Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

Legault: «Il faut se déprogrammer» [VIDÉO]

Chaque début d’après-midi depuis plus de 40 jours, François Legault, Horacio Arruda et Danielle McCann entrent dans le salon des Québécois pour les convaincre d’y rester. Pour leur dire à quel point le nouveau coronavirus qui rôde dehors est dangereux. Voilà qu’à l’aube du déconfinement, le virage à 180 degrés risque d’être difficile à négocier.

Six semaines à se faire répéter : «Envoye à maison!» «Restez chez vous!» «S’il vous plaît, ne sortez pas.»

Puis dans les derniers jours, l’idée de plus en plus concrète de rouvrir les entreprises, les commerces et, surtout, les écoles et les garderies.

Alors que le premier ministre Legault promet pour la semaine prochaine un plan de déconfinement «graduel», mot qu’il martèle dorénavant sans relâche, l’inquiétude est palpable chez les citoyens. La peur d’ajouter son nom ou celui de son enfant aux 22 616 cas confirmés au Québec en date de vendredi et, encore pire, aux 1340 décès.

«On est victime de notre succès, ensemble!» a lancé M. Legault, vendredi, lors du dernier point de presse du trio cette semaine. «Depuis des semaines, j’essaie d’entrer dans la tête de tous les Québécois qu’il faut rester à la maison. Ça a bien réussi, je suis vraiment fier de voir comment les Québécois ont respecté les consignes. Mais là, il faut comme un peu se déprogrammer, moi le premier. Mais vous autres aussi, pour être capable de rechanger encore d’approche, d’attitude.»

Le Québec trônait au sommet des 60 États et provinces de l’Amérique du Nord quant au respect des consignes d’isolement physique, dans un rapport publié par Google au début d’avril.

«C’était au Québec que les gens étaient le plus confinés, donc qui avaient accepté de changer leurs habitudes. Puis là, on arrive, il faut redemander encore de changer leurs habitudes et d’avoir une certaine ouverture à se déconfiner, mais graduellement. [...] Je comprends que c’est un défi qu’on a de reprogrammer notre façon de penser.»

Pas en arrière possible

Autant le gouvernement que la Santé publique réitèrent qu’une pause de près de deux mois était nécessaire pour ralentir la contagion et éviter de submerger notre système de santé.

«Ce plan de réouverture, aussi, il a des conditions, insiste le D  Arruda. Le premier ministre est bien au fait. Si, en ouvrant, on se rend compte qu’on est en train de se réchauffer et qu’on est en train de recommencer, on va peut-être avoir à ralentir la cadence ou faire même un pas en arrière.»

Et plus que la COVID-19, un trop long confinement devient un terreau fertile pour plein de problèmes sociaux, violence familiale, toxicomanie, dépression.

N’empêche que l’immunité de masse tant recherchée en attendant un vaccin repose sur l’idée que ceux qui ont eu la maladie sont ensuite immunisés. Mais pour combien de temps? Bien malin qui peut le dire avec la COVID-19.

«Probablement que les gens qui l’ont fait à cette saison-ci, s’ils font quelque chose à l’automne, ils vont le faire beaucoup moins fort que ceux qui sont complètement vierges par rapport au virus. Mais est-ce que ça va persister un an, deux ans, ne pas persister du tout après, en 2022? Je pense qu’il n’y a pas assez de recul pour ça, il n’y a pas assez de cas. On va le voir en fonction des pays qui vont avoir des deuxièmes vagues», explique le Dr Arruda.

Pas tout de suite le rôti de bœuf

«Ça ne veut pas dire que, le jour où on fait le déconfinement, tout le monde se retrouve avec des soupers le dimanche avec grand-papa, grand-maman, et puis le bon rôti de bœuf. On a tous le goût de ça bientôt, mais on n’est pas encore rendus après la phase intensive. Il y a un dosage. On rouvre dans certains secteurs, on rouvre avec des personnes qui ne sont pas à risque, mais n’allons pas tout mêler en même temps. C’est sûr que ça va amener un vent de liberté attendu, puis ça va être difficile pour ceux qui vont avoir encore à rester un peu plus enfermés. Mais il va falloir le faire comme ça», dit le scientifique.

Ces personnes à risque qui, dans la bouche du premier ministre Legault, sont passées dans les derniers jours des 70 ans et plus aux 60 ans et plus. Groupe élargi accaparant 97 % des décès au Québec. Mais leur confinement ne restera pas aussi strict qu’en ce moment.

«Je ne conseille pas aux gens qui ont plus de 60 ans de serrer leurs petits-enfants dans leurs bras, encore pour un certain temps. Je sais que c’est dur, c’est triste. Est-ce qu’on sera capable, dans les prochaines semaines, au moins, qu’ils se voient à deux mètres de distance? C’est peut-être plus envisageable. Mais de serrer dans leurs bras des enfants... Surtout le fait qu’on veut rouvrir graduellement nos écoles... La crainte la plus importante que j’ai, en rouvrant les écoles, c’est que les enfants aillent voir leurs grands-parents et les infectent», reconnaît M. Legault.

Nationaliser les CHSLD

Le premier ministre a par ailleurs dit étudier sérieusement la possibilité de nationaliser tous les lieux d’hébergement pour aînés au Québec. Plus de 80 % des Québécois qui ont succombé à la COVID-19 résidaient dans ce genre d’endroits.

«Effectivement, dans les CHSLD», nom que M. Legault trouve trop «bureaucratique», «on a des personnes fragiles qui ont besoin de soins. Au Québec, les soins, c’est un système public. Donc, est-ce qu’on devrait avoir tous les CHSLD qui soient publics? Je n’exclus pas ça», a-t-il commenté, disant avoir demandé d’accélérer les projets de son gouvernement de maisons des aînés.

«On est train de regarder aussi quand les contrats se terminent. Parce qu’il y a des CHSLD privés conventionnés, donc il y a des durées de contrat. On me dit que beaucoup de contrats viennent à échéance bientôt, donc il y aurait une opportunité de transférer ces CHSLD au public de façon relativement facile. Oui, on regarde ça, puis on est en train de chiffrer ça.»

Mise à jour du 24 avril au Québec