Colette Nadeau, directrice de la protection de la jeunesse, et Caroline Gauthier, intervenante à la DPJ en Outaouais, posent ici devant le tableau de reconnaissance des employés.
Colette Nadeau, directrice de la protection de la jeunesse, et Caroline Gauthier, intervenante à la DPJ en Outaouais, posent ici devant le tableau de reconnaissance des employés.

Le confinement vu par la DPJ: «Intervenir différemment»

Adaptation. Ajustement. Résilience. Trois mots qui prennent tout leur sens en période de confinement, surtout pour les intervenants et les intervenantes de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) sur le terrain.

Chaque jour, en Outaouais, plus d’une centaine de ces professionnels interviennent auprès des jeunes et des familles qui vivent des moments très difficiles. Avec la pandémie et les mesures de distanciation sociale imposées depuis la mi-mars, plus rien ne se passe comme avant.

« On a entièrement réajusté nos pratiques depuis l’application des mesures de confinement et de distanciation sociale, explique Colette Nadeau, directrice de la protection de la jeunesse — directrice provinciale CISSS de l’Outaouais. On est bien supporté par le CISSSO et les instances du réseau, mais il faut quand même faire, tous les jours, des ajustements dans nos pratiques. Lors de l’analyse des situations, on doit tenir compte de facteurs qui n’étaient pas nécessaires avant la pandémie. »

Comme dans plusieurs domaines, le télétravail a pris une place importante à la DPJ. Les intervenants sont maintenant équipés afin de communiquer à distance avec leurs collègues, leur direction et aussi leur clientèle.

Méfiance et inquiétude

Lors des interventions dans les milieux familiaux, il y a de la méfiance de part et d’autre quant à la sécurité sanitaire.

« Bien sûr que les gens sont inquiets de nous laisser entrer chez eux, tout comme nous le sommes dans nos interventions, explique Caroline Gauthier, intervenante sociale à la DPJ de l’Outaouais. Nous devons rapidement rassurer les gens sur les mesures de sécurité que nous prenons. On demande aussi de les rencontrer à l’extérieur si la météo le permet. On demande aussi si l’enfant veut venir prendre une marche avec l’intervenant afin de faciliter le dialogue. Mais tout ça se fait selon les mesures de distanciation imposées par le ministère. »

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Dans les familles d’accueil, les mêmes mesures prévalent et il est parfois impossible pour les enfants en famille d’accueil de voir leur famille naturelle. Ces situations pour le moins déchirantes sont de plus en plus fréquentes et comportent autant de défis pour les autorités de la DPJ que pour les familles elles-mêmes. Il faut dire que les jeunes placés en famille d’accueil ne retournent plus dans leur famille naturelle depuis la mise en place des mesures de confinement.

« Lorsqu’un enfant doit avoir un contact de personne à personne avec sa famille, on doit évaluer les risques autant pour l’enfant que pour la famille. Dans ce contexte, on doit aussi tenir compte de la famille d’accueil, explique Mme Nadeau. Ces décisions sont prises au cas par cas par un comité d’évaluation que nous avons formé récemment. »


« Le confinement est une source d’anxiété et de stress supplémentaire pour les familles qui vivent déjà des épisodes de violence ou de détresse psychologique. [...] On constate aussi une hausse des problèmes de consommation d’alcool ou de drogue qui résultent souvent à de la violence familiale. »
Colette Nadeau

Baisse des signalements

Depuis le début de la pandémie et des mesures de confinement, le nombre de signalements a connu une baisse significative. Selon les derniers chiffres de la DPJ en Outaouais, ces signalements ont diminué de 30 %.

« Évidemment, c’est la fermeture des écoles qui est le principal élément pouvant expliquer cette baisse, analyse Mme Nadeau. Par contre, ça ne veut pas dire que les problèmes de maltraitance ou de violence ont disparu. Bien au contraire. Le confinement est une source d’anxiété et de stress supplémentaire pour les familles qui vivent déjà des épisodes de violence ou de détresse psychologique. Le fait d’être confiné exacerbe ces problèmes et nous amène à intervenir dans l’urgence. On constate aussi une hausse des problèmes de consommation d’alcool ou de drogue qui résultent souvent à de la violence familiale. »

La détresse alimentaire est aussi un facteur à considérer et la crise a amplifié cette détresse.

« Tout s’est arrêté d’un coup et plusieurs ont perdu leur emploi, explique l’intervenant Caroline Gauthier. On constate, sur le terrain, que plusieurs familles doivent demander l’aide des banques alimentaires pour subvenir à leurs besoins. On voit aussi que c’est un stress supplémentaire qui augmente les risques de mauvais traitement. Plus on amplifie les difficultés des parents, plus les enfants sont à risque. On doit être vigilants et intervenir de façon différente.»

En ce sens, la DPJ a mis en place un système d’appels téléphoniques auprès de leur clientèle.

« On appelle systématiquement tous nos clients, ajoute Mme Gauthier. En plus de s’informer de leur état de santé physique ou mentale, on leur offre de l’aide alimentaire allant des paniers des banques alimentaires à des cartes d’épicerie qui sont échangeables chez des supermarchés. »

La directrice de la protection de la jeunesse insiste aussi sur les services offerts au grand public en cette période difficile. Il n’est pas nécessaire d’être au sein du réseau ou suivi par une intervenante de la DPJ pour profiter de ces services.

« Toute personne qui ressent le besoin d’avoir de l’aide peut communiquer avec la ligne info-sociale en composant le 811 et faire l’option 2, explique Mme Nadeau. Au bout du fil, une intervenante en travail social pourra répondre à toutes vos questions et vous diriger vers les bons services. En cas d’urgence, on prendra tout de suite en main la personne en détresse. On ne veut surtout pas que des gens tombent entre les mailles de notre filet social. »

Sur le terrain, un groupe de 122 intervenants et intervenantes travaillent de concert. Des équipes sont réparties sur le territoire outaouais et, assure la directrice, aucun de ces professionnels n’a été testé positif à la COVID-19.

« J’aimerais que ces 122 personnes soient à l’œuvre, mais malheureusement il nous en manque quelques-uns, mais pour d’autres raisons que la COVID-19, confie Mme Nadeau. Il est bien évident que nous aimerions plus de ressources, comme dans tous les secteurs de la santé. Mais si j’ai les 122 intervenants en service, je suis satisfaite. Par contre, nous manquons cruellement d’intervenants anglophones ou bilingues. C’est une lacune que nous devons combler. Quoi qu’il en soit, je dois lever mon chapeau à notre équipe d’intervention sur le terrain qui fait un travail admirable dans les circonstances. Chacun a redoublé d’efforts pour ajuster et améliorer nos pratiques afin de les adapter aux consignes ministérielles. Je suis très fière de nos équipes, autant sur le terrain qu’en institution. »