Le président d'InnovaTools, Alexandre Cloutier
Le président d'InnovaTools, Alexandre Cloutier

InnovaTools: De la fabrication d’outils de construction à celle d’équipement médical

Une entreprise d’Ottawa a vu son mandat être redéfini complètement lorsque la COVID-19 a frappé le pays en mars dernier. Depuis deux semaines, InnovaTools, une compagnie qui se spécialise dans le développement d’outils de construction, a décidé de mettre son savoir-faire à l’épreuve afin de confectionner certains types d’équipement médical afin d’aider les travailleurs de première ligne.

Visières, bracelets et masques font notamment partie des produits sur lesquels l’entreprise présidée par Alexandre Cloutier travaille.

« À la base, on fait des produits très spécialisés comme des truelles ajustables à rayon par exemple. Mais disons qu’avec tout ce qui arrive présentement, les gens ne pensent pas vraiment à acheter ces produits-là… Surtout quand tous les chantiers sont fermés, indique-t-il au bout du fil lorsque contacté par Le Droit. Quand les premiers ministres ont mentionné qu’ils cherchaient de l’équipement médical, on s’est dit qu’on pourrait utiliser notre savoir-faire pour aider la situation générale. C’est là qu’on a commencé à travailler sur un premier prototype de visière. »

« Notre premier concept avait été créé sans qu’on soit trop au courant des besoins médicaux et des connaissances médicales, poursuit l’entrepreneur. C’est vraiment ça qui est le plus difficile pour nous. On veut aider et on a ce qu’il faut pour, mais on n’a pas nécessairement les connaissances et les prérequis pour le milieu de la santé. »

L’entreprise a donc commencé à avoir des discussions avec des docteurs dans différents hôpitaux au Québec et en Ontario, notamment avec le CHU de Québec et l’Institut de recherche de l’Hôpital Montfort.

« On leur offre des solutions et eux, nous donnent du feedback sur ces dernières, explique Alexandre Cloutier. Une fois qu’on a quelqu’un pour nous guider et nous dire ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ça nous permet vraiment d’aller rapidement pour pousser le développement du produit. »


« On devrait être capable de sortir des quantités de 15 000 à 30 000 unités par semaine de visières pour les semaines à venir. »
Alexandre Cloutier

Un hôpital américain a également fait part d’une recommandation à l’équipe d’InnovaTools en lien avec les visières.

« Des docteurs américains nous ont dit qu’ils commençaient à croire que les oreilles devaient aussi être protégées, dit-il. On a donc ajusté notre visière selon cette recommandation. À ma connaissance, c’est la seule visière qui offre cette protection-là sur le marché. »

Et cette visière est « réutilisable », assure du même souffle M. Cloutier.

« Ça peut permettre aux hôpitaux de devenir autosuffisants par rapport à ce produit-là parce qu’on peut désinfecter le produit sans problème. »

Le président d’InnovaTools mentionne d’ailleurs que du matériel pour 20 000 visières supplémentaires « devrait rentrer à la fin de la semaine ».

« On a aussi commandé d’autres matériels pour 100 000 autres unités, ajoute-t-il. On devrait être capable de sortir des quantités de 15 000 à 30 000 unités par semaine de visières pour les semaines à venir. »

Des bracelets préventifs

À part des visières, InnovaTools a également commencé à faire des prototypes « fonctionnels » de bracelets préventifs. Le fonctionnement de ces derniers est bien simple. Lorsqu’on le porte et qu’on s’approche les mains du visage, le bracelet vibre en signe d’avertissement.

« C’est très subtil », lance Alexandre Cloutier.

Un bracelet préventif d'InnovaTools

L’entrepreneur mentionne cependant qu’il ne s’agit pas d’un équipement de « protection ».

« On voit ça plus comme un outil que comme une garantie de ne pas contracter le virus, nuance-t-il. C’est le genre de chose qui pourrait être utile par exemple lorsqu’on va faire l’épicerie, mais pas nécessairement lorsqu’on est isolé à la maison. Il faut utiliser ça comme un rappel de ne pas se toucher le visage plus qu’autre chose. »

Et d’où provient cette idée ?

« Ça m’est venu quand j’écoutais les nouvelles, raconte M. Cloutier. Une dame du gouvernement américain parlait pour mettre en garde les gens à ne pas se toucher leur visage, puis à la fin de son allocution, elle a mis un doigt dans sa bouche pour mettre un peu de salive sur celui-ci afin de tourner une page. J’ai trouvé ça un peu comique parce que c’est quelque chose qu’on ne se rend pas compte qu’on fait même si on en parle abondamment. »

Les bracelets pourraient être mis en vente d’ici deux semaines sur le site web de l’entreprise.

Quant aux masques de procédure, Alexandre Cloutier affirme «qu'on est en train de travailler sur une solution pour remplacer les fameux masques N95.»

«Nous sommes conscients que cet équipement doit être testé et certifié avant d'être mis en production, poursuit-il. Si nous pouvions bénéficier de l'expertise d'un professionnel dans ce domaine nous pourrions répondre rapidement à la pénurie actuelle.»