En un mois le nombre de cas a plus que quintuplé au Sénégal et la transmission se produit de plus en plus par voie communautaire.
En un mois le nombre de cas a plus que quintuplé au Sénégal et la transmission se produit de plus en plus par voie communautaire.

Le Sénégal vante les effets de la chloroquine, chiffres à l’appui

AFP
Agence France-Presse
DAKAR — Les autorités sénégalaises ont dit samedi leur intention de continuer à prescrire l’hydroxychloroquine aux malades du Covid-19 après une analyse préliminaire montrant une réduction de la durée d’hospitalisation, alors que le pays fait face à une augmentation constante de cas.

Elles ont aussi, devant cette hausse continue, annoncé leur décision de ne plus hospitaliser systématiquement les malades qui ne présenteraient pas ou peu de symptômes, mais de les isoler dans des sites ouverts à cet effet, afin de soulager les hôpitaux.

Elles ont en outre décidé vendredi soir de fermer les marchés de Dakar les samedis et dimanches et de réduire leur fréquence en semaine. Le nombre de clients devra par ailleurs être limité dans les grandes surfaces, a dit la préfecture dans un communiqué.

Les autorités sanitaires ont officiellement déclaré 1115 cas de contamination et neuf décès au cours des deux mois depuis la confirmation de l’apparition du virus le 2 mars, selon un nouveau bilan communiqué samedi.

«Le constat majeur est que l’épidémie ne faiblit pas», a dit à la presse le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr.

Il a assuré que la pandémie restait sous contrôle. Mais il a souligné qu’en un mois le nombre de cas avait «plus que quintuplé» et que la transmission se produisait de plus en plus par une voie plus inquiétante et dite communautaire, c’est-à-dire sans lien établi entre les nouveaux cas et ceux déjà décelés.

Le Sénégal a tôt fait le choix de suivre l’exemple du professeur français Didier Raoult et de généraliser la prescription, en milieu hospitalier, de l’hydroxychloroquine, antipaludique disponible sur le marché, au coeur d’une querelle internationale d’experts quant à son efficacité et son innocuité.

Le professeur Moussa Seydi, infectiologue qui coordonne la prise en charge des contaminés, a présenté les résultats d’une analyse «préliminaire» montrant que, sur 181 patients, la durée médiane d’hospitalisation était de 13 jours pour les malades n’ayant reçu aucun traitement, 11 pour ceux ayant reçu de l’hydroxychloroquine seule, 9 pour ceux ayant reçu de l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine (antibiotique), et même 8 pour ceux ayant consulté tôt et démarré le traitement dans les 24 heures.

Peu d’effets secondaires

Selon cette analyse portant cette fois sur 362 sujets, des effets secondaires, non précisés, ont été observés chez 12 personnes, a-t-il dit. Le traitement a été maintenu pour 4 d’entre elles parce que les effets n’étaient pas «gênants», et arrêté pour les 8 autres, mais il n’y a eu «aucun effet secondaire grave» et tous les signes ont régressé à la fin du traitement, a-t-il rapporté.

«Vu ces résultats préliminaires, nous allons continuer notre prise en charge avec l’hydroxychloroquine», a-t-il dit.

Plus de 700 malades sont traités dans 20 centres de prise en charge.

Un autre responsable de la riposte, Abdoulaye Bousso, directeur du Centre des opérations d’urgences sanitaires, a indiqué que les malades asymptomatiques ou peu symptomatiques seraient désormais accueillis en milieu extra-hospitalier, sur des sites comme un hangar de l’ancien aéroport international Léopold-Sédar-Senghor à Dakar ou sur la base militaire aérienne de Thiès (ouest).

L’objectif consiste à «ne pas faire de nos hôpitaux des hôpitaux Covid» et de pouvoir continuer à y traiter les autres malades, a-t-il dit.

Le gouvernement sénégalais a instauré un couvre-feu nocturne, fermé les frontières et fortement restreint les déplacements et les rassemblements. Il s’est gardé de mettre en place un confinement difficilement envisageable dans un pays pauvre dont une bonne partie de la population vit au jour le jour.

Une trentaine d’universitaires de toutes les disciplines ont mis en garde dans un rapport contre les effets d’un confinement total qui causerait selon eux une récession de - 9,9% en 2020 s’il durait un mois, avec des conséquences redoutables pour les plus vulnérables et des risques d’instabilité sociale. Ils préconisent la généralisation du port du masque et un dépistage massif.

Les universitaires, spontanément réunis en un groupe de recherche «sans aucun calcul», ont transmis leur rapport aux autorités, a dit à l’AFP le coordinateur du groupe, Serigne Omar Sarr.