La Dre Caroline Marcoux-Huard fait une petite pratique de manipulation des masques en compagnie de Flavie et Victor Dorval.
La Dre Caroline Marcoux-Huard fait une petite pratique de manipulation des masques en compagnie de Flavie et Victor Dorval.

Les défis du masque à l’école [VIDÉO]

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Dès la rentrée scolaire, on le sait, les enfants de 10 ans et plus seront obligés de porter un masque ou un couvre-visage dans l’autobus scolaire, de même que dans les aires communes de leur école. Ils pourront l’enlever une fois assis à leur pupitre ou à la cafétéria pour manger. Or, toutes sortes de réactions sont anticipées face à cette nouvelle réalité.

Quand on sait combien de mitaines un enfant peut perdre en un seul hiver, on s’imagine qu’il ne sera pas si simple d’assurer la survie à long terme de ce nouvel article scolaire qu’est le couvre-visage.

«Peut-être que ça annonce le retour du sac banane dans lequel l’enfant pourrait mettre ses masques et son petit gel désinfectant», suggère la Dre Caroline Marcoux-Huard, médecin-conseil en santé publique.

C’est que les parents, à qui le gouvernement remet l’entière responsabilité d’équiper leurs enfants de masques pour aller à l’école, devront en prévoir deux, peut-être trois. Et ils devront être propres pour le départ à l’école chaque matin, donc lavés chaque soir.

Idéalement, la Dre Marcoux-Huard conseille de laisser à son enfant deux petits sacs, un pour mettre les masques souillés, l’autre pour les masques propres. L’enfant devra apprendre à gérer le tout.

S’il échappe son masque par terre ou si ce dernier est trop humide, il devra en avoir un de rechange. Avis aux parents qui ont plus d’un enfant, si vous ne faites pas de lavage au quotidien, vaut mieux prévoir des masques supplémentaires, conseille le médecin. Quoiqu’un lavage à la main au savon et à l’eau chaude (tous les soirs) pourra faire l’affaire aussi.

Évidemment, ça, c’est dans le meilleur des mondes.

L’automne et l’hiver, on le sait, c’est aussi la saison des rhumes et des grippes... Or, un nez qui coule abondamment risque de faire mauvais ménage avec un masque dans la figure.

À ce chapitre, la Dre Marcoux-Huard recommande d’appeler au 1-877-644-4545 et d’aller d’abord se faire dépister pour la COVID-19 si des symptômes apparaissent. «Ce qui se discute de plus en plus, c’est que chez les enfants, il semblerait que la COVID ressemble encore plus à un banal rhume», explique-t-elle.

S’il s’avère, après le dépistage, que l’enfant n’est pas porteur de la COVID et doit retourner à l’école avec son banal rhume et le nez qui coule, «il faut changer le masque quand il est humide, mais la perfection n’est pas de ce monde. Dans ces moments-là, ce serait important de prévoir des masques supplémentaires», suggère-t-elle.

Or, les centres de services scolaires ont déjà fait savoir que les écoles disposeront de masques pour dépanner une fois, si un élève a oublié le sien, par exemple, car la responsabilité des masques relève entièrement des parents.

Beaucoup de parents qui n’ont même pas les moyens d’acheter un sac d’école ou des crayons à leur enfant doivent compter présentement, sur les organismes d’entraide pour avoir un, peut-être deux masques tout au plus pour la rentrée scolaire. L’organisme COMSEP et les Artisans de la paix, par exemple, peuvent fort heureusement aider des familles grâce aux dons de masques reçus récemment.

«J’aurais de la difficulté à penser qu’on va laisser un enfant avec toutes ses sécrétions derrière son masque, sinon il va devenir tout irrité», indique la Dre Marcoux-Huard. «Il pourra au moins se moucher et remettre le masque et encore là, l’hygiène des mains va devenir la clé. Ce sont des choses qu’on devra travailler avec les enfants», dit-elle.

Et de l’apprentissage, il y en aura à faire : «On se met son petit gel dans les mains et on retire le masque de façon adéquate, on le met dans son petit sac de masques sales, on se mouche, on se remet du gel, on prend un autre masque et se le met», explique le médecin.

En espérant, évidemment, que l’enfant n’ait pas besoin de se moucher 10 ou 15 fois dans la journée... «Il faut qu’on soit indulgent avec nos enfants», propose la Dre Marcoux-Huard et il faut l’être avec nous-mêmes aussi. Ça va être un processus d’apprentissage. La Santé publique travaille étroitement avec nos écoles. On va continuer ce travail-là. On a des liens de collaboration très étroits. En Santé publique on se dit toujours qu’il faut appliquer des mesures efficaces et dans la faisabilité des choses. On prend tout ça en considération. On va s’ajuster, on va apprendre», dit-elle.

La Dre Marcoux-Huard invite à s’accrocher à tous les bons côtés sociaux et psychologiques associés à la fréquentation de l’école par les enfants.

Elle reconnaît toutefois que la situation pourrait donner lieu à certaines réactions. «J’entrevois qu’il pourrait y avoir des parents qui, dès qu’un enfant aura quelque chose qui s’apparente à un symptôme de COVID, va vouloir retirer son enfant, va peut-être aller dans les médias en parler. On ne veut pas que ça ait un impact négatif pour l’enfant qui a un symptôme qui finalement, n’est pas la COVID. Lui aussi a le droit d’être à l’école. La COVID n’a pas mis un stop à la circulation des autres virus», fait-elle valoir.

En attendant, il s’agit d’aider son enfant à se pratiquer à bien manipuler son masque. Pour faciliter l’adhésion au port du masque, on peut également inviter son enfant à en choisir un avec des motifs qui lui plaisent, propose-t-elle.