Une manifestation contre le confinement tenue à Pittsburgh en Pennsylvanie, le 20 avril dernier   
Une manifestation contre le confinement tenue à Pittsburgh en Pennsylvanie, le 20 avril dernier   

Les protestations contre le confinement font ressortir l’individualisme occidental

Les photos ont circulé dans les médias sociaux toute la semaine.

Un homme à Pittsburgh, arborant un masque représentant le visage de George Washington et tenant entre ses mains ce qui semblait être une arme semi-automatique. Une femme à Denver, jetant un regard circonspect à travers la vitrine de sa voiture au moment où un travailleur de santé de première ligne tente de lui bloquer la route.

Les protestations contre les ordonnances de confinement qui peuvent freiner la propagation de la COVID-19 s’enchaînent à un rythme presque quotidien aux États-Unis, avec un certain débordement au Canada.

Une manifestation tenue à Toronto, samedi, a poussé le premier ministre Doug Ford à qualifier les participants de «bande de rustres». Un regroupement semblable contre les restrictions liées au coronavirus avait eu lieu à Vancouver quelques jours plus tôt.

Bien qu’une majorité d’Américains et de Canadiens semblent adhérer aux mesures de confinement, des experts en sociologie, en sciences politiques et en histoire ne sont pas étonnés de cette récente hausse des manifestations.

Alison Meek, professeure associée d’histoire américaine à l’Université Western à London, en Ontario, est d’avis que les États-Unis en particulier - un pays «né d’une rébellion» - ont toujours eu des réticences à donner trop de pouvoir au gouvernement fédéral.

«Dans tout ça, je vois très bien l’esprit individualiste des Américains, et ça remonte jusqu’à la fondation du pays», affirme Mme Meek.

«Ils n’écouteront pas le gouvernement fédéral. Ils ne croient pas en cette autorité.»

Bien que les manifestations publiques n’aient rien de nouveau aux États-Unis, Mme Meek pense que d’autres aspects motivent ces protestations liées à la pandémie, incluant des facteurs économiques et «une véritable composante antiscience, anti-experts».

«Tous les experts disent qu’il faut pratiquer la distanciation sociale, aplanir la courbe. Mais chez beaucoup d’Américains, on perçoit cette attitude du genre «vous ne pouvez pas nous dire quoi faire», estime-t-elle. Ils vont suivre leur propre instinct. Ils vont écouter ce qui se dit sur Facebook ou Twitter, ou quelque média social qu’ils suivent.»

Les groupes de manifestants aux États-Unis et au Canada ont été relativement restreints. Environ 100 personnes ont pris part à la manifestation tenue à Toronto au cours du week-end, et selon une porte-parole des autorités policières, la foule a respecté la distanciation sociale après que la demande en a été faite.

Max Cameron, un professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver, dit avoir été «sidéré» par certaines des images qu’il a vues des protestations, surtout aux États-Unis.

Par ailleurs, ajoute-t-il, si les gens qui adhèrent à la distanciation sociale ont été dérangés par ces images, il est important de se rappeler qu’il n’est question que d’une minorité de gens.

Selon lui, le portrait global de la situation illustre davantage «les actions collectives sans précédent» mises en pratique pour limiter la propagation de la pandémie.

«Vous allez devoir remonter à une période de guerre pour retrouver une époque où on a demandé à autant de personnes de sacrifier autant pour le bien général, note-t-il. Heureusement, on ne nous demande pas d’aller à la guerre, seulement de demeurer à la maison. Et l’idée que des millions et des millions de gens font la même chose dans le but d’atteindre un but commun est une preuve de la capacité des bonnes démocraties d’obtenir des résultats.»