François Legault en conférence de presse à Québec, mardi
François Legault en conférence de presse à Québec, mardi

COVID-19: plus de malades, moins de masques

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Alors que le nombre de malades du coronavirus au Québec monte en flèche, la quantité de matériel de protection tombe en chute libre. Pour certains articles, «on en a pour trois à sept jours», révèle François Legault. On parle surtout des masques chirurgicaux. Trois jours, c’est vendredi.

Avec 732 cas de plus et six nouveaux décès annoncés, l’heure était aux précautions pour le premier ministre du Québec, mardi.

On vient d’assister à une hausse de 1322 cas avérés en deux jours, augmentation de 47 % depuis dimanche. Près du tiers des 4162 individus officiellement infectés à ce jour ont été répertoriés dans les 48 dernières heures.

Le nombre de malades détectés a plus que doublé en quatre jours. Le rythme s’accélère, la courbe se redresse.

Une statistique rassure par contre le premier ministre, le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, et la ministre de la Santé, Danielle McCann, soit le nombre de personnes hospitalisées pour la COVID-19.

Ces 286 patients ne représentent que 7 % des cas, alors que les prévisions font état de 15 à 20 % de malades hospitalisés. De ces 286, 82 sont traités aux soins intensifs, soit 2 % du total.

10 fois plus qu’en temps normal

«Actuellement, on utilise 10 fois plus d’équipements qu’en temps normal. Ce qu’on utilisait en une année, on l’utilise en quatre semaines à peu près», a dévoilé la ministre McCann, lors du point de presse quotidien du trio gouvernemental.

Dans son discours initial, le premier ministre Legault a lui-même abordé le problème d’approvisionnement en matériel de protection médical.

«Je parle des masques, en particulier des masques de procédures [mous, en tissu], je parle des gants, je parle des blouses. [...] Je veux aujourd’hui être clair, je veux vous dire la vérité. Pour certains équipements, on en a pour trois à sept jours. Donc, c’est quand même serré.

«Par contre, on a des commandes qui devraient arriver dans les prochains jours et on a bon espoir d’être capables de passer à travers. Donc, je ne veux pas inquiéter personne», a affirmé M. Legault, soulignant entre autres un transfert de 1,3 million de masques de la part du Groupe Jean Coutu.

M. Legault a aussi remercié son homologue de l’Ontario, Doug Ford, «qui a accepté ce matin de nous transférer certains équipements, j’apprécie beaucoup ce geste de la part du premier ministre de l’Ontario».


« Je veux aujourd’hui être clair, je veux vous dire la vérité. Pour certains équipements, on en a pour trois à sept jours. Donc, c’est quand même serré. »
Le premier ministre François Legault

Après que M. Ford ait nié l’information, il appert plutôt que l’Ontario aurait favorisé le Québec auprès d’un fournisseur ainsi que du gouvernement fédéral, sans pour autant s’abstenir de matériel qui lui était destiné.

«Écoutez, on n’est pas différents des autres. Si vous écoutez les chaînes de nouvelles, que ça soit aux États-Unis, que ça soit en Europe, partout, il y a un peu comme une course aux équipements de protection. Il faut être capable d’en avoir dans ce qu’on appelle le pic, le sommet de la courbe, donc on est tous dans la même situation», a constaté M. Legault.

Aussi aplatir la... structure

D’autres solutions sont aussi mises en branle. On a commencé à désinfecter des masques N95, plus rigides, pour réutilisation. L’idée de fabriquer notre propre matériel fait son chemin, mais quelques semaines seront encore nécessaires avant d’obtenir des résultats approuvés par Santé Canada.

Reste l’utilisation de ses masques sur le plancher, dans les établissements de santé. Ce qui semble très inégal à travers la province, à en croire M. Legault et Mme McCann.

«J’ai parlé à toutes les centrales syndicales [lundi] et je vous dirais que non seulement il faut aplatir la courbe, il faut aplatir la structure. C’est qu’on a de grandes organisations, mais il faut se rapprocher du terrain, avoir des processus très clairs par rapport au matériel, par exemple, puis au protocole et je pense qu’effectivement qu’il peut y avoir certains endroits au Québec où il y a des améliorations à faire», reconnaît la ministre de la Santé

«Mais j’ai parlé également aux présidents-directeurs généraux, vendredi dernier, je leur ai parlé [lundi], et déjà, en trois jours, il y a beaucoup, beaucoup de progrès. Il faut savoir qu’on est en train de faire des choses à la vitesse de l’éclair en deux jours, que dans le passé, on aurait faites en un mois.»

Le réseau de la santé est en train de se transformer, atteste Mme McCann. Tout le Québec aussi, selon M. Arruda.

«On aura un Québec différent après la pandémie qu’on vit maintenant. En numérique, en télétravail, en économie, ça va transformer notre société. Il va falloir rebondir là-dessus pour que cette crise devienne une opportunité», a résumé le dorénavant célèbre médecin, ajoutant qu’un réel bilan des mesures prises jusqu’ici ne pourra être fait qu’a posteriori.