«Le sport n’est pas la priorité du monde, présentement, mais pour les sportifs de haut niveau, comme nous, c’est notre vie de vie qui change complètement. Il y a quand même de l’inquiétude sur la suite des choses, mais comme tous, on espère d’abord que ça aille bien pour le monde entier», confie Katerine Savard

Le report des Jeux olympiques bien accueilli par Katerine Savard et Gino Brousseau

À la recherche d’une troisième participation aux Jeux olympiques, la nageuse Katerine Savard a bien accueilli la décision du CIO de les reporter à 2021. Mais ce n’est pas sans une certaine peur qu’elle abordera les prochains mois.

Dans une semaine, l’athlète de 26 ans devait prendre part aux sélections nationales, à Toronto. En lieu et place, elle se trouvera plutôt dans la région de Portneuf, d’où elle est originaire.

«Après la décision du comité olympique canadien de ne pas aller aux Jeux si ceux-ci n’étaient pas remis, on s’attendait à ce qu’il se passe quelque chose en ce sens. Tous les athlètes canadiens sont soulagés et apprécient la décision du CIO, car sinon, on n’aurait pas eu la chance d’y aller», disait la médaillée de bronze au relais 4 x 200 m des Jeux de Rio, en 2016.

Depuis la fermeture des plateaux sportifs, la semaine dernière, l’enseignante au primaire n’avait pas été mesure de s’entraîner en piscine. Elle ne sait pas plus à quel moment pourra-t-elle le faire, comme à peu près tous les nageurs au monde.

«Le sport n’est pas la priorité du monde, présentement, mais pour les sportifs de haut niveau, comme nous, c’est notre vie de vie qui change complètement. Il y a quand même de l’inquiétude sur la suite des choses, mais comme tous, on espère d’abord que ça aille bien pour le monde entier», confiait-elle d’une voix douce.

Voilà maintenant qu’elle est confrontée à un autre arrêt de nage, celui-ci obligé. En 2018, elle avait pris une pause d’un an avant de reprendre du service en janvier 2019 en prévision des Jeux olympiques de 2020.

«Les plans viennent de changer. Mon objectif était de me rendre jusqu’à la fin de l’été, d’obtenir un contrat pour enseigner. Mon rêve était de participer aux Jeux de Tokyo, mais ça ne se passe pas comme je l’avais prévu», notait celle qui a fait un peu de suppléance, ces derniers mois, en plus de s’entraîner pour les Jeux.

Pour l’heure, elle est déchirée entre l’envie d’aller jusqu’au bout de son aventure sportive et la crainte de retarder son entrée sur le marché du travail à temps plein.

«On dirait qu’il me reste de moins en moins de temps pour devenir une vraie adulte. D’un autre côté, il s’agit de ma dernière chance d’aller aux Jeux. Tout cela fait un peu peur. Il y a quelques années, je n’aurais pas eu le même questionnement, mais à 26 ans, je doute un peu plus qu’à 17 ans.»

Elle visait une sélection dans les épreuves de 200 m libre et 200 m papillon, la première donnant accès aux courses de relais. Ces dernières semaines, elle avait trouvé sa vitesse de croisière et elle avait confiance d’atteindre ses objectifs.

«Je me demande si je vais pouvoir revenir au niveau où j’étais rendue. Je suis arrêté pendant cinq mois, en 2018, et ça m’a pris quasiment une année à revenir. Selon la durée de l’arrêt, est-ce que je vais être capable de le faire?», se questionnait-elle.


« On dirait qu’il me reste de moins en moins de temps pour devenir une vraie adulte. D’un autre côté, il s’agit de ma dernière chance d’aller aux Jeux. Tout cela fait un peu peur. Il y a quelques années, je n’aurais pas eu le même questionnement, mais à 26 ans, je doute un peu plus qu’à 17 ans. »
Katerine Savard

Gino Brousseau

Entraîneur-adjoint de l’équipe nationale masculine de volleyball, Gino Brousseau rentrait du bois et d’une réunion téléphonique avec ses collègues lorsqu’on l’a rejoint, jeudi.

«Au moins, nous étions déjà qualifiés, on avait déjà fait un bon bout de chemin. Reste juste à savoir comment ça va se dérouler pour la suite, mais présentement, ça va au-delà du sport. Comme tout le monde, on est dans l’attente, dans l’incertitude et dans l’espoir que la pandémie se termine le plus vite possible. Habituellement, on dit que les sportifs contrôlent leur destin, c’est paradoxal qu’on ne puisse rien y faire», disait le nouvel entraîneur-chef du club de volleyball masculin Rouge et Or.

Jeudi, le Rouge et Or a d’ailleurs annulé la venue de l’équipe nationale au PEPS qui devait avoir lieu en mai.

À une certaine époque, Brousseau a joué pendant trois saisons dans une ligue professionnelle de volleyball au Japon. Il comprenait que les organisateurs prennent leur temps avant de trancher.

«D’abord, ce ne sont pas juste les Japonais qui décidaient. Et il y avait un paquet de facteurs à considérer. Il s’agissait de la chose à faire. Présentement, l’aspect financier des Jeux ne compte pas, on est tous en mode survie. Je peux aussi comprendre les athlètes, je l’ai vécu, moi aussi. On s’investit, on veut réaliser notre rêve, on veut avancer, mais tout est bloqué. Là, je pense que ça va calmer le jeu pour quelque temps et on sera prêt à reprendre lorsqu’on pourra le faire.»