L'annonce du premier ministre Legault à l'effet qu'un plan de réouverture progressive des établissements scolaires sera présenté dès la semaine prochaine surprend les deux plus importants syndicats du milieu de l'éducation en Outaouais.
L'annonce du premier ministre Legault à l'effet qu'un plan de réouverture progressive des établissements scolaires sera présenté dès la semaine prochaine surprend les deux plus importants syndicats du milieu de l'éducation en Outaouais.

Plan de retour à l'école: craintes et questions pour deux syndicats de l'Outaouais

«On a comme l'impression qu'il y a du monde qui ne se parle pas dans la boîte en haut». 

L'annonce du premier ministre Legault à l'effet qu'un plan de réouverture progressive des établissements scolaires sera présenté dès la semaine prochaine surprend les deux plus importants syndicats du milieu de l'éducation en Outaouais, qui affirment que d'importantes craintes subsistent chez leurs membres au sujet de «l'école repensée».

La présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais (SEO), Suzanne Tremblay, est un peu étonnée que les choses aient déboulé à cette vitesse et qu'un calendrier de déconfinement sera dévoilé dans les jours à venir, puisque, rappelle-t-elle, une quinzaine de comités réunissant plusieurs intervenants ont été formés à la demande du ministre de l'Éducation. Les recommandations devaient être déposées au début mai. 

Stupéfaite, la Fédération automne de l'enseignement (FAE), à laquelle est affiliée le syndicat, a d'ailleurs indiqué mercredi qu'elle exige de voir le plan de réouverture dès maintenant.

«Nos inquiétudes, c'est de savoir si on va être écouté, car qui portera ce plan-là sur ses épaules? Ce sont majoritairement les profs, car ce sont eux qui seront sur le plancher au quotidien. C'est quelque chose de rouvrir les écoles dans un tel contexte, il y a beaucoup de choses à penser et ce n'est pas simple. Le plan ne peut pas avoir été écrit sans que les profs aient été consultés, l'aient vu et l'aient bonifié. Plus on nous écoutera, meilleure sera la réouverture. On doit faire les choses tranquillement mais sagement. Les écoles d'hier, ce ne sont pas les écoles qui rouvriront en mai. On ne peut absolument rien minimiser en ce qui a trait à la sécurité», lance-t-elle.

Suzanne Tremblay

Elle précise qu'environ 15% des quelque 5200 enseignants des commissions scolaires des Portages-de-l'Outaouais, des Draveurs et au Coeur-des-Vallées sont âgés de 55 ans et plus. C'est sans compter les femmes enceintes et les personnes immunosupprimées. Bon nombre ont leur part d'inquiétudes. De plus, note-t-on, les produits désinfectants se faisaient déjà rares dans plusieurs établissements. 

«Les parents ont été rassurés car ils auront le choix d'envoyer leurs enfants ou non, mais les profs, eux, seront au travail. Il y a donc des questions auxquelles on devra répondre. Une formation sur les mesures d'hygiène devra aussi être donnée, plusieurs ne sont pas habitués. Il y a eu des ratés en santé, alors en éducation on a la chance de bien faire les choses, pour éviter de mettre en péril la sécurité du personnel», de dire Mme Tremblay.

Si certains sont retirés du milieu de travail, les commissions scolaires se retrouveront avec «un énorme défi» à gérer, selon le syndicat, qui rappelle que la pénurie d'enseignants et de suppléants se fait déjà cruellement sentir en Outaouais. 

«Les listes étaient déjà vides. Je ne sais pas qui on va prendre pour remplacer ce personnel qualifié», s'interroge Suzanne Tremblay.

Au sujet de la distanciation sociale, il est clair que le plan de match devra être clair et précis, signale le SEO. 

«Dr Arruda dit qu'il faudra maintenir une distanciation sociale, mais dans une école, les casiers sont en rang d'oignon. À certains endroits, ils sont même deux par case. Tu ne fais que tendre ton bras et tu touches ton voisin. Juste à l'unité 1 de la polyvalente Nicolas-Gatineau, ce sont 650 élèves qui sortent en même temps deslocaux quand la cloche sonne. Comment organisera-t-on les dîners, les récréations, le transport, les cours d'éducation physique? C'est un défi logistique énorme. Est-ce que ce sera l'école une journée sur deux? Des demi-groupes? Certains niveaux seulement? C'est encore flou et le chemin sera long», commente-t-elle.

La distanciation sociale devra être respectée dans les cours d'école lors de la réouverture de celles-ci.

Le syndicat rappelle que pour ajouter à ce casse-tête, de nombreuses écoles de Gatineau doivent déjà composer avec un problème de surpeuplement.

Chose certaine, élèves et enseignants devront apprendre à composer avec cette nouvelle réalité déconcertante, 

«Normalement, quand un enfant pleure, on s'assoit à sa hauteur et on s'en approche. Il nous fait aussi des câlins quand il est content de nous voir. L'enseignant passe autant de temps sinon plus que les parents avec les enfants chaque semaine, alors il y a un lien particulier qui se développe. Nous étions habitués à cette proximité-là, alors ça va être tout un apprentissage, qui ne se fera pas de façon automatique. Même si les parents leur disent, reste que les enfants ne sont pas allés à l'épicerie, n'ont pas constaté cette distanciation. Ça veut dire quoi, deux mètres, dans la tête d'un jeune enfant? Il y aura beaucoup d'éducation à faire, par exemple qu'on peut faire un sourire au lieu d'un câlin. Ce n'est pas impossible, mais ce ne sera pas facile», s'exclame-t-elle.

«Ça prend des directives claires»

De son côté, le président du Syndicat du soutien scolaire de l'Outaouais, Simon Dostie-Cormier, affirme que bon nombre de ses 4000 membres sont craintifs à l'idée de retourner au travail sans connaître les mesures de prévention qui seront mises en place. 

«Les employeurs ont bien collaboré depuis le début de la crise, on communique bien, mais on estime que ce n'est pas assez. Ça prend des directives claires du gouvernement et clairement nous n'en avons pas présentement. On veut une mise à jour pour tous les corps d'emploi qu'on représente. Si on se fie à ce qui est dit publiquement, on ne semble pas trop considérés dans le débat, mais au bout de la ligne, ce sont ces gens-là qui font rouler les services de garde, les services administratifs, l'entretien des écoles, etc. Tout le monde va être dans le même bateau», se désole-t-il.

Les gens vulnérables ou ayant des conditions de santé particulières ont plusieurs interrogations, ajoute M. Dostie-Cormier.

«Il faut un plan défini, des faits, pour rassurer les gens. Il y en a beaucoup qui approchent de leur retraite, d'autres qui devraient l'être mais qui ont décidé de continuer pour une foule de raisons. Il y a déjà pénurie de personnel, si en plus on se retrouve dans une situation de COVID-19. On ne veut pas se retrouver dans des situations où on va échapper le ballon avec des conséquences à long terme», dit-il.