Le Dr. Horacio Arruda
Le Dr. Horacio Arruda

Le Dr Arruda hésite à rendre le port du masque obligatoire

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, ne compte pas donner suite pour le moment à la demande des médecins qui réclament de rendre obligatoire le port du masque dans certains milieux et certaines circonstances. Tout au plus ne l’exclut-il pas advenant une deuxième vague de COVID-19, a-t-il dit jeudi.

En conférence de presse devant le Centre hospitalier de l’Université de Montréal, jeudi matin, des médecins ont demandé à Québec de rendre obligatoire le port du couvre-visage pour les plus de 12 ans dans les milieux fermés et les espaces extérieurs où la distanciation physique est difficile à respecter. (Voir texte plus bas) 

Le fait de se couvrir le visage constitue une mesure peu coûteuse, dont l’efficacité a été démontrée pour réduire la propagation de la COVID-19 et éviter une deuxième vague potentiellement meurtrière pour la population et le milieu de la santé, a-t-on plaidé.

Pendant le point de presse quotidien du gouvernement, le Dr Horacio Arruda a dit qu’il n’excluait pas de rendre obligatoire le port du couvre-visage (dans le transport en commun, notamment, comme Toronto a décidé de le faire), mais qu’il attendait les conclusions des experts d’ici et d’ailleurs, «qui regardent les pour et les contre». 

«Écoutez, je pense qu’il ne faut pas l’exclure. Je ne veux pas dire qu’il faut l’exclure, mais on va regarder la littérature […]. On recommande très fortement le couvre-visage, je pense qu’on le dit, hein, on veut en faire une norme sociale pour que les gens prennent l’habitude. Quant à le rendre obligatoire actuellement, je vais attendre les différentes autorités internationales, canadiennes et au Québec, qui regardent les pour et les contre. Il y a des études qui semblent démontrer une certaine efficacité, mais certains critiquent ces études-là», a expliqué le Dr Arruda.

«Je ne veux pas exclure que ça pourrait être le cas dans une deuxième vague [rendre le port du masque obligatoire] si on a suffisamment de données ou que les autorisations internationales vont dans ce sens-là», a-t-il résumé.

Le directeur national de santé publique a aussi plaidé qu’il préférait voir avant «quel est le comportement des individus» (qui sont actuellement peu nombreux à porter le masque). «Prenons un exemple: la vaccination obligatoire. On ne l’a pas au Québec. D’autres endroits l’ont et les taux de couverture sont moins élevés. On va voir selon l’évolution. On va voir s’il faut se rendre là. On va voir si la norme sociale va s’installer ou pas. […] Avant de le rendre obligatoire, on va voir jusqu’à quel point on peut convaincre les gens» de porter le masque, a-t-il dit.

De son côté, le premier ministre François Legault a souligné que «rendre obligatoire, ça suppose des pénalités». «Ça suppose d’avoir une police qui va vérifier tout ça. Donc, nous on fait le choix de dire: on le suggère fortement, mais on ne le rend pas obligatoire. C’est le choix qui est proposé par la santé publique, et que j’appuie», a déclaré François Legault.

Le Dr Amir Khadir, qui est de ceux qui réclament de rendre obligatoire le port du masque en communauté lorsque la distanciation de deux mètres est difficile à respecter, a réagi aux propos du Dr Arruda sur les ondes de LCN, jeudi après-midi. 

Il ne faut pas «attendre la vague avant d’instaurer des mesures, on instaure les mesures pour tenter d’éviter même la vague», a-t-il plaidé. «Mais si la vague est inévitable, [il faut] la diminuer la plus possible, et la science aujourd’hui, je le rappelle au Dr Arruda, [...] dit que les masques, c’est archi-important», a exposé l’ex-député de Québec solidaire et médecin spécialiste en microbiologie-infectiologie.

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LA PRÉVENTION AVANT LE VACCIN

MONTRÉAL — Un groupe de professionnels de la santé demande à Québec de rendre le port du masque obligatoire dans les lieux publics fermés, de même que dans les espaces extérieurs où la distanciation physique est difficile à respecter.

En conférence de presse devant le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), jeudi matin, l'épidémiologiste Nima Machouf a avancé que le fait de se couvrir le visage est une mesure peu coûteuse, dont l'efficacité a été démontrée pour réduire la propagation de la COVID-19.

«En attendant l'élaboration d'un vaccin, le masque est maintenant reconnu comme un outil essentiel pour retrouver le peu de normalité dans nos vies et renouer avec les gens et les activités qu'on aime», a-t-elle fait valoir.

«Des chercheurs en modélisation des épidémies affirment que pour que la mesure soit efficace, 80 % de la population doit porter le masque», a-t-elle toutefois souligné.

La spécialiste en médecine interne Marie-Michelle Bellon, qui a travaillé à l'unité COVID de l'hôpital Notre-Dame, lui a succédé au micro pour déplorer ce qu'elle désigne comme une forme de «pensée magique» depuis que le déconfinement s'est amorcé à travers la province.

«Il faut que le personnel de soins qui se dévoue et qui met sa santé physique et mentale en danger depuis la mi-mars ait l'impression que tout est mis en oeuvre pour qu'il ne se fasse pas ramasser par une deuxième vague», a-t-elle lancé.

À leurs côtés, l'ex-député solidaire et microbiologiste-infectiologue à l'hôpital Pierre-LeGardeur Amir Khadir a plaidé que le port du masque devrait être imposé à travers le réseau scolaire, sauf au niveau primaire et dans les services de garde.

Il a noté que parmi les spécialistes qui appuient cette revendication figurent également Karl Weiss, président de l'Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec; Bernard Mathieu, président de l'Association des médecins d'urgence du Québec; Joanne Liu, ex-présidente de Médecins Sans Frontières; Alain Vadeboncoeur, chef de l'urgence de l'Institut de cardiologie de Montréal; François de Champlain, chef d'équipe de traumatologie au CUSM; Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine; et le Dr Stanley Vollant, qui chapeaute la cellule de crise innue pour faire face à la pandémie. La Presse canadienne