L'Institut universitaire de santé mentale de Québec
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Patients de l’IUSMQ privés de soins de base: le ministre Dubé a demandé une «vérification»

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Réagissant à notre reportage sur des patients de l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ) atteints de la COVID-19 qui auraient été privés de soins de base à la mi-octobre, faute de personnel, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dit jeudi avoir demandé à son ministère «une vérification de ce qui s’est vraiment passé, parce que s’il y a eu des gens qui n’ont pas été assez hydratés, c’est assez grave».

Le Soleil faisait état jeudi d’une correspondance interne dans laquelle le chef du Service de médecine générale de l’IUSMQ, le Dr Jérôme Charest, tire la sonnette d’alarme «en ce qui concerne la situation des 11 patients COVID positifs du K-5 à l’IUSMQ». 

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Le Dr Charest explique dans un courriel envoyé à des membres de la direction du CIUSSS avoir discuté avec une collègue, la Dre Séverine Savignat, qui aurait dressé un constat «extrêmement inquiétant» après avoir fait la tournée de l’unité le 13 octobre.

Il rapporte que «tous les préposés habituels sont absents, car tous positifs», que certains patients n’ont pas été alimentés et hydratés dans la journée, que des infirmières peu expérimentées et du personnel qui ne connaît pas les patients ont été dépêchés dans la soirée, que des patients reçoivent une polymédication complexe, dont de la clozapine (un antipsychotique), et que le département de pharmacie n’a pas été avisé de l’éclosion au K-5. 

Le Dr Charest mentionne également que les mesures entourant les équipements de protection individuelles (EPI) ne sont pas respectées ou appliquées, qu’il n’y a pas de SAS (pour enfiler et retirer l’EPI) et qu’il n’y a pas de «matériel adéquat» ni «d’affiche». 

Des patients de l’unité n’auraient en outre pas été lavés pendant au moins trois jours. Au moins un usager aurait succombé au virus, selon nos informations. 

L’éclosion dans l’ancien hôpital Robert-Giffard, qui aurait débuté il y a environ deux semaines, n’a jamais été rendue publique par le CIUSSS de la Capitale-Nationale. Celui-ci nous a confirmé mercredi que huit usagers positifs avaient été «regroupés dans une zone rouge du 5e étage», et que 11 employés infectés étaient actuellement retirés du travail. 

«La situation qu’elle [la Dre Savignat] m’a décrite me fait tristement penser à la situation qui a mené à un haut taux de mortalité dans les CHSLD ce printemps», écrit dans sa lettre le Dr Jérôme Charest, qui demande à la direction du CIUSSS de «mettre en priorité la gestion de cette éclosion de COVID au K-5». «Je ne peux pas croire qu’une telle situation survienne au coeur même du CIUSSS», ajoute-t-il.

«On a mis beaucoup d’emphase sur les CHSLD, les RPA, les RI, là on parle d’un centre hospitalier, où on peut dire qu’on avait été assez bien immunisé dans la première vague, et je pense que dans la région de Québec, on voit vraiment l’effet» de la transmission communautaire qui finit par paraître dans le réseau hospitalier, a souligné le ministre Christian Dubé en conférence de presse, jeudi. 

«Moi, tout de suite quand j’ai vu ça [l’article du Soleil], j’ai demandé à ce qu’on aille faire une vérification de ce qui est vraiment arrivé, parce que s’il y a eu des gens qui n’ont pas été assez hydratés, c’est assez grave. C’est certain que tout de suite quand j’ai appris ça, j’ai demandé au ministère de faire un rapport que je vais recevoir dans les prochaines heures», a déclaré le ministre Dubé.

«Je suis indignée», a pour sa part réagi en entrevue la directrice générale de l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ), Doris Provencher. 

Si elle peut comprendre qu’il manque de personnel et que la situation est «difficile partout», Mme Provencher digère mal qu’on puisse ne pas avoir alimenté et hydraté des patients vulnérables pendant une journée. «Ça ne marche pas ça! Est-ce que c’est parce que c’est une clientèle qui ne se plaint pas?» se demande la directrice générale de l’AGIDD-SMQ. 

«On parle de racisme systémique, mais il y a aussi une maltraitance systémique en matière de psychiatrie», croit Doris Provencher, fustigeant au passage l’affirmation du CIUSSS de la Capitale-Nationale voulant que la zone chaude dans laquelle se trouvent les patients de l’IUSMQ atteints de la COVID-19 «respecte les plus hauts standards de prévention et contrôle des infections», alors qu’un médecin a observé le contraire à la mi-octobre. 


« La situation qu’elle [la Dre Savignat] m’a décrite me fait tristement penser à la situation qui a mené à un haut taux de mortalité dans les CHSLD ce printemps »
Dr Jérôme Charest,

«Quand je lis une nouvelle comme ça, le lendemain d’avoir entendu Lionel Carmant nier l’existence d’une crise de santé mentale, je me dis: un plus un, ça fait deux. Il faut réaliser qu’il y a une crise de santé mentale au Québec, et il faut réaliser que ce n’est pas une crise secondaire ou périphérique, c’est la même crise que la crise du coronavirus», a commenté le député de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois en point de presse, jeudi matin. 

Pour la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, «la santé mentale, ce n’est pas un enjeu qu’on va pouvoir régler à coups de 25 millions à droite et à gauche». 

«Voilà deux semaines, on a proposé une vision qui ferait en sorte qu’on injecte 300 millions de dollars dans nos soins de services de santé mentale. Pourquoi? Parce que ce dont on a besoin, c’est vraiment d’un coup de barre dans ce domaine-là», a-t-elle réagi. Avec Olivier Bossé