Le gouvernement Legault n’entend pas rendre obligatoire le port du masque en classe, du moins pour le moment.
Le gouvernement Legault n’entend pas rendre obligatoire le port du masque en classe, du moins pour le moment.

Pas de masque obligatoire en classe... du moins pour le moment  [VIDÉO]

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Le gouvernement Legault n’entend pas rendre obligatoire le port du masque en classe, du moins pour le moment, malgré les voix qui s’élèvent de plus en plus en ce sens, dont celles de 150 médecins québécois.  

Dans une lettre ouverte adressée à François Legault et au Dr Horacio Arruda publiée dans The Gazette, 150 médecins réclament un resserrement des mesures sanitaires pour la rentrée scolaire. Outre la distance d’un mètre entre chaque enfant et la diminution des ratios professeur/élèves, ils réclament le port obligatoire du couvre-visage en tout temps, y compris et surtout en classe.

«Les signataires sont tous d’accord que l’école est la meilleure place pour nos enfants, mais on était un peu déçus du plan pour le retour à l’école du gouvernement. On sait que le port du masque peut diminuer la transmission dans les classes, mais le masque ne sera pas obligatoire dans les classes, où les enfants vont passer le plus de temps», a commenté l’instigateur de la lettre, le Dr George Thanassoulis, cardiologue au Centre Universitaire de santé de McGill, dans une entrevue accordée mardi matin à l’émission Tout un matin de Radio-Canada.

Plus tôt en août, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a décrété que le port du couvre-visage sera obligatoire pour les élèves de 10 ans et plus dans les lieux communs de l’école, sauf en classe, où ils n’auront de surcroît pas à maintenir une distanciation entre eux.

«On nous dit que 30 élèves [dans une même classe] vont interagir normalement, et ça va à l’encontre de toutes les directives qu’on a reçues dans les six derniers mois», a déploré le Dr Thanassoulis.

Des parents et membres du personnel scolaire ont également fait part de leurs inquiétudes au cours des derniers jours, estimant eux aussi que l’usage du couvre-visage devrait être obligatoire en classe afin notamment que les enseignants puissent se sentir en sécurité et se concentrer sur les apprentissages plutôt que de jouer à la «police du masque».

En Ontario, le port du masque en classe est obligatoire pour les élèves de la 4e à la 12e année, et recommandé pour les plus jeunes. La France a elle aussi rendu le port du couvre-visage obligatoire en classe pour les élèves de 11 ans et plus. 

Interrogé en conférence de presse sur la possibilité de voir cette mesure adoptée au Québec, le Directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de faire une recommandation en ce sens pour le moment. 

«On a discuté de ce plan-là [de retour en classe] avec des experts, on n’a pas fait ça en vase clos, et on pense qu’on arrive à un équilibre entre le risque de COVID-19 pour les enfants et le développement scolaire», a simplement expliqué le Dr Arruda, qui a néanmoins dit «comprendre» les préoccupations des gens.

«Le port du masque en théorie, c’est beau, mais en pratique chez des enfants, ça peut être compliqué. Mais on va surveiller ça de très près ce qui se passe, ça c’est très clair, et s’il faut renforcer des mesures parce qu’on se rend compte qu’il y a des éclosions qui sont hors de contrôle, on va s’ajuster», a assuré le Dr Arruda, ajoutant qu’il n’avait pas l’intention de «laisser flamber ça dans les écoles».

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a pour sa part indiqué qu’il y aura dans les prochaines heures plusieurs documents disponibles en ligne pour guider les parents si leur enfant présente des symptômes. 

Feu de bosquet et feu de forêt

Aux antimasques et autres complotistes qui se plaignent des mesures prises par le gouvernement Legault pour limiter la propagation du virus, le ministre Christian Dubé a tenu à rappeler «pourquoi on fait tout ça». Avant, l’objectif était d’aplatir la courbe; maintenant, il faut la garder aplatie, a-t-il résumé.

«Pour nous, une courbe aplatie, c’est à peu près 20 cas quotidiens par million d’habitants. On est actuellement à 10 cas par million d’habitants, et on ne veut pas aller au-dessus de 20», a précisé le ministre, ajoutant qu’en respectant ce seuil, «on va pouvoir continuer d’avoir le genre de vie qu’on a».

Christian Dubé a aussi rappelé que «chaque cas peut entraîner un décès». «Encore aujourd’hui, on a des décès. […] C’est une question que des vies sont en jeu, [...] mais il y a encore des gens qui ne le comprennent pas», a-t-il déploré.

Si le gouvernement fait «tout ça», c’est pour nos aînés, parce qu’ils sont les plus vulnérables, a rappelé le ministre. «Et quand il y a une contamination communautaire, ça peut avoir un impact sur nos aînés.»

Il faut aussi éviter d’engorger nos hôpitaux, «parce qu’il faut pouvoir continuer de faire nos opérations, qu’elles soient électives ou que ce soit celles qu’on a à faire aux urgences tous les jours», a ajouté Christian Dubé. «Pourquoi on baisse les cas, c’est pour éviter qu’ils se ramassent à l’hôpital et qu’ils occupent des lits», a-t-il résumé.

Le gouvernement fait «tout ça» aussi pour les employés du réseau de la santé. «On en a eu des décès et des gens qui ont été malades dans le réseau de la santé, je pense qu’il faut s’en rappeler. Il faut garder notre personnel de la santé en bonne santé», a dit le ministre Dubé.

«On le fait aussi pour nos enfants […]. Il faut qu’on donne une chance égale à tout le monde d’avoir accès à l’éducation», a encore mentionné le ministre, avant d’ajouter, «en dernier», que le gouvernement Legault prenait aussi toutes ces mesures «pour l’économie».  

Pour le ministre de la Santé, le virus, «c’est comme un feu qui est dans le bosquet, et à chaque fois qu’il y a un petit coup de vent, ça risque de faire un feu de forêt».