Il est difficile de prévoir les réactions des tout-petits face à cette pandémie qui bouscule nos vies.
Il est difficile de prévoir les réactions des tout-petits face à cette pandémie qui bouscule nos vies.

Gérer l'anxiété chez les enfants durant la crise actuelle

Nul doute que la crise de la COVID-19 est venue chambouler de A à Z le quotidien de tout le monde, y compris des enfants, qui du jour au lendemain n’ont pu remettre le pied à la garderie ou à l’école. Et comme les adultes, leur niveau de stress et d’anxiété est susceptible d’avoir grimpé depuis un mois.

S’il est difficile de prévoir les réactions des tout-petits face à cette pandémie qui bouscule nos vies, outre le fait que chaque enfant a sa propre personnalité et son propre tempérament, reste qu’au final, leur réaction dépend beaucoup de celle de leurs parents.

« Ils sont comme de petites éponges, il faut faire attention à notre propre anxiété comme parent, être attentif à nos propres émotions, car ils vont gober ça, ils vont se mouler à ce qu’on vit comme sentiments. Il faut essayer d’avoir des façons saines de gérer notre stress. Et si on se sent submergé comme parent, on doit en parler à quelqu’un et aussi poser ses limites en prenant du temps pour soi, par exemple en faisant du sport. On doit l’expliquer à l’enfant. Car, si on angoisse sans cesse et qu’on est toujours rivé à notre écran (pour les nouvelles), c’est ce qu’il apprendra à faire aussi », note Geneviève Piché, professeure au Département de psychoéducation et de psychologie à l’Université du Québec en Outaouais.

Même pour les enfants, le stress n’est pas nécessairement négatif, indique quant à elle la psychologue Marie-Ève Beaudoin.

« C’est une réponse adaptative à une situation qui pourrait être dangereuse, alors il est normal que le niveau de stress augmente. Quatre éléments sont réunis : la nouveauté, soit de ne jamais avoir été confronté à une telle situation ; l’imprévisibilité ; quand on sent que l’on n’a pas beaucoup de contrôle et lorsqu’on sent que ça pourrait menacer notre personne à la fois au niveau physique ou émotionnel. En ce moment, tous ces éléments sont présents, alors on veut être plus vigilant pour prendre les bonnes décisions. Le stress va nous permettre de faire ça. Ce qu’il faut voir, c’est si le stress devient trop haut et nuit à notre fonctionnement. On tombe alors dans le spectre de l’anxiété », dit-elle.

La psychologue Marie-Ève Beaudoin

Selon l’âge de l’enfant, le stress peut se manifester sous différentes formes, de l’altération des comportements par rapport à la normale aux troubles de sommeil en passant par des peurs qui semblent être apparues subitement, des maux de ventre, une grande irritabilité, le faible intérêt pour jouer ou encore des crises de colère.

« Il faut voir jusqu’à quel point leurs habitudes ont changé. Le meilleur truc, ce qu’il faut retenir, c’est que l’enfant ne va pas nécessairement nous le dire, il faut être à l’affût des signes. Je suggère aussi de poser des questions, par exemple : comment tu trouves ça qu’on soit tous ensemble à la maison ? On peut aussi lui demander de dessiner le coronavirus ou ce que représente pour lui une journée à la maison, pour mieux saisir comment il se situe dans la situation actuelle », explique Mme Piché.


« Ils sont comme de petites éponges, il faut faire attention à notre propre anxiété comme parent, être attentif à nos propres émotions, car ils vont gober ça, ils vont se mouler à ce qu’on vit comme sentiments. »
Geneviève Piché, professeure au Département de psychoéducation et de psychologie à l’Université du Québec en Outaouais

Pour les enfants un peu plus âgés, par exemple les 9 ans et plus, c’est souvent plus facile de verbaliser, enchaîne Marie-Ève Beaudoin, qui précise que ce qu’elle observe dans ses consultations, ce n’est pas tant des inquiétudes face au coronavirus que des inquiétudes par rapport au confinement qui se prolonge.

« Il y a les conséquences de tout ça qui deviennent des stresseurs. Le fait d’être toujours à proximité des parents, les conflits, le manque d’activités, le stress financier. Plus le temps avancera, plus de telles problématiques vont apparaître. Les prochaines semaines seront cruciales », affirme-t-elle.

Geneviève Piché y va de sa propre suggestion pour discuter avec les adolescents de la crise qui nous secoue.

« Je pense qu’il faut en discuter de façon plus libre et en profiter pour faire des ponts avec leurs apprentissages dans des matières comme les sciences, l’histoire, les mathématiques. On peut aussi les aider à développer leur esprit critique à travers leurs questionnements. Il faut en parler, car s’il se fait ses propres réponses, se les créent, il peut s’imaginer des scénarios catastrophiques. Vaut mieux avoir la bonne information », dit-elle.

Indiquant que les enfants qui sont d’ores et déjà anxieux au quotidien auront souvent tendance à vouloir tout savoir dans les moindres détails, Mme Beaudoin conseille aux parents de filtrer l’information qui vient aux oreilles des enfants par le biais des médias.

« Ils ont tous une résistance au stress qui est différente. Le danger, c’est qu’avec les nouvelles qui sont en boucle, ils peuvent tout interpréter à leur façon et ça peut créer encore plus de stress. Il faut tracer ses limites, car trop c’est comme pas assez. La vie ne tourne pas uniquement autour de ça », lance la spécialiste, qui ajoute que l’on doit malgré tout répondre aux questions « le plus honnêtement possible avec des mots adaptés, car l’enfant va souvent se contenter d’une réponse simple ».

Et au fait, alors que l’incertitude plane quant à la réouverture des écoles et garderies, qu’est-il préférable de dire aux enfants, en particulier les plus jeunes ?

« On peut leur expliquer que papa et maman aimeraient beaucoup leur dire, qu’on comprend qu’ils s’ennuient, mais que personne ne sait vraiment ce qui adviendra, qu’on doit patienter. Autrement, l’enfant va toujours revenir avec des questions et va avoir de faux espoirs. On peut faire des activités avec eux comme écrire une lettre ou envoyer une vidéo, surtout pour les tout-petits ou les élèves qui sont en maternelle ou première année, pour qui la notion du temps est vague. Ça permet ainsi de conserver un lien, car ce qui est dur pour eux, c’est le manque de lien avec l’adulte significatif qu’est l’enseignant ou l’éducatrice », de dire Mme Beaudoin.