Le premier ministre François Legault en conférence de presse à Québec, mercredi
Le premier ministre François Legault en conférence de presse à Québec, mercredi

L’armée arrive et école facultative [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
L’école ne sera pas obligatoire d’ici la fin de l’année scolaire, fin juin. Voilà un morceau du plan de déconfinement du Québec que dévoilera François Legault la semaine prochaine, stratégie qui s’étalera jusqu’en septembre. «Mais il est possible qu’on parle encore de coronavirus en 2021 ou même jusqu’en 2022», reconnaît Horacio Arruda.

Le premier ministre n’a pas attendu aussi longtemps pour finalement demander une aide significative de l’armée canadienne. Mercredi, après avoir calculé qu’il manque encore 1000 travailleurs dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) du Québec, M. Legault a fait appel à 1000 soldats pour venir prêter main-forte.

«Ce n’est pas des personnes qui ont une formation médicale. [...] Ce n’est pas idéal, mais en même temps, ça va beaucoup nous aider à avoir des paires de bras additionnelles pour faire des tâches qui sont moins médicales», a affirmé le premier ministre, lors de son point de presse quotidien en compagnie de Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec, et de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

Mardi, pourtant, M. Legault se réjouissait d’enfin avoir trouvé la moitié des 2000 personnes manquantes à temps plein et se montrait persuadé de régler l’autre moitié avant mercredi soir. Ce qu’il a fait, mais pas comme prévu. Des 2000 médecins spécialistes ayant levé la main la semaine passée, seulement 350 sont à œuvrer en CHSLD.

La semaine passée, le gouvernement du Québec avait déjà fait appel aux Forces armées, mais juste aux membres dotés d’une formation médicale. Ils sont 65 sur le terrain et 65 devraient suivre.

93 nouveaux décès

Pendant que le premier ministre cherche du renfort pour les CHSLD, les morts s’accumulent. Avec 93 décès de mardi à mercredi, le Québec a perdu 1134 citoyens aux mains de la COVID-19. Au rythme moyen de 92 trépassés par jour depuis une semaine.

Les cas confirmés s’élèvent à 20 965.

Les principaux foyers de COVID-19 restent les milieux d’hébergement pour aînés. On y retrouve un cas confirmé sur cinq (22 %), mais quatre décès sur cinq (80 %) impliquent des personnes qui logeaient dans les CHSLD (704/62 %), les résidences privées pour aînés (RPA/194/17 %) ou les ressources intermédiaires (RI/15/1,3 %). Ceux qui habitaient à la maison ne représentent plus que 12 % (139) des morts.

Sur 2600 CHSLD, RPA et RI au Québec, le nombre d’endroits à problème est passé de 40 la semaine dernière, à 80 mardi et maintenant 85, mercredi. Plus du quart des résidents sont infectés dans 58 lieux d’hébergement pour aînés et dans 27 autres, entre 15 et 25 % sont touchés.

Sauf Montréal et Laval

Sauf qu’ailleurs, ça ne va pas si mal. Et le monde trouve le temps long. Ce qui a convaincu le premier ministre Legault d’ouvrir un peu son jeu, mercredi.

«On vit actuellement, au Québec, comme s’il y avait deux mondes», a-t-il expliqué, circonscrivant géographiquement le problème aux îles de Montréal et de Laval, où ont eu lieu 74 % des décès.

«Quand on regarde l’ensemble des autres régions du Québec, la situation est pas mal stable. C’est pour ça qu’on a continué nos discussions pour déposer, la semaine prochaine, un plan de réouverture graduelle des écoles et des entreprises. Je veux déjà rassurer les parents. On va s’assurer que les parents qui ne veulent pas envoyer leurs enfants à l’école ne seront pas obligés», a-t-il révélé, ajoutant que des mesures de «rattrapage» seront mises en œuvre pour ces jeunes-là en vue de la rentrée de septembre.

Les enseignants ne seront peut-être pas tous obligés de rentrer en classe non plus. «On ne s’organisera pas pour exposer des professeurs ou des gens en garderie qui ont des problèmes de santé ou qui ont un certain âge», a rassuré le Dr Arruda.

Des syndicats demandent déjà de voir ce plan pour y participer. La Fédération autonome de l’enseignement argue que 20 % de ses 45 000 enseignantes et enseignants ont plus de 55 ans. Surtout que le ministère de l’Éducation a mis sur pied 14 comités en vue de la réouverture des écoles et que leur rapport est demandé pour le début mai.

Le masque bientôt obligatoire?

«On va évidemment y aller de façon graduelle en commençant par les régions où la situation est très stable», s’est aussi avancé M. Legault.

Un coin comme le Bas-Saint-Laurent, où l’on n’a détecté que 34 cas et dont 29 sont guéris. Par contre, comme l’immunité de groupe y sera faible, l’idée de confiner plus longtemps les personnes à risque, par exemple les gens de 70 ans et plus, comptera sans doute parmi les stratégies.

Le port du masque obligatoire dans les lieux où une distance de séparation de deux mètres n’est pas possible pourrait aussi faire partie de l’arsenal gouvernemental au temps du déconfinement, a reconnu le Dr Arruda.

Même dans les écoles. «Si on rouvre les écoles, ça va se faire avec des façons de travailler très différentes. On ne sera pas comme l’école d’avant. La distanciation sociale va devoir être, quelque part, respectée. Si elle n’est pas respectée, il y aura des masques qui seront utilisés comme tels.»

Le plan de déconfinement s’étale jusqu’en septembre pour la majorité des activités, mais pas toutes. «Toute la question qui reste, ce sont les rassemblements, les activités culturelles, sportives. Ça, est-ce que ça ira en 2021? Ce n’est pas impossible», a laissé tomber M. Legault.

Si la première bataille achève, la guerre est loin d’être finie. «Tant qu’on n’aura pas un vaccin sécuritaire, tant qu’on n’aura pas un traitement comme tel, c’est clair que ce virus-là va probablement revenir. Et c’est pour ça que notre plan de match va être à regarder. À mesure qu’on aura des nouvelles connaissances, on verra aussi comment on va agir. Mais il est possible qu’on parle encore de coronavirus en 2021, malheureusement, ou même jusqu’en 2022», constate le Dr Arruda.