«Ça ne va pas si bien que ça», déplore une infirmière

Une infirmière de l’hôpital de Chicoutimi déplore le manque de communication et plusieurs irritants que vit le personnel hospitalier depuis le début de la pandémie de COVID-19. Appuyée par plusieurs de ses collègues, elle estime qu’il est faux de dire que « tout va bien » entre les murs de l’hôpital.

Des collègues envoyés dans des CHSLD pour une journée qui reviennent travailler dans les différents départements de l’hôpital le lendemain ; des mesures de désinfection pour les employés qui rentrent au boulot le jour, mais pas pour ceux qui rentrent de nuit ; des employés présentement en congé sans solde partis travailler en enseignement qui pourraient être rappelés en renfort, mais qui ne le sont pas ; des prélèvements faits sur les paies pour le stationnement alors qu’il n’y a plus de frais depuis plusieurs semaines ; une quinzaine de courriels reçus en une seule journée pour de nouvelles marches à suivre ; l’infirmière avec qui Le Quotidien s’est entretenu estime que le manque de communication et de logique est exaspérant et ajoute au stress de la crise pour bon nombre de travailleurs de la santé.

« On est un peu tanné d’entendre que ça va bien dans les hôpitaux, parce que non, ça ne va pas si bien que ça », note celle qui préfère garder l’anonymat, en raison du risque de représailles.

« Une collègue a reçu un appel à 7 h 10 un matin pour se rendre au CHSLD de La Colline. Elle n’a jamais travaillé avec les personnes âgées. Elle y est allée pour la journée, puis on l’a rapatriée à l’hôpital. Le lendemain, elle travaillait avec nous », explique l’infirmière de Chicoutimi. Cet exemple s’ajoute aux autres cas de déménagement de personnel d’un établissement à un autre, dénoncés au cours des derniers jours.

« Nous comprenons qu’il y a un manque de personnel et que la situation n’est pas facile, mais il y a un manque de logique », note-t-elle.

La jeune femme donne en exemple le fait que durant plus de deux semaines, les employés qui rentraient au travail pour le quart de nuit n’étaient pas « contrôlés » par l’agent de sécurité posté à l’entrée des employés.

Une tente a été aménagée au cours des dernières semaines pour les travailleurs, dont les objets tels que les boîtes à lunch et les verres à café sont désinfectés.

« C’était le cas pour les employés qui rentraient le matin et le soir, mais pas ceux de nuit. C’est illogique, puisque ça vient miner les efforts faits durant le jour. Le tir a été ajusté, mais la situation a perduré plusieurs jours. On se disait, ironiquement, que le COVID-19 n’existait pas la nuit », souligne l’infirmière.

« Nous n’avons eu aucune rencontre d’équipes pour bien connaître la situation. On reçoit une tonne de courriels avec les nouvelles mesures mises en place chaque jour. On s’y perd et on aimerait simplement qu’il y ait plus de communication », ajoute-t-elle.

Sur son département, alors qu’elles sont habituellement 60 infirmières, elles sont présentement 47. Des infirmières enceintes ou souffrant de maladies chroniques ont été retirées.

« Pendant ce temps, plusieurs travailleurs sont en congé sans solde à la maison parce qu’ils enseignent dans des établissements scolaires. Ces travailleurs pourraient être rappelés, mais ne le sont pas », donne en exemple l’infirmière.

Des conséquences financières

Un autre irritant rencontré par les employés de l’hôpital est d’ordre financier. Depuis plusieurs semaines, le stationnement de l’hôpital de Chicoutimi est accessible sans frais. Sauf pour les travailleurs qui paient leur place à l’année. Il en coûte 9$ par semaine pour le personnel.

« Présentement, les employés qui ne paient pas à l’année se stationnent à l’hôpital, pendant qu’on continue de payer. Ça peut paraître anodin, mais c’est quand même une quarantaine de dollars par mois, pour rien. On a demandé à ce que le prélèvement sur nos paies cesse durant la pandémie, mais on s’est fait dire que c’était trop compliqué. Nous aussi, on a besoin de cet argent-là et disons que ça mine un peu les relations de travail, alors qu’on est en période de crise », soulève la travailleuse de la santé.