Dr Guillaume Lafortune, neurologue à l’hôpital de Granby.
Dr Guillaume Lafortune, neurologue à l’hôpital de Granby.

Pas besoin des spécialistes dans les CHSLD de l’Estrie

La situation est sous contrôle dans les CHSLD de la région, tant au niveau du personnel que de la propagation du coronavirus, a indiqué vendredi en point de presse le président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie, Dr Stéphane Tremblay. Idem du côté du directeur de la Santé publique en Estrie, Dr Alain Poirier.

Plusieurs médecins spécialistes qui pratiquent en Estrie ont répondu à l’appel du premier ministre François Legault en se portant volontaires pour prêter main-forte dans les CHSLD. Ils devront toutefois rester sur les lignes de côté. Du moins pour le moment.

«Pour l’instant, les besoins sont bien remplis. D’un autre côté, on est bien contents de la disponibilité des spécialistes si on en a besoin éventuellement», a indiqué la porte-parole du CIUSSS, Geneviève Lemay.

À LIRE AUSSI: La Santé publique dévoile ses chiffres par ville: 122 cas de COVID-19 à Granby et 30 à Bromont

Notons que des omnipraticiens sont déployés dans plusieurs CHSLD en Estrie, épaulés par le personnel déjà en place, entre autres des infirmières et des préposés aux bénéficiaires.

«Les responsables des milieux ont tous été sollicités pour nous faire part des besoins non répondus incluant la disponibilité des ressources humaines. Nous évaluons la situation dans nos CHSLD et les ressources partenaires (exemple: les résidences privées pour aînés) au quotidien. Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires, les milieux d’enseignements, afin de bien planifier, le cas échéant, un futur renfort de personnel provenant de ces établissements», a mentionné par courriel la représentante du CIUSSS.

Ambivalence

Le neurologue Guillaume Lafortune, qui pratique à l’hôpital de Granby, se dit «ambivalent» à propos du fait que des collègues spécialistes luttent contre le coronavirus dans des CHSLD.

«Je comprends que le gouvernement cherche un bataillon quelque part pour aller faire le travail parce qu’il manque de main-d’oeuvre en CHSLD. Mais je ne pense pas que les médecins spécialistes soient les plus aptes à aller faire ça.»

Selon lui, les connaissances sont au coeur du dossier. «Moi, injecter de l’insuline, éviter les plaies de lit, lever des patients fragiles, ce n’est pas quelque chose que je sais faire. Probablement qu’on va apprendre plus vite que d’autres gens de la population, mais je crois qu’on peut trouver des ressources aptes à travailler encore plus rapidement», a-t-il mentionné.

La relance des chirurgies dites «non urgentes», reportées durant la pandémie, pèse aussi dans la balance, a-t-il ajouté. «Et si on a beaucoup de spécialistes infectés par le coronavirus parce qu’ils sont allés dans les CHSLD les plus chauds, on aura un gros problème sur les bras pour la suite des choses.»

Étant donné l’équipe restreinte de neurologues à Granby (ils sont deux), le Dr Lafortune ne peut délaisser ses activités quotidiennes. Il croit néanmoins que «tous doivent mettre l’épaule à la roue» dans le réseau de la santé.

«En situation de crise, les décideurs vont faire des erreurs. Il n’y a rien de parfait et il faut prendre des décisions. On navigue à vue. À travers ça, il y aura des ajustements à faire. Il faut juste que tout le monde y mette du sien et accepte que la situation ne soit pas parfaite.»

Salaire

Le fait que des médecins spécialistes soient payés 211$/ heure pour prêter main-forte en CHSLD a créé bien des remous, tant au sein de la population que chez les spécialistes. Le Dr Lafortune a mis les choses en perspective.

«Que les gens soient payés pour travailler en CHSLD, je comprends. Mais il y a bien des médecins spécialistes qui seraient prêts, moi le premier si je pouvais, à donner un coup de main en CHSLD bénévolement. Il n’y a personne de mauvaise foi dans tout ça. Tout le monde fait ce qu’il peut dans cette situation complètement inédite.»