Le chantier du projet AGORA, dans le quartier du Plateau, à Gatineau.

COVID-19: le milieu de la construction dans l’incertitude en Outaouais

L’incertitude se fait de plus en plus sentir dans l’industrie de la construction de l’Outaouais alors que le nouveau coronavirus continue de gagner du terrain.

Les chantiers en cours poursuivent leurs activités, mais la plupart du temps au ralenti. La crainte de voir le gouvernement être dans l’obligation d’ordonner la fermeture complète des chantiers est palpable, mais tant que l’ordre ne viendra pas d’en haut, le travail se poursuivra, affirment à l’unisson les grands entrepreneurs en construction contactés, jeudi, par Le Droit.

Le premier ministre François Legault a réaffirmé, lors de son point de presse quotidien, que rien n’était exclu, mais qu’il n’était pas question pour l’instant de mettre en arrêt l’industrie de la construction. «L’économie doit continuer de tourner», a-t-il dit. 

Les dirigeants de Boless, Brigil, Junic et du Groupe Heafey affirment tous avoir mis en place des mesures strictes sur leurs chantiers respectifs pour assurer la santé et la sécurité des travailleurs. «On a des agents de prévention qui se promènent sur les chantiers et dès qu’un employé présente des symptômes douteux, il est immédiatement renvoyé chez lui», explique Denis Ouellette, président de Boless. Le président et propriétaire de Junic, Nicolas Tremblay ajoute que «personne ne va s’obstiner» avec un travailleur qui désire se placer en isolement volontaire. «Nous respectons toutes les normes de santé et sécurité, nous avons augmenté de manière importante nos mesures de nettoyage, nous en faisons beaucoup plus que ce qui est exigé pour s’assurer de la santé de nos travailleurs», ajoute-t-il. 

Chantier au ralenti

Le travail sur la plupart des chantiers est cependant un peu plus chaotique qu’à la normale, expliquent les entrepreneurs. À titre d’exemple, environ le tiers des travailleurs sur le chantier de l’Agora, dans le Plateau, manquaient à l’appel jeudi matin, note M. Tremblay. «On doit s’adapter, mais ça ne nous empêche pas de continuer d’avancer.»

Boless travaille aussi en effectif réduit sur un chantier résidentiel de 100 unités de logement sur la rue Montcalm. «Plusieurs sont en isolement parce qu’ils sont de retour de voyage, explique M. Ouellette. On devait avoir dix électriciens sur le chantier aujourd’hui et ils ne sont que trois. C’est certain que ça provoque un effet domino sur la suite des choses. Les gars qui devaient venir poser le gypse dans quelques jours seront probablement retardés.» Boless envisageait aussi de couler une dalle de béton, cette semaine, sur le chantier en cours au 60, rue Laval. «Je ne sais pas si on va aller de l’avant avec ça, on va attendre quelques heures afin de voir ce qui se passe», a ajouté le patron de l’entreprise.

Des millions $ en jeu

Le porte-parole de l’Association de la construction du Québec (ACQ), Guillaume Houle, affirme que si les autorités devaient ordonner la fermeture des chantiers dans la province, l’industrie se plierait évidemment à la demande. «Nous ne croyons pas, cependant, qu’il soit nécessaire d’en arriver là, dit-il. Les mesures de protection ont été accrues sur les chantiers. Tout n’est pas parfait, les entrepreneurs doivent s’adapter, mais ça se fait.»

L’ACQ précise que lors de la grève dans le milieu de la construction, en 2017, les pertes dans l’économique québécoise avoisinaient les 45 millions $ par jour. «Après une année record, on peut croire que la hauteur de ces pertes en 2020 serait encore plus importante, soutient M. Houle. Je ne suis pas certain que la fermeture des chantiers serait une bonne décision. Nous avons les moyens de prévenir la contagion sur nos chantiers, mais l’industrie doit pouvoir continuer pour soutenir l’économie qui en a bien besoin.»