C’est sans s’inquiéter de la COVID-19, en dansant collés et en partageant verres et collations, que plus de 60 jeunes ont festoyé le 28 juin à Saint-Chrysostome, en Montérégie, racontent des invités.
C’est sans s’inquiéter de la COVID-19, en dansant collés et en partageant verres et collations, que plus de 60 jeunes ont festoyé le 28 juin à Saint-Chrysostome, en Montérégie, racontent des invités.

COVID-19: une fête lourde de conséquences

«Aucune distanciation», «personne ne faisait attention», «tous collés les uns sur les autres». Retour sur une fête lourde de conséquences.

C’est sans s’inquiéter de la COVID-19, en dansant collés et en partageant verres et collations, que plus de 60 jeunes ont festoyé le 28 juin à Saint-Chrysostome, en Montérégie, racontent des invités. Leur insouciance a coûté cher. Le virus s’est infiltré partout. Au moins cinq commerces ont dû fermer et des familles entières sont contaminées.

«Ça dansait collé comme dans un party d’ados avant la pandémie», raconte F. Cette fille, comme les quatre autres jeunes qui ont raconté leur soirée à La Presse, est mineure et a refusé d’être nommée. L’adolescente de 16 ans est arrivée parmi les premières à la soirée afin de donner un coup de main à l’organisatrice. Vers 22h, elle admet qu’elles ont «perdu le contrôle». Plusieurs amis se sont présentés avec des personnes qui n’étaient pas invitées à la soirée.

«On essayait d’empêcher les gens d’entrer, mais c’était difficile. Le monde n’écoutait pas, ils avaient bu. Je mesure cinq pieds, ce n’était pas évident de bloquer l’accès. Bref, plein de monde est rentré dans la maison», raconte celle qui a contracté la COVID-19 lors de ce rassemblement. Elle a également contaminé sa mère.

O., lui, s’est présenté à la fête en pensant qu’il y aurait une trentaine de personnes. C’était plutôt le double, et «personne ne faisait attention» au virus, affirme-t-il.

«Je n’étais pas inquiet [de la COVID-19]. Vraiment, je n’y pensais même pas. Il n’y avait aucune distanciation», raconte l’adolescent de 16 ans. «Puisqu’on était une cinquantaine de personnes, dans ma tête, c’était légal.»

O. connaît 30 personnes qui ont été déclarées positives à la suite de la fête, dit-il. Lui-même est tombé malade. Il a contaminé trois membres de sa famille et son employeur a dû fermer ses portes.

B. estime quant à elle qu’entre 70 et 80 personnes festoyaient à l’intérieur et à l’extérieur de la résidence privée de Saint-Chrysostome. Jamais, elle n’a craint pour sa santé pendant la soirée.

«On n’était pas préoccupés par le virus en tant que tel. On avait plus peur que des voisins portent plainte et que la police vienne nous donner des amendes. Mais non, on n’avait pas peur de tomber malade», dit-elle.

«Je ne me suis pas doutée qu’une personne était positive. Je n’avais pas peur à ce moment-là», dit B. Comme elle, plusieurs adolescents avancent qu’une personne s’est présentée à la fête en sachant qu’elle était atteinte du virus.

B. a contracté la COVID-19 et souffre d’anxiété à l’idée d’avoir pu contaminer un membre de sa famille.


« J’ai tiré ma leçon. Je ne suis vraiment pas prête à retourner dans des fêtes ou de gros regroupements comme ça tant et aussi longtemps que le gouvernement n’aura pas donné son ‟go”. »
B., une des convives de la fête

C. confirme aussi que les fêtards ne se souciaient aucunement du virus. «Personne n’avait de masque. D’après moi, personne ne se lavait les mains régulièrement non plus.»

Une voisine a contacté la police pour signaler le rassemblement à cause de la quantité d’invités rassemblés sur les lieux. «[Il y avait] trop de jeunes. On avait calculé vite pas loin de 50, si ce n’est pas plus, vers 11h ou minuit. Un gros zéro distanciation. Bien tous collés les uns sur les autres», a-t-elle raconté à La Presse.

La Sûreté du Québec a en effet reçu une plainte de bruit, le soir du 28 juin, a confirmé la porte-parole Ingrid Asselin, mais ses policiers, occupés à des interventions d’urgence, n’ont pas pu répondre à l’appel. Aucun constat d’infraction n’a donc été donné concernant l’évènement. La SQ n’a pas ouvert d’enquête au sujet de la fête ou de la personne infectée qui s’y serait présentée malgré un test positif à la COVID-19.

Fermeture de commerces

Plusieurs commerces de la Montérégie ont récemment annoncé qu’un de leurs employés avait été déclaré positif à la COVID-19. Ces personnes ont participé à la fête du 28 juin ou ont été en contact avec une personne qui y a assisté.

À Mercier, l’épicerie IGA, le McDonald’s, le restaurant Grégoire, la boulangerie Fantaisie du blé et la Cantine du coin ont tour à tour annoncé qu’ils avaient désinfecté leurs installations. Trois de ces commerces sont encore fermés à ce jour.

Alexandre Thibeault a fermé la Cantine du coin, dimanche après-midi, après avoir appris qu’une employée saisonnière avait reçu un diagnostic positif à la COVID-19. L’adolescente a été en contact avec une personne qui s’est rendue à la fête et qui ignorait qu’elle était malade, raconte le propriétaire du restaurant.

«Je trouve ça plate. C’est sûr que ce party a un impact. Plusieurs commerces doivent fermer. Il y a des personnes qui perdent un salaire», dit M. Thibeault. Il ne veut toutefois pas blâmer ceux qui se sont rendus à la fête. «Je suis sûr que les jeunes ont eu leur leçon.»

«Préoccupée» par le nombre de personnes nouvellement atteintes de la COVID-19 sur son territoire, la mairesse de Mercier a demandé à la Santé publique d’installer une clinique de dépistage mobile dans sa municipalité. Celle-ci sera aménagée au centre communautaire jeudi, voire plus longtemps si nécessaire.

«Le système de rendez-vous régulier, ce n’était vraiment plus évident, a dit la mairesse Line Michaud. Ça prenait des jours avant d’avoir un rendez-vous et dans d’autres cas, les gens étaient envoyés à Brossard pour passer leur test. Devant cette situation, ça nous prenait une clinique sans rendez-vous qui allait accélérer les choses.»

La Direction de santé publique (DSP) de la Montérégie confirme qu’au moins 40 personnes ont été déclarées positives à la suite de deux fêtes privées qui se sont déroulées sur son territoire et d’une soirée au Mile Public House, au Quartier DIX30, le 30 juin dernier. Des personnes ont fréquenté un, deux ou trois de ces évènements, a indiqué la DSP mardi.

Aucune des 40 personnes n’a été hospitalisée.

«Garder les deux mètres»

En après-midi mardi, le directeur national de santé publique Horacio Arruda a déploré les évènements survenus en Montérégie depuis deux semaines.

«Ce relâchement-là peut être la source d’une flambée dans la communauté», a-t-il averti, au cours d’une conférence de presse organisée à Joliette. «Je sais que je suis rabat-joie.»

Il a averti la personne qui aurait participé à la fête privée de Saint-Chrysostome malgré un diagnostic de COVID-19 : «Dites-vous que ce virus-là va se transmettre d’une personne à une autre et à un moment donné, il va frapper la personne qui va en décéder.»

Le premier ministre François Legault, lui, a fait preuve de compréhension à l’endroit des personnes qui ont envie de «voir leurs amis». «Après quelques verres, ça peut être le fun de s’approcher. Mais il ne faut pas. Il faut garder le deux mètres. Sinon, on va être obligés de confiner et personne ne souhaite ça», a-t-il dit au sujet des photos du bar Mile Public House qui ont circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux.  Avec Philippe Teisceira-Lessard et Suzanne Colpron

Une ville privée du tiers de ses pompiers

Le virus s’est frayé un chemin dans un village voisin de Saint-Chrysostome. À Sainte-Clotilde, les deux tiers des pompiers sont en quarantaine préventive à cause d’un collègue infecté.

Selon la municipalité, le pompier en question a été contaminé le 30 juin lors d’une sortie personnelle, soit deux jours après la fête de Saint-Chrysostome.

Le sapeur malade s’est retrouvé, le jour même où il a contracté la COVID-19, dans un camion avec neuf collègues alors qu’ils allaient combattre un incendie. Il ne se savait pas encore infecté. Tous les pompiers présents dans le véhicule ont été placés en quarantaine préventive dès que la nouvelle est tombée. La Santé publique a effectué mardi des tests de dépistage, indique Amélie Latendresse, directrice générale de Sainte-Clotilde. «On va avoir les résultats d’ici 24 à 48 heures», a-t-elle indiqué.

Entre-temps, «le service est fermé», dit Stéphane Chenail, directeur du service de sécurité incendie. «On ne voulait pas prendre de [risques]», ajoute-t-il. La municipalité a demandé au service de sécurité incendie d’une ville voisine de prendre en charge toutes les interventions nécessitant la présence de pompiers.