Le premier ministre François Legault a mentionné cette semaine qu’une immunité allait devoir se développer dans les prochains mois au Québec.
Le premier ministre François Legault a mentionné cette semaine qu’une immunité allait devoir se développer dans les prochains mois au Québec.

Contradictions autour de l’immunité collective

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
L’immunité collective a été sur toutes les lèvres cette semaine. Le terme est revenu à de nombreuses reprises durant les points de presse quotidiens du premier ministre alors que l'OMS et l’Agence de la santé publique du Canada mettent en garde contre le concept. Que sait-on vraiment de cette immunité ?

Le premier ministre François Legault a mentionné cette semaine qu’une immunité allait devoir se développer dans les prochains mois au Québec. Il a aussi mentionné que « selon les spécialistes, une personne qui a eu le virus est immunisée au moins pour un certain temps. »

Or, il n’existe pas de preuve que les personnes déclarées positives au coronavirus soient immunisées et protégées contre une réinfection, selon l’Organisation mondiale de la Santé.

« Cela reste un inconnu, mentionne l’OMS par écrit lorsque questionnée par La Tribune. Nous avons besoin de plus d’informations auprès des patients récupérés pour avoir une image complète à savoir s’ils développent une immunité contre le virus. »

« À la date du 24 avril 2020, aucune étude n’a évalué si la présence d’anticorps au SARS-CoV-2 confère une immunité contre une future infection par ce virus chez les humains », précise l’OMS dans un communiqué de presse samedi.

Questionné sur l’immunité collective vendredi, Dr Horacio Arruda, le directeur national de la santé publique, a admis ne pas avoir toutes les réponses qu’il aimerait avoir. Il a tout de même avancé l’existence d’une certaine immunité.

« Ce qu’on sait, c’est que, probablement, quand on l’a fait récemment, on a une certaine immunité, a-t-il mentionné. Donc, je pense que probablement que les gens qui l’ont fait à cette saison-ci, s’ils font quelque chose à l’automne, ils vont le faire beaucoup moins fort probablement que ceux qui sont complètement vierges par rapport au virus. Mais est-ce que ça va persister un an, deux ans, ne pas persister du tout après, en 2022 ? Je pense qu’il n’y a pas assez de recul pour ça. Il n’y a pas assez de cas. »

« On va le voir en fonction particulièrement des pays qui vont avoir des deuxièmes vagues, parce qu’on n’ira pas faire une inoculation chez des personnes qui l’ont eu pour juste checker, au cas où... », a-t-il conclu.

Le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique en Estrie, a lui aussi mentionné que les gens qui guérissent de la COVID-19 ont une certaine immunité.

« Les gens qui font l’infection, on le présume, comme ç’a été mesuré partout ailleurs, sont protégés contre une autre infection », a-t-il mentionné vendredi en conférence de presse.

Pas de consensus au pays

Les responsables de l’Agence de la santé publique du Canada ont quant à eux rejeté l’idée de l’immunité collective.

« Ce n’est pas un concept qui devrait être soutenu », a déclaré sans détour l’administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam.

Son adjoint, le Dr Howard Njoo, a dit que les données les plus probantes démontrent que certaines personnes qui ont souffert du coronavirus ont en effet développé des anticorps.

« Mais ce qui n’est pas clair, à date, c’est si les anticorps donnent une immunité et pour combien de temps », a précisé le Dr Njoo.

Selon M. Trudeau, le message est passé auprès de ses homologues provinciaux, à qui il a parlé par téléconférence vendredi.

« Il n’y a personne qui se base sur l’immunité comme une mesure qui fait partie de la marche à suivre pour les prochains mois », a-t-il soutenu.

La Dre Tam ajoute qu’il est « prématuré » de parler de l’idée d’un « passeport immunitaire » pour permettre le libre accès aux personnes ayant contracté le virus.

Il y a donc une contradiction, du moins au moment d’écrire ces lignes, entre le discours des spécialistes au Québec et celui de l’OMS et du Canada.

Tests sérologiques

L’OMS estime par ailleurs que les tests sérologiques actuellement utilisés « ont besoin d’une validation supplémentaire pour déterminer leur exactitude et leur fiabilité ».

Ils doivent en particulier permettre de distinguer la réponse immunitaire au nouveau coronavirus des anticorps produits à l’occasion d’une infection par un autre des six coronavirus humains connus, dont quatre sont largement répandus, provoquant des rhumes bénins. Les deux autres sont à l’origine du MERS (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient) et du SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère).

Or, souligne l’OMS, « les personnes infectées par l’un ou l’autre de ces virus sont susceptibles de produire des anticorps qui interagissent avec des anticorps produits en réponse à l’infection provoquée par le SARS-CoV-2 », et il est donc impératif de pouvoir les identifier. 

Avec Agence France-Presse et La Presse canadienne