Un enseignant réaménageant mercredi dernier son local en prévision du retour en classe lundi au Collège français Bilingue de Londres.
Un enseignant réaménageant mercredi dernier son local en prévision du retour en classe lundi au Collège français Bilingue de Londres.

Les écoles rouvrent au Royaume-Uni sous un feu nourri de critiques

LONDRES — Les écoles britanniques, fermées depuis mi-mars pour freiner la propagation du nouveau coronavirus, commencent lundi à rouvrir, étape clé mais aussi très critiquée du déconfinement voulu par les autorités, jugée prématurée par les syndicats enseignants et des collectivités locales.

Le Royaume-Uni, avec plus de 38 000 morts testés positifs est le deuxième pays le plus endeuillé par la pandémie après les États-Unis et même, selon plusieurs études comparatives, le premier en terme de surmortalité rapportée à la population.

Critiqué pour avoir tardé à agir, le gouvernement conservateur de Boris Johnson tente désormais de redémarrer une économie en berne.

Mais les premiers légers assouplissements du confinement décrété le 23 mars ont eu lieu dans la confusion mi-mai, ce que n’a pas arrangé la vive controverse provoquée par les déplacements de Dominic Cummings, l’influent conseiller de Boris Johnson.

Le gouvernement estime que les conditions sanitaires sont réunies pour aller plus loin en Angleterre, tandis que les autres provinces ont choisi de temporiser.

Dès lundi, les rassemblements de six personnes seront autorisés et les personnes les plus fragiles, forcées de s’isoler totalement, pourront sortir prudemment. Certains commerces comme les concessionnaires automobiles ou les marchés pourront reprendre leur activité.

Dans les établissements scolaires, seuls les écoliers de 4 à 6 ans et de 10 à 11 ans doivent retrouver lundi leurs camarades. Le retour sur les bancs de l’école s’opérera en effet progressivement et par tranches d’âge, les élèves du secondaire ne devant reprendre les cours que mi-juin.

Dans le monde enseignant, la décision passe mal.

Le Syndicat national de l’Éducation accuse le gouvernement de «manquer à son devoir» de protéger les citoyens et réclame davantage de «tests et de preuves scientifiques solides» pour «rouvrir le moment venu», quand l’Association of School and College Leaders s’inquiète des «problèmes logistiques importants».

Le directeur de l’école primaire de Hartford Manor, Simon Kidwell, a prévenu que les parents devraient faire face à «des queues comme devant les supermarchés» pour déposer ou reprendre leur progéniture.

«Les enfants resteront au sein d’une “bulle” de 15 [élèves], des cônes seront utilisés dans la cour de récréation pour assurer le respect des distanciations sociales», a-t-il expliqué à l’agence britannique PA.

«On ne peut pas vraiment promettre aux parents que leurs petits resteront à deux mètres les uns des autres tout le temps», a reconnu Bryony Baynes, directrice d’une école primaire de Worcester.

«Trop tôt»

Selon un sondage réalisé par Early Years Alliance, qui représente les crèches et les écoles maternelles, seuls 45 % des parents dont les enfants pourraient retourner à l’école lundi prévoient de les y envoyer.

«Il y a peut-être aujourd’hui des parents qui ont décidé de ne pas encore renvoyer leurs enfants à l’école», a pour sa part constaté le ministre du Logement Robert Jenrick lors d’une conférence de presse, plaidant: «Tout porte à croire» que les «enfants des familles les plus démunies» auraient tout à y perdre.

Les autorités locales de dizaines de villes ou comtés anglais ont demandé à leurs écoles d’attendre encore avant d’accueillir de nouveau les élèves, arguant notamment que les écoles écossaises et nord-irlandaises ne rouvriront pas avant août et septembre.

La ville de Durham a par exemple suggéré «l’échéance bien plus réaliste» du 15 juin quand le comté de Calderdale, près de Manchester, a fait savoir qu’il était selon lui «trop tôt pour ouvrir plus largement» les écoles.

Ces craintes concernant le retour en classe font écho à celles de certains membres du comité scientifique chargé de conseiller le gouvernement sur le nouveau coronavirus.

Le professeur John Edmunds, qui en est membre, a ainsi estimé qu’il était «risqué», voire «dangereux», de passer à l’étape suivante du déconfinement avec encore plusieurs milliers de contaminations par jour (environ 8000 par jour en Angleterre).

«C’est un moment délicat», a reconnu dimanche le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab sur Sky News. Mais «nous ne pouvons pas rester enfermés pour toujours. Nous devons entamer la transition».