Changer de carrière en temps de crise? Attention!

Le premier ministre a invité, un peu plus tôt cette semaine, les travailleurs qui oeuvrent dans le commerce de détail, le tourisme et la restauration à se réorienter pour devenir préposés aux bénéficiaires. Mais une crise n’est jamais un bon moment pour prendre une décision sur son avenir professionnel, si la réflexion n’a pas été auparavant réalisée, insiste Josée Landry, présidente de l’Ordre des conseillers en orientation du Québec.

« Je ne veux pas critiquer le premier ministre, je ne suis pas placée pour le faire. Mais ce qu’on enseigne, ce qu’on conseille, c’est qu’une situation de crise n’est pas un bon moment pour prendre une décision importante. On risque de prendre des décisions impulsives, en réaction à une situation, plutôt que de prendre une décision durable et qui respecte notre personnalité », plaide Mme Landry, invitée à se prononcer sur la suggestion du premier ministre.

« Dans nos bureaux, on en voit régulièrement des gens qui viennent nous voir lorsqu’ils vivent une situation émotive, par exemple une chicane en entreprise, un deuil, un divorce. Notre travail, c’est de voir d’où part le goût de changer. Ça part parfois d’une souffrance et c’est donc important de prendre un pas de recul », exprime Mme Landry.

Le choix de carrière doit d’abord être basé sur soi, sa personnalité et ses compétences plutôt que sur le marché du travail. La présidente de l’Ordre se rappelle d’ailleurs des années précédant le bogue de l’An 2000, où plusieurs se sont réorientés vers l’informatique pour répondre à une demande qui ne s’est jamais concrétisée.

« Les gens lâchaient leur emploi pour aller vers l’informatique, car on annonçait beaucoup de travail et des emplois payants. Mais finalement, le marché n’en avait plus autant besoin. Ce n’était pas un choix viable à long terme. Plusieurs avaient aussi trouvé que ce type d’emploi ne répondait pas à leur profil finalement. »

La même logique s’applique pour les gens qui voudraient se réorienter vers la santé. Le premier ministre a confirmé des hausses de salaire, actuelles et sans doute dans l’avenir, pour les préposées aux bénéficiaires. Et des postes à combler, il y en a une montagne.

« Préposée aux bénéficiaires, c’est une vocation. Et comme dans tous les emplois, ce n’est pas tout le monde qui est fait pour ça et ça demande une réflexion », martèle Josée Landry.

Quel type de personnalité choisit ce type de travail ? Après 25 ans de carrière comme conseillère en orientation, Mme Landry constate sans surprise qu’une forte volonté d’aider son prochain est le dénominateur commun des préposées aux bénéficiaires.

« Souvent, on voit plus de femmes dans des professions d’aide, en santé mentale aussi. Mais ce n’est pas une question homme ou femme, c’est une question de personnalité. Ce sont des gens qui veulent aider, qui ont des traits de personnalité en lien avec la générosité. Ce qu’on entend le plus des gens, c’est qu’ils choisissent cette option parce qu’ils veulent prendre soin des aînés et ils veulent parler avec eux. Mais on sait très bien qu’il y a aussi tout l’aspect des soins de base d’hygiène. Ils voient aussi des gens mourir. Ça prend le corps solide et il faut être fait pour ça. Monter les salaires peut aider un peu à attirer des gens et ils le méritent. Mais ceux qui sont motivés de façon durable, ce n’est pas en raison de la rémunération. C’est parce que leur métier répond à ce qu’ils sont comme personne », résume Mme Landry.