Les premières semaines de la crise sanitaire ont été particulièrement anxiogènes pour les dirigeants de l’organisme d’habitation Mon Chez Nous, notamment dans ses deux maisons de chambres où les résidents n’ont pas accès à des toilettes privées et où les repas se prennent tous à la cafétéria.
Les premières semaines de la crise sanitaire ont été particulièrement anxiogènes pour les dirigeants de l’organisme d’habitation Mon Chez Nous, notamment dans ses deux maisons de chambres où les résidents n’ont pas accès à des toilettes privées et où les repas se prennent tous à la cafétéria.

«On a deux boîtes de masques et c’est tout»

Les premières semaines de la crise sanitaire ont été particulièrement anxiogènes pour les dirigeants de l’organisme d’habitation Mon Chez Nous, notamment dans ses deux maisons de chambres où les résidents n’ont pas accès à des toilettes privées et où les repas se prennent tous à la cafétéria. Sans indication ou protocole clairs à mettre en place en cas d’infection parmi les résidents, l’organisme a été contraint d’avancer à tâtons pendant quelque temps en espérant être épargné par le coronavirus.

Les liens de communication se sont depuis améliorés entre le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) et l’organisme, note la directrice générale de Mon Chez Nous, Diane Tremblay, mais les appels du pied ont dû être nombreux.

«On a dû mettre beaucoup de pression auprès du ministère, dit-elle. Après un cri d’alarme qui a été publié dans Le Droit, nous avons finalement eu une rencontre avec le CISSSO pour expliquer notre situation particulière qui n’avait pas de bon sens. On leur a dit qu’on avait absolument besoin de leur aide pour savoir quoi faire exactement. On était très inquiet de ce qui allait se passer si un cas était déclaré. Nous n’avions aucun équipement de protection au début. On ne savait pas comment gérer les espaces communs.»

Mme Tremblay affirme que l’organisme a été «très chanceux» depuis le début de la pandémie. Seulement deux personnes ont présenté des symptômes de la COVID-19, mais elles ont été testées négatives. «Nous avons aussi eu des réponses du CISSSO à nos questions, dit-elle. On sent maintenant que la communication est plus soutenue, mais on a été laissés à nous-même, sans protocole, pendant environ trois semaines. Nous sommes responsables de 209 unités d’habitation. Ce ne sont pas toutes des maisons de chambre, mais notre mission c’est la lutte à l’itinérance avec du soutien communautaire. Les gens chez vous sont fragilisés.»

«C’est vraiment inquiétant»

L’anxiété a aussi gagné l’organisme Logement Outaouais qui compte deux immeubles totalisant plus de 250 résidents, mais pour cet organisme, les canaux de communication avec la Santé publique ne sont pas aussi fluides. Le déconfinement graduel qui s’amorce et le risque d’augmentation de la contagion communautaire qui vient avec n’est pas de nature à apaiser les craintes.

Situées sur les rues Mutchmore et Lesage, dans le secteur Hull, ces deux résidences hébergent en grande majorité des personnes âgées de plus de 70 ans. À la connaissance du directeur général de l’organisme, Alain Tanguay, aucun résident n’a été déclaré positif à la COVID-19. «On a un employé qui a subi un test il y a une semaine et il attend toujours son résultat, note-t-il. S’il devait y avoir un cas, on n’a rien pour réagir. On n’a pas de protocole clair. On a deux boîtes de masques pour ceux qui distribuent les repas du midi aux chambres et c’est tout. Si la COVID rentre ici, le feu peut pogner vite. C’est vraiment inquiétant. On n’a aucune direction de la Santé publique pour un milieu comme le nôtre. Nous ne sommes pas un CHSLD ou une résidence conventionnée. On n’a aucune aide.»

M. Tanguay s’inquiète aussi pour les finances de l’organisme qui comme plusieurs autres dans le domaine ne roule pas sur l’or. La COVID-19 a forcé l’embauche de gardiens de sécurités en raison de l’âge des résidents. Les salaires des employés ont été majorés de 2 $ l’heure pour permettre à l’organisme de conserver sa main-d’oeuvre. «On fait aussi beaucoup plus de travaux de désinfection, ajoute-t-il. On doit payer des heures supplémentaires. On va bientôt avoir besoin de soutien financier pour maintenir ces mesures exceptionnelles en place.»

À Mon Chez Nous, le soutien communautaire n’a jamais cessé. L’organisme a plutôt dû augmenter le nombre de ressources dans ses immeubles. L’accès aux intervenants se fait toutefois à distance, par téléphone ou par visioconférence quand c’est possible. Les dépenses en matière de salubrité et dans les services de cuisine ont augmenté. Là, aussi, les dépenses pour des agents de sécurité n’étaient pas du tout prévues au budget.

«On a pris la décision de dépenser et de faire tout notre possible, explique Mme Tremblay. Il n’était pas question de ne rien faire, on devait poser des gestes rapidement pour éviter la contagion. Nous avons reçu un peu d’argent du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) et de Centraide. Mais au niveau national, nous sommes sans nouvelle du ministère de l’Habitation ou encore de la Société d’habitation du Québec (SHQ). Les problèmes ici ne sont pas terminés.»

Les OSBL d’habitation gèrent plus de 55 000 unités d’habitation au Québec pour les ménages à faible revenu ou en situation de vulnérabilité.

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Les OSBL d’habitation lancent un cri d’alarme

Alors que toute l’attention des autorités est actuellement dirigée vers les hôpitaux et les CHSLD depuis le début de la pandémie de COVID-19, le réseau des OSBL d’habitation du Québec lance un cri d’alarme pour trouver une oreille attentive auprès des gouvernements. 

Les OSBL d’habitation gèrent plus de 55 000 unités d’habitation au Québec pour les ménages à faible revenu ou en situation de vulnérabilité. Ils offrent un toit à de nombreuses personnes âgées autonomes ou semi-autonomes, à des familles monoparentales, des femmes et des enfants victimes de violence, des personnes à risque d’itinérance, des gens vivant avec des problèmes de santé physique et de santé mentale ou présentant une déficience intellectuelle. 

À Gatineau, on peut penser à l’organisme Mon Chez Nous qui gère plus de 200 unités d’habitation, dont deux maisons de chambres, ou encore à Logement Outaouais qui offre de l’habitation à près de 200 personnes dont la grande majorité ont 75 ans et plus. 

Le Regroupement québécois des OSBL d’habitation (RQOH) affirme que ses organismes membres n’ont ménagé aucun effort, dans les dernières semaines, pour mettre en place les nombreuses mesures de protection recommandées par les autorités de la Santé publique, et ce malgré le peu de moyens dont ils disposaient pour le faire. Tous nos canaux de communication ont été utilisés auprès de la Société d’habitation du Québec, du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation et du ministère de la Santé et des Services sociaux, mais les autorités tardent à répondre aux impacts de la pandémie sur les ressources humaines, matérielles et financières de nos organismes», a déclaré Chantal Desfossés, directrice générale du RQOH. 

Un rapport transmis au gouvernement, la semaine dernière, précise qu’environ le tiers des organismes doivent jongler avec du personnel en arrêt de travail en raison de la COVID-19 ou de la crainte qu’elle suscite. Près de 75 % des organismes à travers la province font face à une augmentation des dépenses et près de la moitié à une baisse de leurs revenus. 

Le RQOH estime que ces coûts supplémentaires liés à la COVID-19 pour l’ensemble des OSBL d’habitation au Québec pourraient atteindre 10 millions $ par mois et que les pertes pourraient se chiffrer à près de 4 millions $ pour la même période. Un organisme sur dix craint manquer de liquidité d’ici un mois. 

Le coordonnateur de Logemen’occupe, François Roy, se désole et s’inquiète du peu de cas fait par les autorités des enjeux que vivent les OSBL d’habitation. «Il y a plusieurs revendications importantes, dit-il. Il faut plus de financement pour ajouter des ressources d’intervention, dit-il. Les équipes en place sont souvent réduites et essoufflées. Les gens se dévouent de façon incroyable alors qu’il manque de plus en plus de personnel. Il faut aussi des sommes d’argent pour acheter le matériel de protection. Plusieurs organismes peinent à trouver du désinfectant pour les mains et des masques de protection pour les employés. Nous devons aussi avoir de l’aide pour mettre en place des protocoles de santé publique pour éviter que le feu prenne dans les résidences.»

M. Roy précise que localement, les choses se sont «un peu» améliorées à la suite d’une lettre envoyée au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), notamment pour la mise en place de protocole en cas d’infection à la COVID dans un milieu d’hébergement. «Au niveau national, on n’a aucune nouvelle, dit-il. Les efforts faits par le CISSSO sont bons, mais c’est encore loin de pouvoir répondre aux besoins sur le terrain. Il faut que le gouvernement intervienne.»