Une serveuse portant une visière sert un café à un client dans la ville basque de San Sebastian, en Espagne lundi.
Une serveuse portant une visière sert un café à un client dans la ville basque de San Sebastian, en Espagne lundi.

COVID-19: la France et l’Espagne sortent du confinement

PARIS — Des dizaines de millions de Français et d’Espagnols ont commencé lundi à retrouver une partie de leur liberté de mouvement, mais la crainte d’une deuxième vague de la pandémie reste entière en Europe comme aux États-Unis, où le coronavirus touche désormais directement la Maison-Blanche.

Appels à continuer à privilégier le télétravail, port du masque obligatoire dans les transports, distanciation sociale: les gouvernements ont tâché de favoriser une reprise en douceur après deux mois d’activité au point mort ou presque.

Mais, lundi matin, le métro parisien a connu un pic d’affluence quasiment similaire aux jours d’avant le confinement. «Ça va être impossible», s’est agacée Brigitte, sur une ligne desservant le centre de la capitale française.

La joie de renouer avec un semblant de vie sociale est cependant bien présente dans ces deux pays, parmi les plus endeuillés par la pandémie qui a fait plus de 285 000 morts dans le monde depuis son apparition fin 2019 en Chine.

«Après autant de temps enfermés chez nous, on profite de nos retrouvailles au soleil», dit Marcos Maimó, 29 ans, qui trinque avec trois amis dans la ville espagnole de Tarragone, au sud de Barcelone.

Lundi soir à Paris, une foule venue fêter, bouteilles en main, la fin du confinement sur les berges d’un canal d’habitude très fréquentées a dû être dispersée par la police.

En France, où plus de 26 600 personnes ont péri, les dirigeants ont d’ailleurs prévenu qu’un «reconfinement en urgence» était possible en cas de besoin. «Grâce à vous, le virus a reculé. Mais il est toujours là. Sauvez des vies restez prudents», a tweeté le président Emmanuel Macron.

Plus de 80 000 morts aux États-Unis

En Espagne, afin de limiter les risques de propagation, seule une partie du pays a été déconfinée lundi. Plusieurs grandes villes, comme Madrid et Barcelone, restent soumises à de sévères restrictions dans ce pays, qui déplore lui aussi plus de 26 000 morts.

Ces déconfinements sont rendus possibles par un certain reflux de la pandémie, comme en témoigne, en Italie, un nombre de personnes en soins intensifs repassé sous la barre symbolique des 1000 malades pour la première fois depuis le 10 mars.

Mais la maladie COVID-19 continue malgré tout de tuer.

Aux États-Unis, pays le plus endeuillé, la barre des 80 000 décès a été franchie et celle des 100 000 morts pourrait être atteinte d’ici début juin selon plusieurs modèles épidémiologiques.

Certaines régions de l’État de New York vont pouvoir relancer leur économie à compter du 15 mai, mais pas la ville de New York elle-même, durement touchée et où le confinement devrait durer jusqu’au mois de juin.

Signe d’une épidémie difficile à maîtriser, le coronavirus a fait son apparition à la Maison-Blanche, où une proche collaboratrice du vice-président Mike Pence et un militaire au service de Donald Trump ont été testés positifs en fin de semaine dernière.

Le président des États-Unis a évoqué la possibilité de limiter ses contacts avec son vice-président.

«C’est quelque chose dont nous allons probablement parler, durant cette période de quarantaine», a-t-il dit, semblant confirmer une forme d’isolement pour Mike Pence, qui a toutefois été testé négatif.

Malgré cette alerte au cœur du pouvoir de la première puissance mondiale, le milliardaire républicain continue d’appeler les États américains à faire redémarrer leur activité pour relancer l’économie.

Prise de bec à la Maison-Blanche

Le président américain Donald Trump a quitté abruptement la conférence de presse quotidienne à la Maison-Blanche, à la suite d’une prise de bec avec une journaliste d’origine chinoise.

Donald Trump a terminé de façon abrupte sa conférence de presse, lundi à la Maison-Blanche, sur une altercation verbale avec une journaliste américaine d’origine chinoise, un vif échange donnant lieu à des interprétations diverses.

Weijia Jiang, une correspondante de CBS née en Chine, mais qui a grandi aux États-Unis, a demandé au président américain pourquoi il vantait les capacités de dépistage du coronavirus aux États-Unis en les comparant aux autres pays, comme s’il s’agissait d’une compétition internationale.

«Peut-être s’agit-il d’une question à poser à la Chine. Ne me demandez pas à moi, demandez à la Chine!» lui a répondu M. Trump, visiblement agacé.

«Pourquoi dites-vous cela justement à moi?» a questionné la journaliste, laissant entendre que le président avait fait cette référence à la Chine en raison de ses origines.

«Je dirais cela à toute personne qui me poserait une question méchante comme celle-ci», a rétorqué le maître de la Maison-Blanche.

M. Trump a alors refusé que Mme Jiang pose une seconde question et a quitté son pupitre.

L’OMS APPELLE À UNE «EXTRÊME VIGILANCE»

Or, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a une nouvelle fois appelé à exercer «une extrême vigilance» au moment de lever les restrictions.

«Si la maladie persiste à un faible niveau dans des pays qui n’ont pas la capacité d’étudier les foyers, de les identifier, le risque existe toujours que la maladie reparte», a prévenu son responsable des questions d’urgence sanitaire, Michael Ryan.

À Wuhan, la ville chinoise où le virus avait commencé à frapper, les autorités ont annoncé un nouveau cas dimanche et cinq lundi, après plus d’un mois de répit à la suite d’un confinement draconien.

En Allemagne, pays souvent cité en exemple pour l’efficacité de sa gestion de la crise, le seuil critique de 50 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants a été franchi dans trois cantons.

La chancelière Angela Merkel a souligné lundi à la télévision qu’en cette «nouvelle phase de la pandémie», il était «très important» que les gens respectent les gestes barrières.

Équilibre «difficile à trouver»

Dans ce contexte, le premier ministre britannique Boris Johnson, lui-même rescapé de la maladie, a prolongé au moins jusqu’au 1er juin le confinement du Royaume-Uni, deuxième pays plus touché au monde avec plus de 32 000 morts.

Il a toutefois présenté lundi un plan de déconfinement progressif accordant plus de possibilités de sorties, à condition de maintenir ses distances et de rester entre personnes du même foyer.

«Notre défi est de trouver un moyen d’aller de l’avant en préservant les gains durement obtenus, tout en allégeant le poids du confinement. Je serai franc: c’est un équilibre extrêmement difficile à trouver», a-t-il reconnu.

Il a aussi fixé comme objectif de renvoyer à l’école les élèves de primaire pour un mois, avant les vacances d’été, et ouvre la voie à un redémarrage de la saison sportive à huis clos le 1er juin, avant une possible réouverture des commerces non essentiels à partir du 4 juillet.

Les écoles ont rouvert lundi en Norvège, en Suisse ou encore aux Pays-Bas. «Les enfants avaient énormément envie de revenir à l’école, ils sautaient partout en voyant leurs copains», témoigne Manon, mère de trois bambins à La Haye. AFP