Originaire de Sherbrooke, l’actrice Christina Toth habite New York depuis une dizaine d’années. La ville américaine est frappée de plein fouet par la pandémie de COVID-19. « La ville est déserte, silencieuse. C’est un peu comme si on vivait dans une zone de guerre », confie la comédienne.
Originaire de Sherbrooke, l’actrice Christina Toth habite New York depuis une dizaine d’années. La ville américaine est frappée de plein fouet par la pandémie de COVID-19. « La ville est déserte, silencieuse. C’est un peu comme si on vivait dans une zone de guerre », confie la comédienne.

Le temps en suspens à New York, raconte l’actrice sherbrookoise Christina Toth

On connaît New York comme la ville qui ne dort jamais. Depuis que la mégapole américaine est un nouvel épicentre de la pandémie de COVID-19, l’endroit a changé de rythme et le temps y est suspendu, raconte Christina Toth.

L’actrice originaire de Sherbrooke habite la Grosse Pomme depuis une dizaine d’années. Sa ville d’adoption, elle ne la reconnaît plus. « C’est mort dans les rues, c’est tellement tranquille que c’en est bizarre! Quand je reviens à Sherbrooke voir ma famille, je savoure le calme que j’y retrouve et qui tranche avec la vie mouvementée de New York. Là, comme tout est à l’arrêt ici, c’est encore plus calme que l’est ma ville natale. Je n’entends plus ce que j’appelle le pouls de la ville, et qui est habituellement omniprésent. Dans le fond, c’est bien, parce que ça veut dire que les gens suivent les consignes. Ils sortent marcher, mais toujours à bonne distance. L’ambiance est vraiment particulière, on est sur nos gardes parce qu’on est tous conscients qu’on peut avoir la maladie sans symptômes et être ainsi un danger pour les autres. On sait aussi que la situation inverse est vraie : parmi les gens qu’on croise, certains peuvent peut-être nous contaminer. »

La comédienne de 32 ans, qu’on a vue dans Orange is The New Black, se porte bien. 

« Jusqu’ici, pour moi, ça va. Je ne suis pas malade, mais je prends la situation très au sérieux », dit celle qui est d’autant plus prudente qu’elle a l’an dernier souffert de graves problèmes pulmonaires dont elle a mis du temps à se remettre. 

« J’ai eu la tuberculose. J’ai combattu la maladie pendant neuf mois. Je viens tout juste d’avoir la confirmation médicale que je suis guérie. Comme la COVID-19 s’attaque aux poumons, je cours davantage de risques si je la contracte. C’est un stress de plus, mais je prends vraiment toutes les précautions possibles. Rester en santé, c’est notre job, actuellement. Je suis consciente qu’en prenant soin de moi, en faisant attention pour ne pas attraper le virus, je prends aussi soin de ma communauté. » 

Une communauté où le virus frappe fort. 

« Dans les hôpitaux, les respirateurs artificiels sont pratiquement tous utilisés. On arrive au point où les médecins devront peut-être choisir les patients qu’ils soignent, selon certains critères. Le New York Times écrivait ce samedi qu’avec les derniers chiffres officiels, considérant la proportion de la population touchée, tous les New Yorkais connaissent une personne atteinte du coronavirus. Les gens sont au chômage, des organismes tentent d’aider les plus démunis, c’est un peu comme si on vivait dans une zone de guerre. Collectivement, on se sent comme lorsqu’on traverse un deuil. On pense aux gens qui sont malades, à ceux qu’on perdra peut-être. On fait également le deuil de l’existence qu’on avait. Normalement, lorsqu’on traverse ce genre d’épreuves, on cherche du réconfort, on se serre dans nos bras. Et même ça, ce n’est plus possible. »  

Là-bas comme ici, les autorités le répètent à l’envi : il faut éviter les contacts sociaux. 

Préserver l’équilibre

« Le gouverneur démocrate Andrew Cuomo fait un excellent boulot, il organise chaque jour un point de presse, comme ce que fait le gouvernement Legault au Québec. Mais avec toutes ces informations qu’on reçoit, et étant donné le ton des médias qui a changé, on sent qu’il y a une certaine peur qui s’installe. Ce n’est pas évident de ne pas se laisser happer par la tourmente. »

Pour prendre un pas de recul et faire un pied de nez à l’anxiété, la comédienne a fait un « jeûne » médiatique de 24 heures où elle n’a ouvert aucun écran ni consulté aucun site de nouvelles. 

« On parle beaucoup de distanciation sociale et de ce qu’il faut faire physiquement, mais c’est tout aussi important de prendre soin de notre équilibre personnel pour rester forts psychologiquement », explique l’actrice de 32 ans.

Celle-ci habite un quartier près de l’East River où la nature est belle et invitante. Le printemps y est doux, les arbres sont en fleurs. Malgré tout. 

Le printemps a beau être marqué par la pandémie de COVID-19, New York est en fleurs ces jours-ci. «Ces photos ont été prises à Central Park l’an dernier, au mois d’avril. Le paysage est tout aussi beau cette année, il me donne de l’espoir», exprime la comédienne d’origine sherbrookoise Christina Toth.

Chaque jour, elle se rend marcher sur la promenade qui longe le bord de l’eau. Avec un masque, comme l’a demandé le maire : malades ou pas, les New Yorkais doivent désormais se couvrir le bas du visage lorsqu’ils vont à l’extérieur. 

« Cette sortie quotidienne agit pour moi comme une méditation. C’est important de se réserver des moments comme ceux-là, de prendre soin de notre équilibre mental aussi. Au départ, avec le confinement, on se disait tous qu’on allait pouvoir mettre ces jours à profit, être super productifs pour écrire un roman ou réaliser différents projets. Je réalise que cette période commande autre chose, que l’essentiel est vraiment ailleurs. Tous, on est dans l’adaptation à un quotidien transformé, à une vie qui va changer. C’est à ça qu’il faut consacrer nos énergies, en adoptant une attitude bienveillante envers soi parce que de toute façon, on ne sait pas de quoi sera faite l’après-crise. Moi, tous les projets professionnels que j’avais sont annulés, reportés ou incertains. Qu’est-ce qui tiendra la route après? Je ne le sais pas. »

Christina Toth n’a évidemment pas de boulot présentement. Comme partout ailleurs, les tournages ont été interrompus, le milieu culturel est sur pause. Des projets à plus long terme se profilent néanmoins. 

« Sans travailler actuellement, j’ai quand même de quoi m’occuper parce que j’auditionne pour des trucs qui sont prévus plus tard cet automne. C’est particulier parce qu’on reçoit les textes, on filme notre performance et on l’envoie. Je ne sais pas ce qui va se concrétiser, mais ce sont de beaux gros projets. Sinon, si la situation s’éternise, j’ai la chance de faire partie de ce qui ressemble à l’Union des artistes, version américaine. Ils ont mis des programmes sur pied pour les artistes et on bénéficie aussi d’une couverture médicale, en cas de besoin, ce qui est vraiment précieux aux États-Unis », dit celle qui se « branche » sur Sherbrooke quotidiennement. 

« Ma mère habite toujours l’Estrie, je lui parle tous les jours. On Facetime, ça nous permet de rester en contact. Quand tout a commencé à devenir plus sérieux, j’ai pensé revenir au pays, mais on avait déjà beaucoup de cas à New York, je ne pouvais pas courir le risque d’être peut-être infectée sans le savoir et ainsi mettre ma famille et d’autres gens en danger en retournant au Québec. Ça n’aurait pas été responsable de ma part. »

Elle se promet de venir passer quelques jours lorsqu’on aura gagné la bataille contre le virus et que les frontières seront de nouveau ouvertes. Dans l’apaisant giron des Cantons, il y aura du temps précieux passé avec les siens. Et sans doute une promenade quotidienne au bord de l’eau. Mais autour du lac des Nations, cette fois.