Alexandra Gauthier-Alain ne rate jamais une occasion dorénavant de s’entretenir avec son père, Guy Alain, dans le parloir imaginé par le CHSLD Champlain-des-Montagnes, à Charlesbourg.
Alexandra Gauthier-Alain ne rate jamais une occasion dorénavant de s’entretenir avec son père, Guy Alain, dans le parloir imaginé par le CHSLD Champlain-des-Montagnes, à Charlesbourg.

Derrière la vitre, l’émotion

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Depuis quelques jours, le quotidien de Guy Alain s’est embelli des couleurs de l’arc-en-ciel. Au lieu de voir sa femme et ses deux filles en FaceTime ou depuis le balcon de son CHSLD de Charlesbourg, le septuagénaire peut maintenant s’entretenir avec elles en personne... ou presque. Seule une vitre les sépare. Heureux compromis à notre époque de distanciation et de confinement qui ont rendu les contacts humains si compliqués.

Jeudi après-midi, pour la deuxième fois de la semaine, sa fille Alexandra Gauthier-Alain n’a pas raté sa chance de profiter de cette initiative pour s’entretenir avec son père de 71 ans, un ex-professeur de chimie du cégep Lévis-Lauzon qui compose depuis une quinzaine d’années avec la maladie de Parkinson.

«En septembre, il s’est fracturé la hanche à la maison. Il a été longtemps à l’hôpital. Il est ici depuis la mi-février. Ma mère ne pouvait plus s’occuper de lui. Elle était trop fatiguée», explique-t-elle.

L’idée a germé en pleine nuit dans l’esprit de la coordonnatrice du Centre Champlain-des-Montagnes, Hélène Drapeau. La veille, elle avait regardé une télésérie policière où des détenus s’adressaient à des proches à travers une vitre.

Depuis le début de la pandémie, le CHSLD avait déployé beaucoup d’efforts pour maintenir des rencontres virtuelles avec la tablette, mais il fallait trouver une façon de faire plus conviviale. Puisque les offices religieux sont suspendus dans l’établissement, pourquoi ne pas alors transformer le coin chapelle en parloir? Sitôt imaginé, le projet a sitôt été remis le lendemain entre les mains ingénieuses de l’employé de la maintenance, Alain Nadeau.

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Alexandra Gauthier-Alain ne rate jamais une occasion dorénavant de s’entretenir avec son père, Guy Alain, dans le parloir imaginé par le CHSLD Champlain-des-Montagnes, à Charlesbourg.

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Immense succès

Ce nouvel espace connaît un succès fou auprès des familles, tellement qu’il faut réserver sa place. Malgré la frontière vitrée, les conversations sont faciles. Pour ceux qui éprouvent des problèmes d’audition, l’établissement fourni des cellulaires.

«Ça ne dérougit pas. Il y a huit ou neuf visites par jour. C’est déjà booké pour la semaine prochaine. Il y a une dame qui est partie en pleurs après avoir vu son père, tellement elle était émue. On n’a que des bons mots et des remerciements des familles», mentionne Mme Drapeau, dont l’établissement ne compte aucun cas de COVID-19 parmi ses 105 résidents.

La conversation entre Alexandra et son père a été tout ce qu’il y a de plus banalement émotif. Le temps qu’il fait, les galettes à la mélasse de sa femme Claire, le souvenir d’une sortie à vélo, la fête des Mères qui approche. 

«Veux-tu que j’achète un petit bouquet à maman et que je signe ton nom?» Derrière la vitre, en raison de sa maladie qui rendu difficile son élocution, M. Alain doit faire des efforts pour répondre.

«Il aime ben ça. Il a encore toute sa tête. Il a perdu beaucoup de motricité, souligne Alexandra après sa rencontre. Il peut faire quelques pas, mais seulement avec sa marchette et avec de l’aide.»

Dès qu’une place est disponible, elle s’empresse de réserver sa demi-heure. Sa mère essaie de venir tous les après-midi; elle, en fin de journée, après avoir terminé son télétravail à sa résidence de Lac-Beauport.

Comme les autres CHSLD, le Centre Champlain-des-Montagnes est «en démarche» pour permettre aux proches aidants «significatifs» d’avoir accès au milieu de vie des ainés en institution, à compter du 11 mai. «On est en démarche, on attend des directives claires, mentionne Mme Drapeau. Personnellement, je ne suis pas inquiète, je connais ma rigueur. Il va falloir que les proches aidants respectent les indications.»