Au moins 64 travailleurs ont reçu un diagnostic positif de la maladie, ce qui représente 13 % de la main-d'oeuvre de l'entreprise de Chambly.
Au moins 64 travailleurs ont reçu un diagnostic positif de la maladie, ce qui représente 13 % de la main-d'oeuvre de l'entreprise de Chambly.

COVID-19: 64 travailleurs infectés à l'usine Les Aliments Cargill de Chambly

Helen Moka
La Presse canadienne
Une éclosion de la COVID-19 à l'usine de transformation de viande Les Aliments Cargill à Chambly entraînera la fermeture temporaire de cette usine en Montérégie.

Au moins 64 travailleurs ont reçu un diagnostic positif de la maladie, ce qui représente 13 % de la main-d'oeuvre locale confirme l'employeur dans un courriel transmis à La Presse canadienne et reprenant une déclaration datée du 4 mai.

«Puisque la santé et la sécurité des employés de Cargill demeurent notre priorité, nous avons décidé de fermer notre usine de production de protéines à Chambly, au Québec. Cargill travaille en étroit partenariat avec les responsables locaux de la santé et le syndicat pour tester nos employés le plus rapidement possible», précise la déclaration de l'employeur.

C'est le syndicat des Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) qui représente les 500 employés syndiqués de l'usine de Chambly.

En entrevue à La Presse canadienne dimanche, Roxane Larouche, porte-parole du bureau québécois des TUAC, a précisé que 171 travailleurs avaient été retirés de leur lieu de travail la semaine dernière par l'infirmière de l'usine, par mesure préventive. De ce nombre, 30 personnes auraient reçu un diagnostic négatif de la maladie jusqu'à présent.

Trois employés se sont aussi rétablis, selon Cargill qui anticipe que d'autres personnes seront prêtes à reprendre le travail prochainement.

«Ce qui a été déterminé avec la santé publique, en la collaboration avec Cargill, c'est qu'à partir de mercredi l'usine sera fermée afin de procéder aux tests et la réouverture est prévue au moment où l'on aura un nombre suffisant de travailleurs afin de redémarrer cette usine-là», souligne la porte-parole des TUAC.

Tous les employés de l'usine devraient ainsi subir un test pour vérifier s'ils ont contracté le nouveau coronavirus une fois que la production aura cessé, ce qui peut prendre encore quelques jours. Les tests devraient se faire mercredi, jeudi et vendredi, selon Mme Larouche.

L'entreprise a aussi confirmé que ses employés seront rémunérés durant cette pause forcée.

«Nous accordons jusqu'à 80 heures de congé payé aux personnes ayant besoin de s'absenter du travail pour faire face à la COVID-19. Pendant l'arrêt des activités de l'usine, les employés seront payés jusqu'à 36 heures - et à cela s'ajoutent les avantages habituels, car nous souhaitons démontrer notre gratitude envers nos employés.»

Sans surprise, cette décision a été bien accueillie au syndicat, ce qui évitera bien des mauvaises surprises de l'avis de Mme Larouche.

«L'idée derrière ça c'est qu'on ne veut pas que les travailleurs aient à choisir entre leur santé financière et leur santé physique. On ne veut surtout pas qu'un travailleur ne dévoile pas ses symptômes ou reconnaisse qu'il ait été en contact avec quelqu'un déclaré positif parce qu'il a peur de perdre son salaire.»

Éclosion malgré plusieurs mesures sanitaires

Plusieurs mesures avaient pourtant été mises de l'avant dans l'espoir d'éviter un tel scénario, comme le port de lunettes, d'une visière et de masques par les employés sur la chaîne de production ainsi que l'installation de plexiglas là où c'était possible. Les heures d'arrivée et de départ des employés avaient également été décalées entre les différents quarts de travail, les groupes étaient séparés aux repas afin de respecter les mesures de distanciation physique et le covoiturage à l'usine était limité à deux personnes, selon Mme Larouche.

Alors, comment expliquer cette importante contamination entre les employés des Aliments Cargill à Chambly? Roxane Larouche croit que celle-ci s'expliquerait par la présence de membres de mêmes familles à l'emploi de cette usine ou de travailleurs qui habitent au même endroit.

De son côté, le cabinet de la ministre fédérale de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, dit «reconnaître pleinement les préoccupations sanitaires des travailleurs de certaines usines de transformation de la viande».

«Comme pour tous les travailleurs essentiels, des mesures appropriées doivent être mises en place, si les travailleurs peuvent continuer à fournir des services essentiels aux Canadiens en ces temps critiques», a écrit un porte-parole du cabinet à La Presse canadienne dans un courriel transmis en début de soirée, dimanche.

Ce porte-parole souligne aussi que les autorités sanitaires locales et provinciales travaillaient de concert avec les usines pour assurer la sécurité des travailleurs et des chaînes d'approvisionnement.

«Des inspecteurs de l'ACIA se rendent dans ces usines pour vérifier que la réglementation sur la sécurité alimentaire est correctement appliquée et nous avons investi 20 millions de dollars pour nous assurer qu'ils ont les ressources nécessaires pour faire leur travail en ces temps difficiles», peut-on lire dans la déclaration.

En Alberta

C'est la deuxième fois qu'une usine de Cargill doit fermer au Canada, après celle de High River en Alberta, le 20 avril, en raison de la pandémie de COVID-19.

Cet important abattoir du sud de l'Alberta a rouvert ses portes deux semaines plus tard, mais plusieurs employés s'opposaient à la reprise des activités, la semaine dernière. Une manifestation organisée par leur syndicat levait le voile sur leurs craintes en matière de santé et sécurité au travail.

Il y a eu plus de 900 diagnostics positifs et un décès attribuable au nouveau coronavirus parmi les 2000 travailleurs de cet abattoir de l'Ouest canadien.