Avec 80 morts supplémentaires en 24 heures, la France a connu samedi le plus faible bilan quotidien depuis début avril.
Avec 80 morts supplémentaires en 24 heures, la France a connu samedi le plus faible bilan quotidien depuis début avril.

Europe: dernier jour de confinement, 4 millions de contaminés

PARIS — Plusieurs pays européens vivent dimanche leur dernier jour de confinement tout en redoutant une seconde vague de la pandémie de coronavirus, qui a infecté 4 millions de personnes et progresse inexorablement dans certaines parties du monde.

Quatre millions de contaminés en quatre mois, et surtout plus de 277 000 décès: c'est le lourd bilan de la maladie de la COVID-19 depuis son apparition fin décembre en Chine centrale, selon le comptage mondial réalisé par l'AFP à partir de sources officielles samedi soir. Et ces chiffres sans doute bien inférieurs à la réalité.

Parfois des résurgences inattendues conduisent à des mesures préventives fortes, comme le montre la fermeture jusqu'à nouvel ordre de tous les établissements nocturnes décrétée samedi soir par les autorités de Séoul.

Un jeune homme a contaminé des dizaines de personnes en fréquentant la fin de semaine dernière des établissements d'un quartier branché de la capitale de la Corée du Sud, pays souvent cité en modèle pour sa gestion de la crise sanitaire.

Cet exemple sera sans doute médité par certains pays européens parmi les plus touchés sur la planète. Le reflux continu de l'épidémie depuis plusieurs semaines permet d'y enclencher lundi la fin d'un confinement au coût économique astronomique: c'est le cas de l'Italie, l'Espagne et la France.

L'allègement des mesures en vigueur est très progressif, et différencié. En France, les restrictions seront davantage levées dans les départements «verts» que dans les «rouges». En Espagne, les deux principales villes, Madrid et Barcelone, resteront à l'écart de la nouvelle phase de déconfinement.

En Espagne, 179 personnes ont succombé à la COVID-19 dans les 24 dernières heures, soit 50 de moins que la veille. 

Ailleurs sur le Vieux Continent, on desserre certaines restrictions lundi en Belgique, Grèce, République tchèque, Croatie, Ukraine, Albanie, au Danemark et aux Pays-Bas, après la Turquie dès dimanche.

À l'opposé, la Russie répertorie officiellement quelque 10 000 nouveaux cas de COVID-19 chaque jour, et a dû renforcer son dispositif.

Manifestations en Suisse 

En Suisse, où le confinement a pourtant commencé à être allégé il y a deux semaines, des centaines de personnes ont manifesté devant le Parlement à Berne et dans d'autres villes, estimant que les restrictions en vigueur violent leurs droits fondamentaux.

Et le coronavirus a contraint la Russie à célébrer sans faste les 75 ans de la défaite des nazis.

Après les Champs-Elysées à Paris vendredi, la place Rouge est en effet à son tour, le lendemain, restée vide de défilé militaire.

Conséquence, c'est un président Vladimir Poutine esseulé qui a déposé une gerbe devant la tombe du Soldat inconnu.

Longtemps épargné, son pays compte officiellement quelque 10 000 nouveaux cas de COVID-19 par jour et a dû à son tour renforcer son dispositif pour tenter de freiner la pandémie partie de Chine fin 2019.

Gare au «second pic»

Le pays européen le plus endeuillé, et le deuxième au monde, reste le Royaume-Uni (au moins 31 000 morts). Son Premier ministre Boris Johnson, lui-même rescapé de la COVID-19, doit s'exprimer dimanche.

Mais seuls de légers assouplissements sont attendus, comme la réouverture des magasins de jardinage, ce passe-temps typique. Dans cette période angoissante, «les gens commencent à réaliser les avantages pour le bien-être mental» de ce loisir, note Jo Thompson, qui a remporté plusieurs prix horticoles.

Il est en revanche question d'introduire une quarantaine obligatoire de quatorze jours pour les voyageurs entrant au Royaume-Uni, ce qui suscite l'inquiétude d'un secteur aérien déjà fortement déstabilisé par la pandémie.

«Nous ne pouvons pas risquer un second pic» de contaminations, a prévenu M. Johnson samedi sur Twitter, appelant ses compatriotes à «continuer» leurs efforts.

«Second pic», ou deuxième vague: du fait de la grande contagiosité du coronavirus et en l'absence de tout traitement et vaccin, c'est la hantise de tous les pays qui se déverrouillent, même précautionneusement.

Par exemple en Allemagne, pays relativement épargné par l'épidémie et décadenassé avant les autres, mais où trois cantons dépassent actuellement le plafond fixé de 50 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants. La chancelière Angela Merkel et les régions sont convenus d'un mécanisme de reconfinement au niveau local si le nombre des cas repartait à la hausse.

La reprise normale des activités reste ainsi très fragile. L'Allemagne fut le premier pays européen à donner le feu vert pour rejouer au football, mais le Dynamo Dresde, équipe de 2e division, vient de se placer en quarantaine après la détection de deux cas de COVID-19.

«Il faut absolument» que les gens «appliquent les gestes barrière, c'est-à-dire qu'ils passent d'un confinement chez soi à un confinement sur soi, penser que soi-même on doit se protéger, on doit protéger les autres», prévient la virologue et ex-sous-directrice générale de l'OMS Marie-Paule Kieny, membre d'un comité d'expertise qui conseille le gouvernement français.