En direct de son salon, François Paradis reste en contact avec ses équipes et ses proches. Le président de l’Assemblée nationale et député de Lévis s’est même permis de publier une vidéo d’encouragement d’une minute sur sa page Facebook, mardi.
En direct de son salon, François Paradis reste en contact avec ses équipes et ses proches. Le président de l’Assemblée nationale et député de Lévis s’est même permis de publier une vidéo d’encouragement d’une minute sur sa page Facebook, mardi.

François Paradis: un président en confinement, les yeux dans les yeux

Le parlement a beau être fermé depuis près de trois semaines, le président de l’Assemblée nationale ne passe pas ses journées en pyjama à regarder ses anciens collègues à la télé, en attendant le retour à la normale. Tout le contraire.

«J’aurais été partie prenante de la situation dans ma carrière précédente. Maintenant, je relaie l’information que je reçois d’une autre façon, mais encore avec une volonté de bien communiquer et d’être transparent dans ce qu’on fait et ce qu’on dit», a affirmé François Paradis au Soleil, cette semaine, joint à son domicile où il observe les consignes de confinement.

Après une carrière médiatique de plus de 35 ans, surtout à la barre d’émissions d’affaires publiques et de bulletins d’information, M. Paradis est devenu député de la circonscription provinciale de Lévis pour la Coalition avenir Québec, en 2014. Aux dernières élections, il a accédé à la prestigieuse fonction de président de l’Assemblée nationale du Québec.

Reconnu comme un homme du peuple, l’animateur devenu politicien continue d’être interpellé dans la rue par les citoyens, même en ces temps d’espacement individuel.

«Je vais prendre une marche et les gens m’abordent : “Heille, François! C’est-tu correct, la distance qu’on a?” Il y a toujours cette proximité-là qui est fascinante et que je prends comme un beau témoignage de confiance», confirme-t-il, parlant d’«un privilège».

Même si le premier ministre François Legault et ses principaux ministres occupent toute l’avant-scène politique depuis le début de la crise du coronavirus, M. Paradis garantit que les 125 députés sont à pied d’œuvre dans leur circonscription partout au Québec. Et les batailles partisanes sont laissées de côté.

Au temps du choléra

Le mardi 17 mars, à 10h43, M. Paradis a posé un geste historique en suspendant les travaux parlementaires pour des raisons de santé publique.

Du jamais vu depuis l’épidémie de choléra de 1852 et 1853. Il y a 167 ans! C’était avant la Confédération, période où le parlement de la Province du Canada, aussi appelé le Canada-Uni, siégeait à Québec.

À l’époque, le parlement avait fermé ses portes pendant trois mois, du 10 novembre 1852 au 14 février 1853. Moins de deux semaines plus tôt, le 29 octobre, le député de Standstead, Hazard Bailey Terrill, avait succombé au choléra. Il avait 40 ans.

«On peut y aller de projections, d’hypothèses, mais la suspension des travaux, pour tout le monde qui était là, c’est du jamais vu, c’est du pas vécu!» s’exclame M. Paradis.

«L’histoire nous rappellera que le choléra a déjà forcé nos prédécesseurs à poser un geste semblable. Mais on est tous dans cet environnement de nouveauté qui nous force à changer nos habitudes, à penser différemment. On est rendu là.

«Et la particularité, dans tout ça, c’est que tout le monde se demande : qu’est-ce que l’avenir nous réserve? On doit rester porteur d’espoir. Mais chaque jour nous amène de nouvelles décisions, de nouveaux questionnements, ne nouvelles réalités.»

Se regarder dans les yeux

Situation qui provoque des angoisses chez tout le monde.

«C’est important de maintenir les contacts. Pour le travail, oui, pour continuer d’avancer. Mais aussi être capable de se voir le visage un peu, de se regarder dans les yeux à l’occasion, de se servir de la technologie pour faire ça. Faut aussi qu’on sente qu’il y a du monde autour de nous.

«Je privilégie beaucoup les visioconférences avec mes équipes. Qu’on puisse déceler dans les yeux de quelqu’un comment ça file, comment ça va, l’inquiétude. Il ne faut pas perdre ces contacts-là! Je dis ça pour mon boulot, mais je le dis ça aussi pour ma vie en général. Donnons-nous quand même l’occasion de se regarder de temps en temps et je pense que la technologie nous permet de le faire maintenant», poursuit-il.

Côté boulot, justement, il n’en manque pas.

«Deux fois par semaine, on tient une rencontre en visioconférence avec les whips des partis représentés à l’Assemblée nationale. On met sur la table les préoccupations des députés, comment on peut aider davantage les organismes, qu’est-ce qu’on fait avec un cas de citoyen, comment on voit la situation évoluer dans les différentes circonscriptions», explique-t-il, vantant la collaboration transpartisane indéfectible.

Le budget discrétionnaire des députés a été doublé par le gouvernement, cette semaine, passant de 10 à 20 millions $ répartis entre les 125 élus.

«Nos 125 députés, de tous les partis politiques, connaissent bien leurs citoyens. Ce que je dis aux députés : il faut s’occuper de notre monde», a dit le premier ministre Legault, mercredi, en conférence de presse.

«La démocratie s’adapte»

L’ajournement des travaux à l’Assemblée nationale laisse croire à un possible effacement temporaire de notre démocratie parlementaire. La date de retour d’abord prévue le 21 avril sera assurément repoussée.

Le président rappelle que pour maintenir cette motion d’ajournement, il devra recevoir un avis de chacun des quatre leaders parlementaires pour confirmer que tout le monde adhère à cette prolongation, soit la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois. 

«Les parlementaires sont en contact avec les ministres et l’administration gouvernementale pour les sensibiliser et tenter de trouver des solutions aux problèmes de leurs commettants. Dans cette situation exceptionnelle, la démocratie s’adapte et les équilibres sont maintenus», rassure le président Paradis.