Isaac Tremblay, responsable du développement des affaires au Trou du diable et Philippe Leblanc, président de la distillerie Mariana, devant l’alambic d’une capacité de 4500 litres utilisé pour la distillation.
Isaac Tremblay, responsable du développement des affaires au Trou du diable et Philippe Leblanc, président de la distillerie Mariana, devant l’alambic d’une capacité de 4500 litres utilisé pour la distillation.

De la bière transformée en désinfectant pour des CPE

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Louiseville — Deux entreprises de la région surtout identifiées aux ambiances festives s’unissent pour appuyer des services de garde qui reprendront vie à compter de lundi. Décidément, cette damnée COVID-19 force l’exploration de voies inattendues.

En l’espace d’un mois, la microbrasserie Le Trou du diable de Shawinigan et la Distillerie Mariana de Louiseville ont établi un plan qui culminera avec la distribution de 1000 litres de désinfectant, sans frais, à cinq centres de la petite enfance d’ici une dizaine de jours.

Il faut se rappeler qu’au début de la crise sanitaire, les producteurs d’alcool ont été très sollicités pour contribuer à la production de gel antiseptique. La Distillerie Mariana a d’ailleurs été contactée par une entreprise montréalaise qui fabrique du désinfectant pour le secteur agroalimentaire.

En fait, la crainte de pénurie prenait une telle ampleur que le Trou du diable était également sollicité pour produire de la bière non pas pour être consommée comme d’habitude, mais pour être distillée pour fabriquer des produits désinfectants!

«Je me suis demandé pourquoi on brasserait de la bière pour ça alors que nous en avions déjà qui dormait, en raison de la fermeture des bars et des restaurants», raconte Isaac Tremblay, chargé de projets au Trou du diable.

«Nous avons eu la COVID dans les dents, comme tout le monde. Plutôt que de ne pas livrer une bière optimale à la reprise des activités, nous avons préféré contribuer à l’effort de guerre en fournissant cet alcool.»

Le Conseil régional de l’environnement de la Mauricie a provoqué le maillage pour le réalisation de ce projet, avec son initiative d’économie circulaire. Un produit fabriqué dans la région servira à des entreprises locales.

«Nous avions déjà dédié notre alambic à la production d’alcool éthylique (à 85 % de pureté) pour le désinfectant», explique Philippe Leblanc, président de la Distillerie Mariana. «Ce qui nous freinait un peu, c’était le coût de la matière première. Nous achetons du sucre et nous le distillons en alcool, mais nous ne pouvons pas le revendre pour couvrir nos coûts d’opération. Comme le Trou du diable était prêt à nous fournir de la matière première à distiller, notre dépense était grandement diminuée.»

Le brasseur shawiniganais a ainsi donné pas moins de 5000 litres de bière en fût ou embouteillée pour ce projet, du houblon qui attendait l’ouverture des terrasses en entrepôt. Ce don a produit environ 200 litres d'alcool pur à 85 %, auquel la Distillerie Mariana a ajouté près de 800 litres. Le regroupement Gelamain Québec s’occupera de la transformation finale pour produire les 1000 litres de désinfectant pour les mains, qui sera embouteillé la semaine prochaine.

«Les gens utilisent ce gel comme jamais auparavant», rappelle M. Leblanc. «Beaucoup d’entreprises veulent en faire, mais il y avait une rupture de production d’alcool éthylique dans le marché.»

La distillerie louisevilloise produit à plein régime depuis le début de la crise sanitaire. La décision du gouvernement du Québec de maintenir les succursales de la Société des alcools ouvertes a stimulé les ventes de ses produits. En fait, M. Leblanc estime autour de 20 % l’effet de la COVID-19, au-delà de la croissance naturelle de la jeune entreprise.

«C’est notre manière de redonner à la collectivité, qui nous encourage en appuyant l’achat local», soulève-t-il.

Les temps sont plus difficiles pour le Trou du diable, qui perd 40 % de ses ventes avec la fermeture des restaurants et des bars, dont sa salle de spectacle de l’avenue de la Station, de même que l’annulation d’un nombre incalculable de festivals. Au moins, l’augmentation des ventes en épicerie et dans les dépanneurs, entre 15 % et 20 %, compense un peu.

Don inespéré

Les deux entreprises ont choisi des CPE de la région pour recevoir le fruit de leur initiative. Ils se partageront 200 bouteilles de désinfectant de cinq litres chacune. D’ici la fin du mois, elles iront aux CPE Manège des tout-petits, Tourelle de l’énergie, Le Pipandor et La Bottine souriante de Shawinigan, de même qu’au service de garde Gribouillis de Louiseville.

«C’est un service clé pour le redémarrage de l’économie», fait remarquer M. Tremblay. «Faire respecter les normes de distanciation aux enfants, ce ne sera pas évident. Ce sera une surcharge de travail incroyable.»

Ce don est évidemment bien reçu par le Regroupement des CPE Mauricie et Centre-du-Québec, à travers les exigeants préparatifs de cette rentrée particulière, lundi.

«C’est une belle attention du Trou du diable et de la Distillerie Mariana», confie Lucie Therriault, directrice générale de l’organisme. «Ils donnent au suivant pour permettre à des CPE d’obtenir 200 bouteilles de cinq litres gratuitement! C’est une belle marque de reconnaissance pour nos organisations.»

Mme Therriault explique qu’en temps normal, tous ces milieux mettent une attention particulière à la désinfection, mais cette préoccupation sera décuplée en période de pandémie.

Bien entendu, deux producteurs d’alcool qui s’associent du jour au lendemain ne passent pas leurs journées à ne parler que de désinfectant pour les mains.

«Nous allons travailler ensemble sur un produit qui pourrait sortir à l’automne», glisse M. Tremblay. «C’est une histoire à suivre... Ce ne sera pas pour se laver les mains, mais pour se laver les boyaux!»