Le premier ministre François Legault en conférence de presse à Québec, mardi 
Le premier ministre François Legault en conférence de presse à Québec, mardi 

Legault tâche d’«éviter tout chaos dans la société»

Le nombre de malades du coronavirus au Québec grimpe en flèche. Le stress dans la population aussi. Fermeture quasi complète du Québec à compter de mardi soir, minuit. Pertes d’emplois massives. «C’est important qu’il n’y ait pas de chaos dans la société», prévient le premier ministre.

Lors de son point de presse quotidien de mardi, toujours tenu dans une salle voisine de son bureau de Québec, François Legault a dit comprendre «que certains, certaines, soient stressés».

«C’est normal parce qu’habituellement, on n’a pas des enfants à la maison. Les aînés reçoivent de la visite, [alors que] là, ils n’en reçoivent pas. Je sais qu’il y a des travailleurs qui ont perdu leur emploi puis se demandent quand et s’ils vont retrouver leur emploi. Je sais qu’il y a des entrepreneurs aussi qui ont bâti des entreprises toute leur vie puis que, là, ils se disent : “Est-ce que j’ai tout perdu ce que j’ai bâti?”» a énuméré M. Legault.

Le nombre de personnes officiellement atteintes de la COVID-19 au Québec a franchi la barre psychologique des 1000, soit 1013.

La Santé publique utilise depuis deux jours une nouvelle méthode de calcul, où l’on inclut dorénavant les cas considérés comme probables. On teste aussi beaucoup plus et les résultats sortent plus vite, donc logique que le nombre de cas gonfle vite.

N’empêche que c’est presque cinq fois plus qu’à peine 48 heures plus tôt. Le décompte de dimanche après-midi était à 219.

Aucune région du Québec n’est plus épargnée avec un premier cas avéré sur la Côte-Nord.

La région de Montréal est la plus chaude avec 439 cas, suivie de l’Estrie, à 130. Le nombre de cas dans la Capitale-Nationale a plus que doublé en 24 heures, passant de 33 à 79.

Les hospitalisations demeurent marginales pour l’instant, mais ont bondi de 25 à 67 en deux jours. Même chose pour les malades traités aux soins intensifs, qui étaient 13 dimanche et sont maintenant 31, en date de mardi, 13h.

«Ça va ben aller!»

Accompagné du directeur national de la Santé publique du Québec, Horacio Arruda, et de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, M. Legault a tenu à rassurer les Québécois. Tout en se montrant ferme.

«Je veux être très clair : tous ceux qui ne travaillent pas dans les services essentiels doivent rester à la maison. Mais peuvent sortir, un, bien sûr, pour aller chercher de la nourriture, deux, aider des personnes de 70 ans et plus à aller chercher de la nourriture pour eux autres.

«Pour les personnes de 70 ans et plus, c’est possible d’aller prendre une marche, c’est même bon pour la santé, bon pour le moral. Il faut juste rester à deux mètres. Ceux qui ont les anciennes mesures, c’est à six pieds des autres personnes. Il y a une restriction dans les résidences de personnes âgées où on demande, quand vous sortez, d’être supervisés», a dit le premier ministre, précisant une consigne énoncée lundi.

Il a ensuite fait sienne cette maxime de plus en plus répandue : «Ça va ben aller!» a lancé M. Legault, rappelant qu’il s’agit d’une situation temporaire. «Plus on va agir avec force, plus vite on va pouvoir sortir de la situation», rappelle-t-il.

Un p’tit verre de vin

Pas question de se mettre à distribuer des amendes aux individus et entreprises qui désobéiraient aux ordres de confinement et de distanciation sociale, comme cela se fait dans d’autres provinces du Canada et d’autres pays.

«On compte sur la bonne foi. Les policiers sont là pour informer tout le monde, que ce soit des individus, des entreprises. Donc, moi, je compte sur la bonne foi de tout le monde pour le plus de temps possible», atteste le premier ministre.

«La décision de laisser la SAQ [Société des alcools du Québec] et la SQDC [Société québécoise du cannabis] ouvertes, va dans ce sens-là. Je ne veux pas qu’il y ait une ruée vers la boisson qu’il y a dans les épiceries. Je ne veux pas non plus qu’on se retrouve avec des problèmes de certaines personnes dans les soins de santé. On essaie de tout mettre en place pour ne pas qu’il y ait de chaos, malgré l’anxiété normale, malgré le stress normal.

«Et je pense aussi que pour réduire le stress, il faut faire de l’exercice, allez prendre une marche, mais parfois, un verre de vin peut aussi aider», a-t-il ensuite laissé tomber, en réponse à une question en anglais.

Pas d’argent avant deux semaines

À la suite de ses discussions avec le premier ministre canadien, Justin Trudeau, M. Legault a indiqué que les premiers chèques d’assurance emploi seront disponibles à compter du 6 avril.

Ce qui laisse deux semaines sans argent pour certains. «On est en train de regarder, du côté du gouvernement du Québec, ce qu’on peut faire pour les personnes qui vont avoir besoin de liquidités avant le 6 avril. Je comprends qu’il y a la nourriture à acheter. Certaines personnes ont perdu leur emploi, n’ont pas de montant d’accumulé. Donc, on travaille là-dessus», a-t-il assuré, sans détailler.

Autre source d’anxiété répandue : la garde partagée d’enfants, qui devraient rester en isolement.

Le premier ministre affirme qu’«idéalement, c’est que l’enfant reste avec le même parent», ajoutant «le plus sévère» pour l’empêcher de trop sortir, sourire en coin. Le Dr Arruda en revient à l’importance de «faire preuve de jugement» et au fait que «c’est une question que les parents peuvent gérer entre eux».

Des respirateurs ontariens

Quant à certains équipements médicaux, dont le gouvernement répète avoir assez malgré des appels contraires émanant du réseau de la santé, M. Legault confirme qu’il s’agit de «la priorité des priorités».

Les stocks serviront encore pour «quelques semaines, mais on pense que la crise va durer plus que quelques semaines. Donc, il y a des commandes qui sont passées. Il faut voir maintenant si les commandes vont être respectées, qui viennent des États-Unis, de l’Europe ou de l’Asie. C’est important que le gouvernement fédéral donne un coup de main pour s’assurer qu’après ces quelques semaines, on va continuer d’avoir tous les équipements nécessaires.

«J’ai parlé ce matin avec Doug Ford, le premier ministre de l’Ontario, à propos des respirateurs. Il travaille aussi là-dessus auprès de quelques compagnies et on pourrait être en mesure d’en avoir plusieurs d’une compagnie de l’Ontario, disons, dans le prochain mois. Mais il faut avoir un pont d’ici là. On discute aussi avec 15 entreprises québécoises pour des respirateurs, des masques et tout l’équipement nécessaire aux tests», explique M. Legault.

Comme la situation s’améliore en Chine, premier foyer du coronavirus dès décembre, la possibilité d’obtenir de l’équipement provenant de la Chine est considérée.

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FAITS SAILLANTS DE FRANÇOIS LEGAULT DU 24 MARS

- 1013 cas confirmés ou probables de coronavirus au Québec. C’est 385 de plus que la veille.

- 67 personnes atteintes de la COVID-19 sont hospitalisées au Québec, 22 de plus que la veille. 31 sont aux soins intensifs, 11 de plus que la veille.

- Le nombre de morts est stable, à quatre.

- Les enfants en garde partagée devraient «idéalement rester avec le même parent», selon François Legault. «Le plus sévère!» ajoute le premier ministre, mi-blagueur. L’important reste de respecter les consignes d’hygiène et de distanciation sociale et de «faire preuve de jugement», résume le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda.

- Le gouvernement ne compte pas imposer d’amendes aux individus ou entreprises récalcitrants aux consignes énoncées. Le premier ministre continue de se fier à «la bonne foi des Québécois».

- Malgré les appels à l’aide répétés à ce sujet dans le réseau de la santé, le premier ministre répète que le Québec ne manque pas d’équipement médical.

- Des primes de risque sont en négociation avec les syndicats des travailleurs du réseau de la santé.

- Un site web gouvernemental sera bientôt en ligne pour réunir toutes les offres de bénévolat.