre psychologique des 1500 morts devrait aussi être franchie mercredi sur l’île de Montréal, alors que 78 des 118 nouveaux décès annoncés mardi portaient le décompte des corps à 1488 dans la métropole.

À la lumière d’un calendrier de déconfinement décalé pour la Communauté métropolitaine de Montréal, ce qui comprend les couronnes nord et sud, le Dr Arruda évoque la possibilité d’étendre ce territoire jusqu’à Joliette, advenant une situation hors de contrôle dans Lanaudière.

Le total des cas de COVID-19 au Québec passe à 33 417, avec 7923 personnes officiellement rétablies. Les hospitalisations restent pas mal stables avec 1821 patients alités dans nos hôpitaux, dont 218 aux soins intensifs.

Avec cette récente série d’annonces de déconfinement se lève «un vent de liberté», comme l’a déjà dit le Dr Arruda. Mais il n’est pas encore question de permettre toute forme de rassemblement, même extérieur.

«La nature étant ce qu’elle est… Ce n’est pas que les gens ne sont pas fins. C’est naturel! Si on met deux, trois familles ensemble, qui se font un souper barbecue, il va en avoir des contacts plus fréquents. C’est difficile de maintenir le deux mètres. Dans la rue, c’est plus facile, quand on se croise, mais un rassemblement…» a expliqué le Dr Arruda, avant de citer La Bolduc.

«Mais ça va venir. Décourageons-nous pas. C’est ça que je veux qu’on se dise. Ça va venir, décourageons-nous pas, mais laissons-nous au moins mesurer les effets [des étapes de déconfinement actuelles]. Déjà que beaucoup disent qu’on va vite. Laissez-nous le temps de mesurer les effets de ce qu’on met en place. Je vais vous demander encore d’être un peu patients.»