«Je suis donc de retour en ma région natale et je vous avoue que je me sens bien privilégiée de traverser ce grand chambardement humanitaire ici plutôt que dans la métropole!», dit Louise Portal.
«Je suis donc de retour en ma région natale et je vous avoue que je me sens bien privilégiée de traverser ce grand chambardement humanitaire ici plutôt que dans la métropole!», dit Louise Portal.

De tout coeur avec vous

Louise Portal, actrice, écrivaine et citoyenne saguenéenne, a fait parvenir cette lettre au Quotidien alors qu’elle est confinée dans son chalet, au Saguenay

Le temps a fait en sorte que, de passage à mon chalet, au Saguenay, le confinement a été déclaré et les régions fermées par le gouvernement.

Les cinq conférences que je devais donner en bibliothèque et dans des résidences de retraités et de personnes âgées (AFÉAS) ont été annulées.

Je suis donc de retour en ma région natale et je vous avoue que je me sens bien privilégiée de traverser ce grand chambardement humanitaire ici plutôt que dans la métropole.

J’occupe mes journées à écrire, marcher, colorier des marques-pages que je poste aux quatre coins de la province, pour accompagner la lecture des confinés, mettre de la couleur sur l’anxiété qui nous gagne tous.

J’aurais voulu mettre l’épaule à la roue, comme nous y invite le premier ministre qui fait franchement au meilleur de ses capacités, dans les circonstances, avec toute ses équipes, politiques et citoyennes.

Les personnes qui travaillent dans le milieu de la santé, au front de cette pandémie, ont toute mon admiration et mon empathie.

Adolescente, je travaillais l’été comme préposée aux malades (aide-infirmière) à l’hôpital de Chicoutimi. C’était au milieu des années soixante, j’avais 16-17 ans. Ce travail me passionnait, mais j’étais émotive et je passais trop de temps à jaser avec les patients pour les réconforter, me disait l’infirmière en chef.

Que penser aujourd’hui de cette course effrénée des préposées pour remplir cette tâche titanesque.

Même si, à l’appel du premier ministre, j’aurais voulu répondre, je fais partie des fameux 70 ans et plus.

Ce matin, mon père, dont le portrait orne avec gratitude le mur de mon salon, a reçu ma supplication : « Papa, toi qui as été directeur médical de l’hôpital de Chicoutimi durant 30 ans, toi qui avais à cœur le bien-être du personnel et des malades, interviens pour que cette pandémie n’empêche pas ceux qui attendent des interventions chirurgicales ou des soins, de les recevoir. »

L’urgence n’est pas seulement ou nécessairement physique, elle est aussi sur le plan psychologique.

Tous les jours, sur le chemin des chalets, je croise mon amie en récidive de cancer qui attend son intervention depuis des semaines. Battante et déterminée, elle continue d’avancer courageusement. En compagnie de son petit chien, elle prend l’air. On se parle brièvement. D’habitude si joyeuse et animée, elle semble garder toutes ses forces pour retenir le flot de larmes qui, je le vois bien, tissent un voile sur sa vie, celle de son conjoint, de son garçon, de sa belle-fille et de ses petits-enfants.

Enseignante en arts plastiques pendant toute sa vie auprès des enfants de l’école primaire et obligée de prendre sa retraite en raison de la maladie, elle a commencé à dessiner des livres pour les petits. Un nouveau est en chemin pour une éventuelle publication… mais qu’arrivera-t-il ? Si tout s’arrête ? La santé ? Les projets d’écriture ? Les salons du livre ? Les animations auprès des tout-petits ? Je pleure et me sens tellement impuissante… Comme beaucoup d’entre nous…

Papa me sourit en silence… Et j’entends son message…

Je sors de ma prière, de ma supplication. Et vient l’élan d’écrire cette lettre au journal Le Quotidien. Qui a toujours été présent dans toutes mes démarches artistiques depuis que j’ai quitté ma région natale, il y a cinquante ans.

Me voici dans un retour aux sources. Celle de mon humanité.

En espérant que les salles d’opération recevront bientôt ceux qui sont dans une douloureuse attente. De tout cœur avec vous.