Malgré les directives claires du gouvernement, des travailleuses de CPE dont la santé est fragile ou qui ont des proches vulnérables se voient forcées d’être présentes sur le terrain, auprès des enfants, sans quoi elles s’exposent à une perte de salaire.
Malgré les directives claires du gouvernement, des travailleuses de CPE dont la santé est fragile ou qui ont des proches vulnérables se voient forcées d’être présentes sur le terrain, auprès des enfants, sans quoi elles s’exposent à une perte de salaire.

Des éducatrices vulnérables forcées de travailler dans les CPE

Malgré les directives claires du gouvernement, des travailleuses de CPE dont la santé est fragile ou qui ont des proches vulnérables se voient forcées d’être présentes sur le terrain, auprès des enfants, sans quoi elles s’exposent à une perte de salaire.

«Depuis le début de cette crise-là, le premier ministre dit qu’il faut faire attention à nos personnes vulnérables. Depuis le début, le ministère de la Famille a donné comme recommandation à l’ensemble des employeurs de maintenir ces personnes-là en-dehors des CPE. Elles peuvent faire du télétravail, mais pas du travail plancher», rappelle en entrevue Louise Labrie, représentante du secteur des CPE à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Or voilà, «plusieurs associations d’employeurs dans la région de Québec et dans plusieurs autres régions de la province ont décidé qu’elles ne respecteraient pas la demande du ministère», dénonce Mme Labrie. Selon elle, ces employeurs invoqueraient leur «droit de gérance». 

«La justification qu’ils donnent à ça, c’est que les travailleuses qui ne sont pas exclues du travail plancher auraient l’impression que c’est une injustice [de devoir se présenter sur le plancher alors que d’autres en sont exemptées]. Pour eux, c’est une façon de régler les injustices», explique la représentante syndicale.

Ces employeurs auraient donc décidé que toutes les travailleuses devaient faire du travail «plancher». «Ils ont décidé que tout le monde allait devoir se présenter à un moment ou à un autre. Et si elles ne se présentent pas, soit elles vont être en sans solde, soit l’employeur va piger dans leur banque de maladies ou dans leur banque de vacances», résume la représentante des CPE à la FSSS-CSN.

«Les employeurs se disent très souples parce que si les travailleuses [qui ont une maladie chronique ou dont un proche est vulnérable] ne veulent pas se présenter, elles vont pouvoir piger dans leur banque de maladies ou de vacances, ou avoir un congé sans solde sans mesure disciplinaire! Pour eux, c’est ça la souplesse qu’ils ont décidé d’avoir avec ces travailleuses-là», s’indigne Louise Labrie. 

Pourtant, insiste-t-elle, les CPE ont le financement pour rémunérer et garder à l’emploi toutes leurs travailleuses. «Le ministère a confirmé que si le financement n’était pas donné pour la rémunération des travailleuses, les employeurs n’allaient pas pouvoir garder ça dans leurs poches, il va y avoir de la reddition de comptes qui va être faite», signale-t-elle.

La semaine dernière, les représentants syndicaux auraient eu une conférence téléphonique à ce sujet avec le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. «Il était très choqué de la situation, mais au-delà d’être choqué, ce qu’on constate, c’est qu’il n’y a pas d’intervention qui est faite pour obliger ces employeurs-là à se conformer», déplore Mme Labrie.

«On est très en colère contre l’attitude des employeurs. Si les travailleuses vulnérables ont à se déplacer sur le terrain, elles risquent des complications graves [si elles contractent la COVID-19], voire la mort. On trouve ça inadmissible que le ministre Lacombe n’oblige pas les employeurs à respecter les recommandations de son propre ministère», ajoute-t-elle.

En entrevue au Soleil, mardi, la présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), Valérie Grenon, a remis en question l’information voulant qu’il y ait eu seulement 15 cas de COVID-19 dans les services de garde d’urgence. Selon elle, quand des travailleuses ont des symptômes qui s’apparentent à la COVID-19, elles sont mises en isolement 14 jours, mais elles ne sont pas testées parce qu’elles ne sont pas prioritaires selon les critères de dépistage actuellement en place.