Alexandre Drouin vient de franchir le cap des 300 dons, un exploit rarissime pour son âge.
Alexandre Drouin vient de franchir le cap des 300 dons, un exploit rarissime pour son âge.

Donneur d’exception à 30 ans

La première chose que Alexandre Drouin a faite lorsqu’il a eu 18 ans n’a pas été de s’acheter légalement de la bière au dépanneur ou d’aller fêter avec ses amis dans un bar. Au lendemain de son anniversaire, il est allé donner du sang. Une idée, comme ça, que lui-même n’arrive pas à s’expliquer. Douze ans plus tard, il est un donneur plus que régulier. Il vient de franchir le cap des 300 dons, un exploit rarissime pour son âge.

Ce n’est pas la pandémie qui allait mettre un frein à son habitude. En fin d’après-midi, jeudi, il était à nouveau branché à une machine, au Centre Globule, la succursale de Héma-Québec dans le secteur Lebourgneuf. Alexandre en était à son 308e don. «Je commence à la connaître, la machine. Juste au son, je peux dire quand elle va s’arrêter», explique le jeune ingénieur civil, masque sur le visage.

Comme à plusieurs endroits publics, Héma-Québec a déployé à l’entrée de son centre de prélèvement plusieurs mesures pour éviter la contamination : questionnaire, prise de température, nettoyage des mains avec un gel désinfectant, masque de protection, manteaux et effets personnels dans un sac.

À l’intérieur, l’ambiance est zen. Presque toutes les chaises sont occupées. Accrochés au mur et au plafond, des écrans diffusent des images du point de presse du jour de François Legault. Au début de la pandémie, à la mi-mars, l’appel du premier ministre à la population pour qu’elle donne de son sang avait fait boule de neige, explique le superviseur Yvan Lemieux. Les lignes téléphoniques n’ont pas dérougi, le site Internet a été pris d’assaut.

La crise sanitaire a fait en sorte que personne ne peut dorénavant se présenter chez Globule à l’improviste pour donner de son sang. Il ne fallait pas se retrouver à être incapable de faire respecter les normes de distanciation physique. «On fonctionne uniquement par rendez-vous, mais c’est toujours plein», déclare M. Lemieux.

Une trentaine de personnes se présentent chaque jour chez Globule Lebourgneuf. Héma-Québec évalue à un millier le nombre de dons quotidiens nécessaires pour répondre aux besoins des hôpitaux de la province.

Réalisation exceptionnelle

Alors qu’il était étudiant au cégep de Sainte-Foy, Alexandre donnait l’intégralité de son sang. Il lui fallait attendre 56 jours avant de recommencer. C’était trop long à son goût. Aussi a-t-il décidé de faire des dons par aphérèse. Le sang est prélevé par la machine qui récupère uniquement les composants sanguins requis, en l’occurrence le plasma et les plaquettes. Après chaque séance, il repart avec ses globules rouges, heureux à l’idée de pouvoir revenir deux semaines plus tard.

Alexandre ne peut dire d’où vient ce besoin de poser ce geste philanthropique aussi souvent. «La première fois, je suis allé chez Globule, à Place Laurier. Depuis ce temps-là, j’ai pas arrêté. Ça m’a interpellé, je ne sais pas pourquoi. C’est pas que j’aime me faire piquer. Je n’ai jamais reçu de dons de sang de ma vie, personne dans ma famille non plus.»

«J’ai la santé et le temps de le faire. Si je voyageais beaucoup, je perdrais le beat de donner, parce que les donneurs sont soumis à des restrictions à leur retour. Mais disons que je ne vais pas aux Philippines chaque année...» dit-il, en pressant régulièrement dans sa main gauche une goutte de sang en caoutchouc spongieux, question d’activer les veines et les artères de son bras.

Héma-Québec se félicite «de la chance» de pouvoir compter sur un donneur aussi assidu. «Un donneur de 30 ans qui a plus de 300 dons, c’est vraiment exceptionnel, souligne en entrevue téléphonique un porte-parole, Laurent-Paul Ménard. On a de grands donneurs qui ont cumulé un nombre plus élevé de dons, mais ils ont le double de l’âge d’Alexandre. À un si jeune âge, atteindre un objectif comme celui-là, ce n’est vraiment pas commun. Il fait partie de ces donneurs qui font du don de sang une cause dans laquelle ils s’investissent.»

Au nom du père et du fils

L’engouement d’Alexandre pour le don de sang a fait des petits autour de lui, tant dans son milieu de travail que chez ses proches. Son père a décidé de l’imiter. Devenu un habitué de Héma-Québec, il compte à ce jour 75 dons de plasma sanguin. Il vient chaque semaine chez Globule. «C’est la personne dont je suis le plus fier d’avoir intéressée à cette cause.»

Pas de chance, aucune place n’était disponible pour le paternel en ce jeudi après-midi. Une photo dans Le Soleil aurait frappé l’imagination : le père et le fils, côte à côte, unis par les liens d’un sang dont ils ont gracieusement décidé de faire don à autrui.

Alexandre ne voit pas le jour où il va arrêter ses visites chez Globule. Grosso modo, on évalue à quelques dizaines le nombre d’âmes charitables qui ont atteint le cap du millier de dons dans la région de Québec. «Je vais continuer tant que je vais pouvoir.»