La distanciation physique était de rigueur lors de la reprise parlementaire à l’Assemblée nationale, mercredi.  
La distanciation physique était de rigueur lors de la reprise parlementaire à l’Assemblée nationale, mercredi.  

Il manque de masques au Québec pour les rendre obligatoires, dit Legault

C’est le manque de masques qui fait en sorte que Québec ne rend pas son port obligatoire, notamment dans les transports en commun, a reconnu François Legault, mercredi.

Le premier ministre répondait en Chambre au chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, qui réclame le port obligatoire du masque dans les lieux publics et les transports en commun à Montréal.

«Si (...) on a assez de masques pour être capable d’en donner à tous ceux qui utilisent le transport en commun, bien là on pourra avoir la discussion», a déclaré M. Legault, après avoir d’abord évoqué des raisons légales.

Plus tard, entouré du Dr Horacio Arruda et de la ministre de la Santé, Danielle McCann, M. Legault a indiqué que le Québec aurait besoin de plusieurs dizaines de millions de masques afin de les rendre obligatoires.

Il a notamment cité le cas du métro de Montréal, où habituellement 500 000 personnes s’y retrouvent quotidiennement. Il serait impossible pour l’instant de leur en fournir, a-t-il dit.

Les autorités font valoir que c’est une question d’équité; les plus démunis n’ont pas nécessairement les moyens de se procurer un masque ou de s’en fabriquer un.

Le premier ministre a ajouté que le gouvernement était en discussion avec des compagnies québécoises pour la fabrication de dizaines de millions de masques de qualité, mais que cela prendra plusieurs semaines.

La direction de la santé publique devra aussi recommander le port obligatoire du masque, ce qu’elle n’a pas encore fait, a-t-il précisé.

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À la demande du premier ministre François Legault, le drapeau du Quebec a été mis en berne sur la tour centrale du Parlement, mercredi.

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60 % des décès

Mercredi marquait un retour graduel en Chambre pour les députés québécois.

Si les partis d’opposition ont salué le travail du gouvernement Legault, ils n’ont pas tardé à soulever plusieurs questions sur son plan de déconfinement et sa stratégie de dépistage.

M. Bérubé a noté que le Québec, qui représente 23 % de la population canadienne, compte à présent 60 % des décès liés à la COVID-19.

Or, malgré cela, le Québec est le plus pressé à déconfiner, a-t-il souligné, en ajoutant que le déconfinement dans ce contexte lui apparaissait «téméraire».

Le chef péquiste a exhorté le gouvernement à imiter l’État de New York et présenter des critères «objectifs, chiffrés et mesurables» en vue du déconfinement, qui est prévu pour le 25 mai à Montréal.

Il a indiqué que New York exigeait par exemple une diminution des décès pendant 14 jours, 30 % des lits d’hôpitaux disponibles, 90 jours de réserves d’équipement de protection pour les travailleurs de la santé, etc.

«Comment se fait-il qu’au Québec, une des sociétés les plus affectées au monde par le coronavirus, on n’a aucune idée de quelconque critère objectif, chiffré et mesurable pour guider la décision de déconfiner ou non, particulièrement pour Montréal?» s’est insurgé Pascal Bérubé.

Soulignant que la crise dans les CHSLD est loin d’être réglée, Québec solidaire (QS) s’est quant à lui montré particulièrement sévère à l’endroit de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais.

Le co-porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, a appelé Mme Blais à «se ressaisir» et à rendre public un calendrier de dépistage pour le personnel en CHSLD. Il n’a pas obtenu de dates.

Pour sa part, le député libéral André Fortin dit avoir l’impression que le gouvernement «y va comme il le sent».

Il s’offusque que le personnel de la santé se déplace encore d’un étage à un autre, et déplore que les Québécois soient dans «le noir le plus total sur ce qui se passe dans les CHSLD».

«On a des récits à faire pleurer, mais aucune donnée sur ce qui se passe dans ces résidences-là. Le gouvernement n’est pas en contrôle. Pourquoi il procède quand même avec le déconfinement?» a-t-il demandé.

Le premier ministre a indiqué plus tard en conférence de presse que le Québec compte désormais 5139 personnes âgées vivant en résidence infectées par le coronavirus, dont la moitié (2949) sont en CHSLD.

Actuellement, 332 résidences pour aînés (dont le tiers sont des CHSLD) abritent au moins une personne âgée atteinte de la COVID-19, a-t-il affirmé.

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La nouvelle cheffe de l’opposition officielle Dominique Anglade est applaudie par ses collègues à l’Assemblée nationale, mercredi matin.  

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Premier duel sans hostilité entre Legault et Anglade

Le premier affrontement entre le premier ministre François Legault et la nouvelle cheffe de l'opposition officielle, Dominique Anglade, n'a donné lieu à aucune passe d'armes, mercredi.

Pour sa première période de questions à l'Assemblée nationale dans ses fonctions de cheffe de parti, Mme Anglade a plutôt choisi d'adopter un ton posé, en demandant au premier ministre pourquoi le Québec était frappé plus durement que les autres provinces du pays par la pandémie de COVID-19.

Sur le même ton, le premier ministre Legault a réaffirmé que le gouvernement était mal préparé à gérer la situation dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), où surviennent la plupart des décès attribuables au virus. Il a promis une fois de plus une réforme majeure des CHSLD.

Exceptionnellement, la reprise des travaux parlementaires, après une éclipse de deux mois, a donné lieu à deux périodes de questions, mercredi matin.

Le premier ministre était absent de la deuxième.

Dans ses questions, Mme Anglade a aussi réclamé plus de transparence dans les critères retenus par le gouvernement pour procéder au déconfinement du Québec.

La prochaine période de questions aura lieu le 26 mai. Le Parlement fait relâche la semaine prochaine.

En conférence de presse par la suite, sa première en tant que cheffe de parti, Mme Anglade a observé qu'on devrait revoir le modèle d'intervention gouvernementale auprès des personnes âgées, en privilégiant les soins à domicile plutôt que les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), de même que la construction de maisons des aînés, projet cher au gouvernement Legault.

«Au lieu d'investir dans le béton, je pense qu'on doit investir dans les relations», a fait valoir la cheffe de l'opposition officielle.

Les priorités «vont devoir être revues», et le gouvernement devra prendre du recul en misant «sur ce qui va réellement faire une différence», à la lumière de la crise sanitaire qui secoue le Québec, selon Mme Anglade.

Dans son esprit, donc, à compter de maintenant, tous les projets du gouvernement «doivent être réévalués».

Un Salon bleu minimaliste

Pour respecter les règles de distanciation, un nombre limité de parlementaires peut désormais siéger en même temps au Salon bleu, dont seulement une vingtaine d'élus de l'équipe gouvernementale.

Au total, le Salon bleu ne peut contenir que 36 des 125 députés à la fois, d'ici la fin de la session parlementaire, le 12 juin.

Au lendemain de la recommandation du premier ministre de porter un masque dans les lieux publics, aucun député n'en portait un au Salon bleu mercredi, même ceux qui n'avaient pas à prendre la parole.

Cependant, dans les corridors du parlement, la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, se promenait masquée. Elle a mis une photo d'elle sur Twitter avec l'inscription suivante: «Ne prenez pas de chance. Faites comme moi. Portez le masque.»

Quelques autres élus en portaient un au moment d'entrer au Salon bleu.

Plus tôt, les leaders des trois partis d'opposition ont reproché au gouvernement de ne pas garantir la présence en Chambre des ministres les plus directement touchés par la crise sanitaire, au cours des prochaines semaines de travaux parlementaires.

Le leader parlementaire de l'opposition officielle, le libéral Marc Tanguay, a insisté pour affirmer qu'il était essentiel dans ce nouveau contexte que les ministres touchés de près par la gestion de la crise sanitaire (Santé, Éducation, Famille, Aînés) soient présents en Chambre chaque jour pour rendre des comptes.

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a renchéri pour soutenir que c'était une question de «fair-play». Le gouvernement ne doit pas se servir des règles de distanciation comme prétexte pour soustraire certains ministres à leur obligation de rendre des comptes, a-t-il fait valoir.

«Il va manquer des joueurs importants» pour répondre aux questions de l'opposition, a ajouté le leader parlementaire de l'équipe péquiste, le député Martin Ouellet.