Mercredi, trois nouveaux cas de COVID ont été répertoriés au centre hospitalier, portant le nombre global à 27 personnes ayant contracté la COVID. On parle de 14 patients infectés, dont l’un d’eux est décédé, et 13 employés.
Mercredi, trois nouveaux cas de COVID ont été répertoriés au centre hospitalier, portant le nombre global à 27 personnes ayant contracté la COVID. On parle de 14 patients infectés, dont l’un d’eux est décédé, et 13 employés.

Le personnel de l’hôpital de Granby «sur la corde raide»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Frustration, pression et détresse. C’est l’amalgame d’émotions à laquelle est confronté au quotidien le personnel de l’hôpital de Granby, qui tente d’endiguer depuis plusieurs jours des éclosions de COVID-19 dans plusieurs départements.

Il y a à peine quelques semaines, les effectifs du réseau de la santé étaient loin de se douter qu’une éclosion de coronavirus allait éclater au centre hospitalier de Granby. Malgré tous leurs efforts, le balancier a basculé, faisant grimper la pression de façon exponentielle.

«On a une pression supplémentaire comme travailleurs de la santé. Quand il y a une éclosion, le personnel se remet en question. Pas nécessairement pour trouver un ou des coupables, mais pour éviter la propagation du virus. Ce n’est pas bon pour la santé mentale et le rendement au travail. Vraiment, on est sur la corde raide», a indiqué la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin.

Un sentiment que partagent deux infirmières qui travaillent au sein de l’établissement à Granby. «On voyait venir la seconde vague, mais on pensait s’en sortir avec seulement quelques petits remous, pas être pris dans une tempête», a imagé l’une d’elles, préférant que l’on taise son identité.

«On est là pour soigner les gens, pas pour les contaminer. On a tout donné pour éviter que le virus gagne du terrain. Mais là, c’est un peu comme une claque en plein visage», a illustré sa collègue.


« On vit la COVID-19 au quotidien. Entendre des gens dire que ça n’existe pas, que c’est un complot, ça vient nous chercher. On n’en fait pas un tollé, mais c’est frustrant quand tu vois des gens qui ont contracté le virus en mourir. »
Sophie Séguin, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE)

Mercredi, trois nouveaux cas de COVID-19 ont été répertoriés au centre hospitalier, portant le nombre global de cas positifs à 27. On parle de 14 patients infectés, dont l’un d’eux est décédé, et 13 employés.

En contexte d’éclosion au centre hospitalier de Granby, la pression est aussi «énorme» sur le personnel affecté à l’hygiène et à la salubrité, a confié l’un des membres de l’équipe. «On a plein de protocoles à respecter. Une grande partie de la propagation du virus repose sur nos épaules, alors on n’a pas droit à l’erreur. Chaque détail compte.»

Détresse

Bien qu’ils soient formés pour affronter toutes sortes de situations difficiles, plusieurs membres de l’équipe de l’hôpital de Granby flanchent. «On a malheureusement un fort taux d’absentéisme. Et la pandémie n’a aidé en rien à améliorer la situation. Les équipes sont exténuées. La détresse est grande», a fait valoir Sophie Séguin.

Malgré tout, le personnel tente de garder le cap. «On ne voit plus la lumière au bout du tunnel, mais on n’a pas le choix de porter le réseau à bout de bras. Sinon, qui prendra la relève? Je vois chaque jour des collègues complètement démunies, qui ont peur de faire des erreurs fatales pour les patients parce qu’elles sont trop fatiguées, trop stressées. Trop souvent, on sent qu’on rame toutes seules pour faire tourner notre gros bateau. Et ça fait peur», a confié une infirmière.

La présidente de la FIQ-SPSCE, Sophie Séguin.

Selon la collègue de cette dernière, le soutien psychologique de l’employeur est insuffisant. «La direction a déjà bien des problèmes sur les bras avec la COVID-19. On sent que le personnel passe souvent en dernier, a-t-elle dit. On est un peu laissés à nous-mêmes. Mais, on n’hésite pas à nous demander de faire du TSO (temps supplémentaire obligatoire). C’est lourd.»

L’avènement récent des codes de couleurs des paliers d’alerte du gouvernement ajoute à la détresse du personnel médical, a mentionné Sophie Séguin. «L’Estrie était dans le vert il n’y a pas si longtemps. On est rapidement passé au jaune puis maintenant au orange. On ne veut pas frapper le mur avec le rouge. Ça fait plusieurs années qu’on ajoute des couches à notre niveau de stress dans le réseau, mais là, ça craque de partout.»

Frustration face aux récalcitrants

Depuis le début de la pandémie, plusieurs personnes, bien que minoritaires, refusent systématiquement de se conformer aux règles sanitaires émises par le gouvernement, entre autres le port du masque. Le comportement de ces individus «récalcitrants» mine aussi le moral des troupes dans le réseau de la santé, a fait valoir la présidente syndicale.

«On vit la COVID-19 au quotidien, a dit Mme Séguin. Entendre des gens dire que ça n’existe pas, que c’est un complot, ça vient nous chercher. On n’en fait pas un tollé, mais c’est frustrant quand tu vois des gens qui ont contracté le virus en mourir. Que tu te bats à chaque instant pour éviter que le virus gagne du terrain.»

«Il suffirait que ces complotistes passent une journée avec nous, dans les hôpitaux, et ils changeraient de discours. Vraiment, si on ne se serre pas les coudes, on ne pourra pas s’en sortir, a mentionné une infirmière de l’hôpital de Granby. Tout le monde doit pousser dans le même sens.»