Les établissements scolaires sont l'un des principaux milieux d’éclosion actuellement au Québec.
Les établissements scolaires sont l'un des principaux milieux d’éclosion actuellement au Québec.

Aérosols et ventilation: le comité d’experts pas encore formé

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
La formation du comité d’experts qui doit examiner rapidement le rôle des aérosols et de la ventilation dans la propagation de la COVID-19 n’est pas encore complétée, a appris Le Soleil. En attendant ses travaux, le ministère de la Santé renvoie les établissements scolaires et de santé au document de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publié en août.

La semaine dernière, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dit en point de presse qu’il avait demandé à l’équipe du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, et à l’INSPQ de se pencher sur la propagation par aérosols et la ventilation dans les écoles pour voir «si on a besoin d’avoir des purificateurs d’air, si on a besoin de prendre des mesures temporaires, qui vont être sûrement dispendieuses». 

En anglais, le Dr Arruda avait précisé que le comité d’experts avait été mandaté pour voir les possibilités «comme faire de l’aération entre différentes périodes, surtout quand il y a des cours fermés ou pendant une longue période». 

«Cela pourrait être recommandé. Et ce groupe va également examiner s’il existe des technologies qui pourraient être mises en place pour aider», avait-il dit, sans pour autant reconnaître le rôle de la transmission aérienne dans la propagation du virus. 

Nous avons demandé la semaine dernière au ministère de la Santé quels experts et organismes participent audit comité, quel est précisément son mandat et pour quand sont attendus ses travaux. Dans la réponse qu’il nous a fait parvenir par courriel lundi soir, le ministère indique qu’il est trop tôt, «à ce point-ci», pour confirmer les membres du comité. 

«Ce qu’on peut confirmer pour l’instant, c’est que des experts du ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi que de l’INSPQ participeront à ce comité, mais pour les autres organismes externes ainsi que les détails du mandat, l’information viendra prochainement. Tout est mis en œuvre pour que le comité soit formé rapidement et qu’une fois les travaux finalisés, les recommandations [soient] rendues rapidement», écrit une porte-parole du ministère, Marie-Louise Harvey.

Mme Harvey souligne ensuite que l’INSPQ a publié cet été des «recommandations» concernant la ventilation dans les établissements et que pour l’instant, la Santé publique est d’avis que ces mesures «restent adéquates en attendant les travaux du comité». 

Le Soleil a fait état jeudi des conclusions du document de l’INSPQ auquel fait référence le ministère, intitulé «COVID-19: Environnement intérieur» et présenté sous la forme de questions-réponses. 

D’emblée, on y reconnaît que «de plus en plus d’auteurs sont d’avis que la propagation par des aérosols infectieux est plausible et qu’elle devrait être prise en considération […], notamment lors de l’établissement des mesures préventives». 

L’Institut souligne que de nombreuses études ont démontré que l’augmentation de la ventilation peut réduire l’incidence de maladies respiratoires. Des chercheurs ont d’ailleurs fait état du rôle des systèmes de ventilation dans la lutte contre la transmission des infections respiratoires comme le SRAS en 2003 et le H1N1 en 2009, illustre l’organisme. 

Des débits d’air frais pourraient en effet «contribuer à l’extraction et à la dilution des bioaérosols infectieux», rapporte l’INSPQ, qui mentionne également que selon plusieurs auteurs, «les dispositifs de filtration mobiles (unités portables) ou intégrés à des systèmes centralisés, correctement sélectionnés, déployés et entretenus, peuvent s’avérer efficaces pour réduire les concentrations d’aérosols infectieux de l’air intérieur».

«En somme, la filtration pourrait être considérée comme une mesure de protection complémentaire utile, entre autres lorsqu’il n’est pas possible d’atteindre les taux d’échange d’air requis», résume l’Institut.

Les établissements scolaires sont, avec les entreprises et les milieux d’hébergement pour aînés, les principaux milieux d’éclosion actuellement au Québec. 

Directives pour les écoles

Le Soleil a voulu savoir auprès des centres de services scolaires (CSS) de la grande région de Québec quelles directives elles avaient envoyé à leurs écoles pour assurer la qualité de l’air dans le contexte de la pandémie. 

Seuls les CSS de la Capitale et des Navigateurs nous avaient répondu au moment de publier ce reportage. Certains, dont les CSS des Découvreurs et de Portneuf, nous ont redirigés vers la réception des demandes d’accès à l’information.

Au CSS de la Capitale, on indique que «malgré les temps froids, les mêmes recommandations de ventilation continuent de s’appliquer dans les écoles». 

«Si des conditions météorologiques particulièrement froides, d’importants vents ou chutes de neige étaient annoncés, nous aviserons les écoles d’adapter les recommandations en conséquence», écrit la porte-parole Véronique Gingras.

Le jour comme la nuit, les fenêtres au-dessus des portes de classes (vasistas) doivent être ouvertes au maximum, précise Mme Gingras. En classe, le jour, les fenêtres des classes doivent être ouvertes «même par temps frais ou froid le plus souvent possible», mentionne encore la porte-parole du CSS de la Capitale, précisant qu’il faut ouvrir de 10 à 20 centimètres les fenêtres situées en quinconce (alternance). 

Pour les écoles ventilées mécaniquement, «la programmation sera ajustée afin de maximiser l’apport d’air frais», ajoute-t-elle.

Véronique Gingras indique par ailleurs qu’aucun achat de purificateurs d’air n’a été fait par le CSS «pour l’instant».

Au CSS des Navigateurs, on dit appliquer rigoureusement les recommandations sur la qualité de l’air dans les écoles faites par la Vérificatrice générale en 2012. La porte-parole, Louise Boisvert, précise que des rappels «connus et bien en vue» sur la ventilation naturelle ont été refaits la semaine dernière à toutes les directions d’établissement.

«Le fait d’ouvrir les fenêtres permet un apport d’air frais, et tenir les vasistas ouverts ou les portes lorsque possible fait en sorte de maximiser l’aération et la ventilation des locaux et du bâtiment», résume Mme Boisvert. 

Dans le programme sur la qualité de l’air du CSS des Navigateurs, il est précisé qu’il faut «profiter des périodes entre les cours pour ouvrir une fenêtre au maximum pendant quelques instants ainsi que les portes des corridors», tout en s’assurant de maintenir une température minimale dans le local. 

«Pendant la journée, tout en tenant compte de la température extérieure, une fenêtre située au fond de la classe, de préférence la partie supérieure, devrait être ouverte d’environ cinq centimètres», mentionne-t-on également.

À l’instar du CSS de la Capitale, le CSS des Navigateurs n’a pas commandé d’appareils de filtration d’air dans le contexte de la pandémie.