Jeudi, on a fermé les blocs opératoires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Le mot d’ordre venait du ministère de la Santé et des Services sociaux. Enfin, ils ne sont pas fermés complètement : tous les patients qui se présenteront avec des conditions qui mettent leur vie en danger de façon imminente seront opérés sans délai.
Jeudi, on a fermé les blocs opératoires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Le mot d’ordre venait du ministère de la Santé et des Services sociaux. Enfin, ils ne sont pas fermés complètement : tous les patients qui se présenteront avec des conditions qui mettent leur vie en danger de façon imminente seront opérés sans délai.

Les hôpitaux métamorphosés

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Les hôpitaux sherbrookois se sont complètement métamorphosés depuis un mois. Alors qu’ils étaient grouillants d’activité au début mars, tout est maintenant au ralenti.

Si l’on avait le droit de s’y promener, on pourrait voir des cliniques externes désertées. Des salles d’urgence à moitié remplies seulement. Des couloirs presque déserts. Des appareils d’imagerie médicale à l’arrêt, ou presque. Des salles d’opération vides. Dans les chambres d’hôpital occupées, il n’y a que les malades et le personnel de l’hôpital parce que les visiteurs sont interdits au chevet de leurs proches.

Jeudi soir, il y avait 23 patients sur les 40 civières disponibles à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, alors que seulement 20 des 28 civières de l’Hôpital Fleurimont étaient occupées. Pratiquement du jamais vu!

Dans les hôpitaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, c’est maintenant la fin de la phase 1 du plan en trois étapes : on s’est préparé pour l’arrivée massive de patients infectés par la COVID-19. Il y a des lits libres. On a doublé la capacité des soins intensifs.

La phase 2 est en train de commencer; c’est celle de la mobilisation et de l’intervention. Sa progression pourrait s’accélérer dès les prochains jours. Jeudi après-midi, il y avait 43 cas confirmés de la COVID-19 hospitalisés à l’Hôtel-Dieu, dont sept aux soins intensifs.

« On est prêts », assure en entrevue le président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie-CHUS Stéphane Tremblay.

Comme c’est le cas partout au Québec, les hôpitaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS doivent aussi se battre pour avoir l’équipement de protection nécessaire pour assurer la sécurité de l’ensemble du personnel, soit les jaquettes de protection, les gants, les visières, les masques N95 et les masques de procédure. Or « la vigie est constante, la gestion est serrée et basée sur les meilleures pratiques, le tout entouré de plusieurs experts », mentionne Stéphane Tremblay.

« Notre personnel éprouve des craintes et on les comprend, ce sont tous des humains, mais le défi est relevé avec courage : notre personnel répond présent, les gens viennent travailler », se réjouit le grand patron du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui tient à les féliciter et à les remercier.

Stéphane Tremblay, président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie-CHUS

Chirurgies urgentes seulement

Jeudi, on a fermé les blocs opératoires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Le mot d’ordre venait du ministère de la Santé et des Services sociaux. Enfin, ils ne sont pas fermés complètement : tous les patients qui se présenteront avec des conditions qui mettent leur vie en danger de façon imminente seront opérés sans délai.

Au cours du mois de mars, des chirurgies électives urgentes ont été effectuées. « Plus maintenant », indique Dr Tremblay.

« Le problème des chirurgies électives les plus compliquées, c’est que les patients demeurent souvent hospitalisés deux à trois jours à l’Hôpital Fleurimont et à l’Hôtel-Dieu, qui seront les deux hôpitaux les plus sollicités par les hospitalisations liées à la COVID-19. Aujourd’hui, il y a de l’espace dans nos hôpitaux. Mais dans trois jours? » met en contexte le PDG du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Quand la pandémie sera contrôlée, il faudra entrer dans la phase 3, celle du rétablissement du réseau. Beaucoup de choses auront changé.

« Une chose est sûre, la COVID-19 ne va pas disparaître du jour au lendemain… Nous aurons une zone de chevauchement entre les phases 2 et 3 quand il faudra traiter des patients COVID-19 et des patients qui auront d’autres besoins », indique Stéphane Tremblay.

Des patients en attente d’une chirurgie urgente, qui ne met toutefois pas leur vie en danger immédiatement, peuvent-ils espérer passer sous le bistouri au cours des prochaines semaines? Des prochains mois?

« Il le faut! Il va falloir qu’on trouve le moyen de répondre à leurs besoins à eux aussi », clame le PDG Tremblay.

La haute direction de l’établissement réfléchit déjà à la façon dont elle pourra reprendre ses activités le plus rapidement et le plus efficacement possible pour répondre à la demande de sa clientèle. « Il faudra aussi tenir compte que notre personnel aura besoin de repos », indique-t-il.

Et il insiste : « On entend que des gens ont des craintes de se présenter à l’hôpital pour d’autres raisons que la COVID-19. Si les gens ont des doutes, si leur état de santé se détériore, s’ils se sentent en danger, ils ne doivent pas hésiter à consulter! Nous avons prévu des zones sécurisées pour les personnes non COVID-19. Par contre, si les gens présentent des symptômes d’allure grippale, ils doivent être transparents avec nous pour nous aider à les protéger et à protéger adéquatement notre personnel. »

Le mois de mars 2020 sera certainement un des mois les plus marquants de l’histoire du réseau de la santé québécois.

 « Le réseau de la santé est souvent critiqué, à tort ou à raison, je laisse les gens en juger. Mais cette fois, je crois qu’on peut être fier de notre réseau public qui s’est adapté très vite et avec une grande agilité à la situation. Nous sommes prêts à faire face à la pandémie », assure le Dr Tremblay.

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Le travail se poursuit à la DPJ

Il y a présentement une baisse de signalements à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie, comme partout au Québec, explique le PDG du CIUSSS de l’Estrie-CHUS Stéphane Tremblay.

Ce n’est pas étonnant. Les enfants sont invisibles au Québec en ce moment. Ils ne vont plus à l’école ni à la garderie. Ils ne vont presque plus jouer, avait souligné à La Tribune Suzanne Arpin de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse lors d’une précédente entrevue.

« Quand on décide comme société de fermer nos centres de la petite enfance et nos écoles, on perd le regard qu’on a sur nos enfants et nos familles vulnérables. Depuis trois semaines, nous sommes activement en lien avec les commissions scolaires et les corps policiers pour voir comment on peut atteindre les jeunes et leurs familles. On sait que le stress ne fait qu’augmenter dans certaines familles actuellement », fait valoir Stéphane Tremblay.

« La mise en œuvre de notre Plan d’action pour les jeunes et leur famille se poursuit, il reste une priorité pour notre organisation. La DPJ compte trois secteurs, les signalements, l’évaluation et l’orientation, et ensuite le soutien à la famille. Du côté des signalements, nous sommes passés de 680 dossiers en attente il y a un mois à 159 maintenant. C’est une bonne nouvelle, pour nous c’est le zéro théorique (NDLR : chaque intervenant pourrait prendre un cas supplémentaire). Maintenant, on consolide nos équipes pour améliorer la liste d’attente en évaluation et orientation. On poursuit notre travail », insiste le PDG du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.