Une majorité de Québécois sondés sont venus en aide aux personnes démunies.
Une majorité de Québécois sondés sont venus en aide aux personnes démunies.

Les Québécois plus généreux et solidaires depuis le début de la pandémie

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Sept Québécois sur dix ont fait au moins un don pour une cause de bienfaisance depuis janvier 2020, selon un tout nouveau sondage publié par l’Institut Mallet. Si les organismes communautaires, comme Le Pignon bleu, ont bien ressenti la «grande générosité» des Québécois, ils envisagent les mois à venir avec beaucoup d’inquiétude.

La recherche médicale et l’aide aux enfants se retrouvent dans les trois principales causes choisies par les donateurs. Une majorité de Québécois sondés sont toutefois venus en aide aux personnes démunies.

«Les Québécois se sont donné la main de façon impressionnante», affirme Roseline Roussel, directrice générale du Pignon Bleu. L’organisme, qui se considère «extrêmement chanceux», a réussi à livrer entre 500 et 1000 repas par jour à 20 organismes communautaires de la région en plus de livrer l’épicerie à plusieurs personnes dans le besoin.

«Je n’ai jamais vu ça en 30 ans», souligne Mme Roussel, qui se dit très impressionnée par les nombreuses initiatives citoyennes. Mme Roussel est très heureuse de la grande visibilité obtenue grâce aux réseaux sociaux. Selon elle, plus de quarante personnes ont récolté des dons de leurs propres initiatives sur les plateformes comme Facebook. En plus des dons corporatifs, Le Pignon Bleu, qui vient en aide aux familles et aux aînés de la région de Québec, a reçu des dons d’un peu partout dans la province et même des États-Unis.  

La situation vécue par Le Pignon bleu n’est malheureusement pas universelle. Avec son fond d’urgence de deux millions de dollars, accumulé rapidement grâce aux dons individuels et corporatifs, Centraide a été en mesure de redistribuer complètement, dès juin, son financement pour soutenir diverses causes telles que la toxicomanie ou la violence faite aux femmes. «Les banques alimentaires ont eu beaucoup de soutien, ce qui est très bien, mais ça prend aussi un soutien complet du filet social. La raison d’être de Centraide, c’est de soutenir un réseau entier d’organismes communautaires», assure Isabelle Genest, vice-présidente au développement philanthropique. 

Voir le sondage ici

D’autres organismes, comme ceux venant en aide aux gens souffrant de problème de santé mentale, ont été moins touchés par la vague philanthropique. «Les personnes démunies ont reçu beaucoup de visibilité dans le contexte de la pandémie. […] Or, ma perception de ça, c’est que la santé mentale c’est un fléau plus ou moins visible dans notre société. Il faut réellement être impliqué dans le milieu ou touché par ça pour être sensibilisé. Ce n’est pas une cause facile à promouvoir», explique Jean Gagné, président de l’Institut Mallet. 

Selon le sondage, 43% des 1000 donateurs ont répondu avoir fait au moins un don en argent. Les Québécois ayant donné de cette façon ont déboursé, en moyenne, 189 $.

Malgré tout, depuis quelques semaines, les organismes comme Centraide et Le Pignon Bleu voient leurs entrées d’argent diminuer. Alors que l’été est habituellement une période prospère pour les campagnes de financement et les activités de bienfaisance, les organismes s’inquiètent sur le moyen-terme et envisage une baisse de 20 à 30 % des revenus provenant de donateurs alors que les besoins, eux, risquent d’augmenter.

Selon le sondage de l’Institut Mallet, les citoyens envisagent donner un peu moins d’ici les six prochains mois, avec une moyenne de 173 $ par personne. 

Un filet social resserré 

Malgré les nombreuses craintes du milieu communautaire vis-à-vis les mois et les années à venir, la vague d’amour créée par les dons et la solidarité citoyenne a resserré les mailles de notre filet social, selon Roseline Roussel. «Le filet social est plus serré qu’au début de la crise. Je suis extrêmement impressionnée par toute la collaboration qui s’est mise en place entre les organismes. Ça a démontré que de mettre en commun notre expertise et nos connaissances, c’est mieux que de travailler en silo. Est-ce que le filet restera aussi serré dans les mois à venir? Je ne sais pas… En tout cas, je l’espère et je le souhaite», affirme la directrice du Pignon Bleu. 

Bien donner

Selon le sondage, 49 % des répondants ont dit avoir fait au moins un don de vêtement, de mobilier ou d’équipement informatique. 

«L’ensemble du Québec a fait son grand ménage pendant la pandémie», lance d’entrée de jeu Patricia Caissy. La directrice générale du Service d’entraide Basse-ville (SEBV) a même remarqué plusieurs débordements en lien avec ce type de dons. Plusieurs vêtements, matelas, meubles et objets se sont empilés devant l’édifice de l’organisme.

«On est content, malgré tout, d’avoir reçu tous ces dons! Ça a un impact majeur et réel sur la vie de beaucoup de gens», souligne la directrice générale du SEBV. Mme Caissy suggère toutefois aux citoyens qui aimeraient donner des biens matériels d’appeler les organismes communautaires pour s’assurer de leurs besoins actuels. Ce petit geste peut éviter la dégradation des biens et le vandalisme autour de la chute à dons.

Selon Mme Caissy, avant de donner, il faut aussi se poser la question «est-ce que j’offrirais cet objet ou ce vêtement à un ami?». Pour la jeune femme, le don est avant tout un geste «de bonne foi», empreint d’une «certaine dose d’amour». 

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COLLECTE DE DENRÉES

Les 15 et 16 août prochains, Moisson Québec, en partenariat avec Laurier Québec, organise une collecte de denrées au service au volant. Entre 10h et 16, une équipe de bénévoles récupérera des denrées non-périssables dans le stationnement du magasin Walmart, à Laurier Québec. Afin de respecter les mesures sanitaires, les bénévoles ramasseront les dons directement du véhicule, et ce, sans contact avec le donateur.

Une carte-cadeau de 20$, offerte par Laurier, sera remise aux 50 premiers véhicules donnant dix items ou plus, samedi et dimanche.

Selon Moisson Québec, la demande d'aide alimentaire a doublé depuis le début de la pandémie, passant de 35 000 à 70 000 personnes aidées chaque mois.