Déjà illégal, l'achat de services sexuels enfreint aussi les règles de distanciation sociale de la Santé publique du Québec.
Déjà illégal, l'achat de services sexuels enfreint aussi les règles de distanciation sociale de la Santé publique du Québec.

COVID-19: une agence d’escortes persiste à Québec

Épidémie de coronavirus ou pas, l’agence d’escortes Aventurière, à Québec, continue à prendre les rendez-vous.

Cette semaine, l’agence affiche les disponibilités de près d’une dizaine d’escortes sur son site Internet. En se faisant passer pour un client, lundi, un journaliste du Soleil s’est fait offrir de choisir entre «Annabelle», «Catalina» et «Eva», les pseudonymes de trois femmes pour lesquelles la prostitution ne s’arrête pas malgré la crise sanitaire.

Au téléphone, le réceptionniste de l’agence a précisé qu’il n’est plus possible d’obtenir une rencontre dans les locaux d’Aventurière, rue Taillon. Il a plutôt proposé un rendez-vous à domicile ou dans une chambre d’un motel du boulevard Hamel, à L’Ancienne-Lorette.  

«En fait, c’est une chambre de motel qu’on a louée pour la semaine, parce que, pour l’instant, on n’a plus la possibilité de recevoir ici, puisque ce serait un regroupement de personnes et ça ne serait pas légal», a-t-il expliqué.

Déjà illégal, l'achat de services sexuels enfreint aussi les règles de distanciation sociale de la Santé publique du Québec. En ce moment, les rassemblements de deux personnes ou plus qui n’habitent pas à la même adresse sont interdits à moins de deux mètres.

Comme la proximité inhérente aux relations sexuelles favorise la transmission du virus, l’agence Aventurière expose les escortes et les clients à un risque accru de contracter la COVID-19, 

Au téléphone, le réceptionniste de l’agence d’escorte a tenté de se faire rassurant à cet égard. Il a affirmé que l’agence demande toujours aux clients de prendre une douche avant les rapports sexuels et qu’elle vérifie s’ils font de la fièvre avec un thermomètre infrarouge sans contact. Les escortes doivent aussi se soumettre à cette vérification, a précisé l’homme au bout du fil. 

Or, la fièvre n’est pas un symptôme chez toutes les personnes infectées par la COVID-19. Et le virus se propage principalement par des gouttelettes de salive dans l’air — ne serait-ce que par un postillon —, ce contre quoi une douche ne peut rien.

«On recommande de tout arrêter»

En cette période de pandémie, les organismes qui viennent en aide aux travailleuses du sexe leur conseillent d’éviter les contacts avec les clients. «On recommande de tout arrêter», résume Chantale Simoneau, directrice du Projet L.U.N.E, un refuge pour les prostituées à Québec. «Ce qu’on [leur] dit, c’est : «il n’y en a pas de moyen de se protéger»». 

De l’avis de Mme Simoneau, de nombreuses prostituées de la capitale ont adopté le message de la Santé publique et ont cessé leurs activités. Avec la fermeture les bars de danseuses et des salons de massage érotique, plusieurs d’entre elles n’ont d’ailleurs pas eu le choix.

«Mais il y en a qui ne peuvent pas arrêter, parce qu’elles n’ont pas accès à d’autre argent», dit la directrice du Projet L.U.N.E. 

«Vive le Purell!»

Les escortes de l’agence Aventurière ne sont d’ailleurs pas les seules à continuer à se prostituer dans la capitale. Sur les sites annoncesintimes.com et humpchies.com, par exemple, on peut voir des dizaines d’annonces de femmes qui proposent leurs services sexuels en ce moment à Québec, malgré l’épidémie.

Une escorte indépendante, par exemple, affichait son horaire pour cette semaine; elle était disponible de 10 à 20h jusqu’à vendredi, mais «complète» lundi. Une autre disait qu’elle «se déplace n’importe où» et proposait un «duo» avec une amie. 

Et à  Lévis, une escorte reçoit les clients chez elle. Dans son annonce, elle promet que tout est «désinfecté avant et après notre rencontre coquine pour éviter la propagation du covid-19» et ajoute: «Vive le Purell !!! Vive le cul !!!» 

Sexe virtuel?

Pourtant, sur les sites annoncesintimes.com une banderole rouge clignote : «COVID-19. Message important. Sexe virtuel seulement. Soyez responsables.» Et, effectivement, certaines femmes semblent avoir concrétisé la mise en garde. 

Une «courtisane» de Québec refuse tous les rendez-vous jusqu’à ce que la crise s’estompe. «Je crois que de continuer à offrir/acheter n’est pas sécuritaire, pour les tds [travailleuses du sexe], les clients et tout le monde autour», écrit-elle sur son site. 

Masseuse érotique indépendante à Sainte-Foy, Natacha* a cessé d’accueillir des clients chez elle depuis un mois à cause de la COVID-19. Elle offre maintenant des spectacles érotiques en direct sur Messenger ou Skype.

Pour autant, les clients n’ont pas cessé de la solliciter pour se rendre chez elle. L’un d’eux, par exemple, lui demande de la voir «en vrai». «Non, désolée, je reçois plus à cause du COVID», lui dit-elle par texto. «Ah très dommage», répond-il. 

Parfois, les hommes sont plus insistants, et Natacha perd patience : «c’est à cause de gens comme toi que le COVID se propage!»

Ces jours-ci, Natacha se désole d’ailleurs de voir sur Internet autant d’annonces de prostitution en personne. «Imagine qu’il y a un client qui donne la COVID à une fille et que la fille redonne la COVID à plein d’autres gens.... C’est fou! J’aime mieux pas y penser...» 

*Le nom de Natacha a été modifié pour protéger son identité