COVID-19: pas de dépistage aléatoire ou à grande échelle en vue au Québec

Malgré l’élargissement de l’offre de tests, les capacités de dépistage demeurent limitées au Québec, selon un comité du ministère de la Santé, qui ne recommande pas d’ouvrir ces tests pour d’autres besoins que pour «assurer la continuité des soins et la sécurité des milieux de soins et des milieux de vie». Pas de dépistage aléatoire ou à grande échelle dans la population à l’horizon, donc. Même le dépistage systématique des travailleurs de la santé qui reviennent d’une affectation en zone chaude n’est pas recommandé.   

Début avril, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, avait affirmé en point de presse que des tests aléatoires allaient «probablement être faits dans certains territoires» afin de mieux mesurer la transmission communautaire du virus. 

Or parmi la série de recommandations intérimaires que vient de publier le comité du ministère de la Santé sur l’accès aux tests d’amplification des acides nucléiques, recommandations qui permettront aux directeurs de santé publique de planifier la nouvelle stratégie de dépistage qui remplacera celle du 1er mai, aucune ne vise le dépistage de personnes asymptomatiques ailleurs que dans des milieux très ciblés.

Pour rappel, le dépistage aléatoire ou à grande échelle est une stratégie qui a notamment été utilisée par l’Islande et qui a permis de conclure que la moitié des porteurs du SARS-CoV-2 ne présentaient aucun symptôme. L’opération visait à connaître de façon plus précise la prévalence du virus dans la population et d’éviter que des gens le propagent sans le savoir.

Le nombre de cas rapportés de COVID-19 est actuellement à la baisse au Québec, qui compte sur une capacité quotidienne d’environ 20 000 tests, rappelle le comité dans son document de 26 pages. «Le Québec doit continuer à investir dans cette technologie pour soutenir les besoins émergents. Un horizon de 35 000 tests apparaît pertinent, surtout si le Québec fait face à une recrudescence du nombre de cas (deuxième vague) avec la reprise des activités économiques et sociales», écrit le comité.

Mais à l’heure actuelle, les capacités demeurent limitées. Selon le comité, «une extrême prudence dans l’utilisation des tests en dehors des présentes recommandations est actuellement nécessaire».

Parmi ces recommandations: maintenir la priorisation de l’accès aux tests pour les personnes présentant des symptômes compatibles avec la COVID-19; tester les contacts étroits et prolongés des cas confirmés; organiser le dépistage des contacts asymptomatiques dans les milieux de soins et les milieux de vie; envisager, selon la situation, le dépistage des personnes asymptomatiques lors d’une éclosion en milieu de travail, de garde ou scolaire; offrir le dépistage aux personnes qui subiront une procédure immunosuppressive, aux greffés et à leurs donneurs; tester à l’admission dans les unités de soins aigus, en pédiatrie, en psychiatrie ou en obstétrique; tester pour les interventions médicales ou chirurgicales qui pourraient nécessiter une intubation ou une gastroscopie; et, enfin, offrir le dépistage aux régions isolées pour l’application de programmes de gestion des entrées.

«L’accès aux [tests] conditionne de plus en plus la continuité des soins et la sécurité des milieux de soins et des milieux de vie. Or actuellement, le comité ne peut ouvrir à d’autres besoins, même en milieu clinique», résume le comité.

Pas de dépistage des proches aidants

Plusieurs demandes n’ont ainsi pas pu être retenues par le comité. Parmi celles-ci, les demandes pour les proches aidants, les accompagnateurs, les parents de patients en pédiatrie, les travailleurs en transit vers des régions éloignées ou froides, les voyageurs de même que les personnes asymptomatiques hébergées dans certains milieux de vie comme les camps forestiers. 

«Ces situations sont à haut risque de surconsommation de la capacité actuelle. Le comité reconnaît que la pertinence de dépister ces personnes peut se justifier, mais rappelle que les [tests] ponctuels ne sont pas une panacée quant aux mesures universelles et à l’isolement préventif», souligne le comité.

De nombreuses représentations ont également eu lieu afin de tester de façon systématique les travailleurs affectés en zone chaude ou au retour d’une affectation dans un CHSLD en éclosion, note encore le comité. 

«Pour le comité, l’isolement, les mesures universelles de prévention, incluant le port des équipements de protection individuelle, et l’autosurveillance des symptômes demeurent la meilleure approche», écrit le comité, qui «déconseille la mobilité des travailleurs de la santé entre les établissements ou entre des unités qualifiées de chaudes vers les unités tièdes ou froides».

Selon le comité, «le dépistage des travailleurs au retour d’une unité ou d’une installation chaude est à très haut risque de surutilisation de l’offre» de tests, considérant le nombre de travailleurs dans le réseau.

Le comité s’engage toutefois à étudier cette recommandation «à la lumière des volumétries disponibles». 

Le CISSS de Chaudière-Appalaches poursuivra ses cliniques mobiles

Le CISSS de Chaudière-Appalaches a commencé mardi à déployer une clinique mobile de dépistage sans rendez-vous. D’une capacité de 100 tests par jour, cette unité mobile a pour mandat de procéder au dépistage des personnes symptomatiques et asymptomatiques au sein même de la population, expliquait le CISSS dans un communiqué. 

Questionnée à savoir si l’établissement comptait poursuivre cette initiative compte tenu des recommandations du ministère de la Santé, la porte-parole Mireille Gaudreau a indiqué que «les cliniques mobiles se poursuivent afin de rejoindre le public plus vulnérable». 

«Elles sont là pour répondre aux besoins des personnes symptomatiques ou asymptomatiques qui ne consultent pas habituellement pour des services de santé. Le but du test chez les personnes asymptomatiques est de protéger les milieux de vie, de travail ou milieux vulnérables (locataires de HLM, itinérants ou utilisateurs des drogues). L’objectif vise à réduire la transmission de la COVID-19 dans la communauté et d’assurer la sécurité des milieux de vie», explique Mme Gaudreau.