Des citoyens continuent de faire la sourde oreille aux consignes sanitaires recommandées par les autorités publiques. Que faire devant la nonchalance de ces personnes ? Dénoncer ? Confronter ? Se taire ?

COVID-19: Convaincre les récalcitrants

Des voyageurs qui retournent tout bonnement au boulot, une voisine de 75 ans qui se rend au dépanneur faire valider ses billets de loto, des ados qui se réunissent pour faire la fête... Des citoyens continuent de faire la sourde oreille aux consignes sanitaires recommandées par les autorités publiques. Que faire devant la nonchalance de ces personnes ? Dénoncer ? Confronter ? Se taire ?

Avocat en droit civil, Me Benoit Galipeau, est convaincu que la meilleure façon de convaincre les récalcitrants est de les informer poliment de la gravité de la situation.

Lui-même en quarantaine « volontaire et assidue » depuis son récent retour de vacances, le juriste cite un passage de l’article 1457 du Code civil du Québec : « Toute personne a le devoir de respecter les règles de conduite qui, suivant les circonstances, les usages ou la loi, s’imposent à elle, de manière à ne pas causer de préjudice à autrui. »

« Il existe deux types de responsabilités civiles : la contravention à une norme législative et l’obligation de se comporter raisonnablement selon la situation. Il peut y avoir une responsabilité lorsque la personne est suffisamment informée et douée de raison, mais qu’elle agit avec une certaine désinvolture. »

Ceci dit, la pression sociale demeure la meilleure solution pour fédérer les citoyens les plus rebelles, croit l’associé principal au cabinet Archer de Granby.

« Ce que je vois du gouvernement Legault — à qui je lève mon chapeau pour son leadership ! —, c’est qu’il mise beaucoup sur cette pression des proches ou des leaders de la communauté pour changer les attitudes. Et c’est probablement la meilleure approche de jouer sur la réprobation sociale plutôt que d’utiliser la matraque. »

La réaction rapide, cette semaine, des influenceurs et des artistes à l’appel du gouvernement Legault est un exemple probant de gestes qui peuvent avoir un effet positif pour responsabiliser les jeunes, entre autres, via les réseaux sociaux.

Selon lui, il importe en effet que chaque personne fasse sa part en agissant dans la bonne direction, de façon à créer un effet d’entraînement. « C’est une succession de petits gestes. Plus il y aura de bons comportements, plus les gens vont comprendre. »

L’avocat Benoit Galipeau

Tous différents

Selon la psychologue Myriam Lussier, de tels comportements délinquants sont des réactions humaines. Les gens, fait-elle remarquer, sont faits différemment. « Certaines personnes sont plus centrées sur elles-mêmes et voient moins l’impact de leurs gestes sur la société. »

Les adolescents, notamment, ont tendance à se sentir invincibles et à avoir un portrait moins général de la situation, ajoute-t-elle.

En rappelant que ce qui se passe actuellement est nouveau pour tout le monde, Mme Lussier affirme qu’une minorité de la population demeurera toujours résistante aux changements. « Les gens qui sont déjà incrédules ne croiront pas plus à ces mesures. »

Bref, dit-elle, « il y a ceux qui respectent les consignes, ceux qui vont dans les extrêmes parce qu’ils ont peur, et ceux qui sont moins conscients des enjeux. »

Bien que le gouvernement n’ait pas encore institué de mesures coercitives, Me Benoit Galipeau insiste sur le fait que le niveau de responsabilité civile est accru pour tout le monde, sans exception. « Ici, c’est plus qu’une règle de conduite qui s’impose. »

Mais tant que le volontarisme et l’influence des pairs feront le travail, mieux vaut les privilégier plutôt que la répression. « Ceci dit, on va peut-être devoir en arriver là... Mais à ce moment, les délinquants seront encore plus en minorité. »